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SANTE : LA MAJORITE ET LE GOUVERNEMENT FUIENT LE DEBAT

Depuis la prise de pouvoir par IBK, en septembre 2013, le maillon faible de sa politique intérieure a été et reste la communication. Cela est valable aussi bien pour le Gouvernement que pour la Majorité présidentielle.

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Bamako a connu des émeutes qui ont occasionné parfois des morts. Gao et Tombouctou se sont enflammées pour diverses raisons, et le Centre du pays est en proie à des violences endémiques. Jamais le Premier ministre, encore moins le Président de la République, n’a pris la parole pour rassurer les Maliens. La dernière fuite en avant s’est passée ce dimanche quand le Directeur national de la Santé et la Majorité présidentielle ont décliné l’invitation d’Africable Télévision pour débattre de la crise que traverse le pays suite à la grève illimitée des agents de la Santé. Cette absence jette encore plus de trouble dans l’esprit des Maliens quant à la volonté du pouvoir de résoudre une crise plus grave que la grève des Magistrats.

Faut-il le rappeler, le Président de la République est élu. C’est-à-dire que le peuple (une partie du peuple) lui confie les rênes du pouvoir, les rênes de l’État, pour l’exercer en son nom. C’est donc un mandat qui lui est ainsi confié et pour lequel il devra se justifier au bout de 5 ans (en ce qui concerne le Mali). C’est une obligation pour le chef de l’État, de rendre compte, soit personnellement soit à travers le Premier ministre, de la situation du pays chaque fois que de besoin, et en dehors des grands évènements comme le nouvel an, le 22 septembre, la fête du travail etc.

Or IBK a rarement pris la parole pour s’adresser aux Maliens à l’occasion d’évènements importants, surtout graves, qui sont de nature à jeter le trouble dans l’esprit de ceux qui l’ont élu et envers qui il a un devoir de rendre compte. Emmuré dans son palais de Sébénicoro, le Président de la République donne l’impression de ne pas savoir ce qui se passe réellement dans le pays. Cette situation empire car ceux qui devraient jouer le rôle de disjoncteur et de fusible sont muets comme une pierre. Le Premier ministre n’a jamais pris la parole pour protéger le chef de l’État quand il le faut, à moins qu’il ne soit pas autorisé à la faire. Quand la Majorité présidentielle s’exprime, c’est pour annoncer à des Maliens médusés qu’IBK sera non seulement candidat en 2018 mais qu’il serait réélu dès le premier tour.

De la grève des Magistrats à celle de la Santé, c’est motus et bouche cousue, même quand on leur donne l’occasion de s’exprimer enfin. Hier soir sur Africable Télévision, les chaises du Directeur national de la Santé et du représentant de l’opposition sont restées vides, comme si la tragédie qui se joue tous les jours dans les Hôpitaux et les Centres de Santé du pays ne les touchaient pas. C’est en tout cas ce qu’a laissé entendre le représentant du syndicat de la Santé en l’absence de voix contradictoires. Comment ne pas le croire quand c’était l’occasion surtout pour le Directeur national de la Santé de charger le Syndicat qui est responsable directement des dizaines de morts enregistrés depuis trois semaines.

Certes les Hôpitaux et les Centres de Santé manquent presque de tout, y compris parfois la simple compresse ou le coton (même s’il est vrai que des consommables sont détournés et vendus par le personnel). Cependant il faut reconnaître que la grève fait plus mal que l’absence de matériels car l’accès des Maliens aux soins de santé est déjà très difficile en temps normal à cause de la grande pauvreté et l’absence de protection sociale pour les non-salariés, une situation que la grève vient transformer en véritable tragédie.

Face à la gravité de la situation, le droit de grève ne tient plus. C’est une question d’éthique et d’obligation. On ne peut en fin de compte comprendre qu’un médecin, ou un enseignant, refuse de s’occuper de ce qui est l’objet de son existence : le corps pour l’un et l’esprit pour l’autre. C’est donc trop facile de se cacher derrière des arguments du type : le responsable des morts c’est le Gouvernement, le service minimum est assuré. Quoi qu’il en soit, la gravité de la grève illimitée de la Santé exige que les autorités maliennes prennent à bras-le-corps la question car c’est une question de vie et de mort pour des millions de Maliens dont la santé est plus que précaire.

En refusant le débat, qui aurait peut-être permis aux Maliens de comprendre les tenants d’un problème crucial, un problème vital, les autorités en charge de la Santé et la Majorité présidentielle ont laissé passer l’occasion de se faire entendre et comprendre. Et le représentant du syndicat de la Santé a beau jeu de mettre toute la responsabilité sur le dos des absents au débat. L’on est dès lors en droit de penser que les deux absences sont le signe du manque d’intérêt pour la question de la grève illimitée et le manque d’égard pour les millions de Maliens qui attendent de ceux qu’ils ont choisis de s’occuper de leurs affaires avec plus de respon

Dans un pays où le vote des populations est réfléchie et autonome, il serait mortel pour le  Président candidat à sa réélection de ne pas personnellement s’occuper d’une grève illimitée de la Santé. Mais sous les tropiques en Afrique, on oublie très vite qu’on n’est que parce que les populations ont glissé  leurs bulletins dans l’urne. Car comme l’a dit feu le Président Oumar Bongo Ondiba : « on n’organise pas des élections pour les perdre ».

Diala Thiéy Konaté

 

La rédaction 

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