Suivez-nous sur Facebook pour ne rien rater de l'actualité malienne

Procès de l’ancien chef de la police islamique Gao: l’audience reportée au 18 août prochain

L’ancien commissaire de la police islamique du Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) à Gao entre 2012 et 2013 a effectivement comparu, hier mercredi, devant la Chambre d’accusation de la Cour d’Appel de Bamako.

aliou mahamar toure chef ansardine islamiste mujao

Aliou Mahamar TOURE, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est accusé d’avoir commis des crimes sur la population de la cité des Askias pendant l’occupation de la ville par les jihadistes du MUJAO.

Ce procès est l’un des dossiers les plus attendus lors de cette session de la cour d’assises, dont l’ouverture solennelle a eu lieu lundi dernier, à la Cour d’appel à Banankabougou.
À peine ouverte, l’audience a été reportée au vendredi 18 août prochain sur la demande du président de l’Association malienne des droits de l’homme (AMDH), Me Moctar MARIKO, avocat de la partie civile afin de permettre aux victimes qui n’ont pas encore regagné Bamako de prendre part procès.
Par Arrêt du 28 mars 2017, la Chambre d’accusation de la cour d’Appel de Bamako a renvoyé l’affaire d’Aliou Mahamane TOURE, commissaire islamique de Gao pendant l’occupation terroriste, devant la Cour d’assises de Bamako.

Les chefs d’accusation
Aliou Mahamar TOURE est poursuivi pour des crimes commis pendant l’occupation des régions du nord par les groupes jihadistes entre 2012 et 2013.
Selon certains habitants de la cité des Askias, Aliou Mahamar est l’homme qui orchestrait la torture et la répression dans la ville de Gao.
Il ordonnait les flagellations, les amputations et même des exécutions. Natif de la ville, cet ancien vendeur de peau de bête a été l’un des premiers à s’allier aux jihadistes qui le nomment commissaire de leur police islamique.
Avec ce statut, ce commissaire islamiste se déplace avec une escorte de plusieurs hommes armés, portant des grenades en bandoulière et un fouet qu’il utilise sans réserve pour battre les habitants.
Arrêté en décembre 2013, son procès a été annoncé en mars dernier par la chambre d’accusation de la Cour d’Appel de Bamako.

Débat houleux
L’ouvert de l’audience, il a été marqué par des débats de principe entre les avocats de la défense et ceux de la partie civile.
À peine l’accusé appelé à la barre, Me Moctar MARIKO, avocat de la partie civile, a demandé au tribunal de reporter le procès afin de permettre à ceux qui sont encore à Gao de rejoindre Bamako pour témoigner à la barre.
Une proposition qui avait été aussitôt rejetée par les avocats de la défense, à savoir : Me Maliki Ibrahim MAÏGA, Me Boureima KANTE et Me SIDIBE qui estiment que le procès est en l’état et qu’aucun report ne saurait se justifier.
Surtout, ont-ils insisté, les parties ont été régulièrement citées à comparaitre.
De son côté, le représentant du ministère public a joint sa voix à celle de la partie civile pour demander, à son tour, le renvoi du procès à l’audience du 18 août 2017.

Le renvoi
Après une suspension de quelques dizaines de minutes, la Cour est revenue pour annoncer le renvoi de l’audience conformément à la demande de la partie civile.
L’avocat de l’ancien commissaire islamiste, Me Maliki Ibrahim, a indiqué qu’il était scandalisé et révolté par cette décision de la Cour qu’il trouve totalement injustifiée avant de crier à la violation des droits de son client qui croupit en prison, depuis près de 4 ans.
« Un homme privé de liberté, depuis bientôt 4 ans, pour des faits graves. Il a été entendu en enquête préliminaire, en instruction, la chambre d’accusation a pris un arrêt de renvoi devant la cour, le dossier est totalement en état pour être jugé », s’est-il plaint. Me Maliki regrette de constater qu’il s’agit simplement de faire plaisir à des parties civiles qui ne sont même pas obligées d’être présentes physiquement à l’audience.
De l’avis de l’avocat, la Cour a accédé à une demande de renvoi farfelue.
Et il se dit scandalisé d’autant plus que les trois avocats de Aliou Mahamar se préparent pour se rendre à la Mecque et ne peuvent, en aucun cas revenir à Bamako le jour du procès. Il était d’accord pour le report à condition que son client soit remis en liberté provisoire.

Les griefs de la défense
« Nous sommes dans ce dossier depuis 4 ans. Nous avons dit à la Cour de ne pas accéder à cette demande de renvoi d’une partie civile qui a été régulièrement citée, parce qu’aucun des conseillers juridique de Aliou ne sera cette date (18 août), à laquelle le dossier a été renvoyé par la Cour », s’est-il lamenté.
Selon lui, Aliou Mahamar, comme la plupart des gens de Gao, a échappé à la furie meurtrière, à l’humiliation du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA).
Pour Me Maliki, son client doit comparaitre ‘’aujourd’hui’’, parce que simplement il est d’une communauté (Communauté sonrhaï) dont la loyauté à l’Etat du Mali la fragilise et la vulnérabilise. C’est ça le problème.
« Aliou Mahamar n’était pas le chef du MUJAO. Il a adhéré au MUJAO quand il a vu sa sœur violée, son frère humilié, ses parents volés par les éléments du MNLA. En ce moment, il n’avait pas d’autre bras auquel s’accrocher si ce n’est pas le bras de ceux-là qui avaient une puissance de feu à opposer au MNLA, à savoir les éléments du MUJAO », a-t-il dit.

Acharnement contre un héros ?
Selon toujours l’avocat, les chefs de Aliou Mahamar, a exécuté des ordres :
« Nous ne comprenons pas qu’il y est un tel acharnement contre ce monsieur à qui on refuse le droit d’avoir un procès équitable en faisant en sorte qu’il soit défendu par des avocats régulièrement constitués par lui », a plaidé l’avocat.
Par ailleurs, les avocats de l’accusé ont fait savoir que les chefs d’accusation de terrorisme sont tombés devant le juge instruction.
« Pour des ressortissants de Gao, il est clair que c’est le MNLA qui a amené la terreur au nord. Pour nous à Gao, Aliou est un héros, un résistant, un patriote. Aliou a la bénédiction de tout le peuple de Gao. Il comparait ici parce qu’il est nègre. Il faut espérer que cette façon ne les amène pas à se révolter contre leur propre pays. Cette décision de la Cour est profondément injuste », a conclu Me Maliki Ibrahim MAÏGA.

Satisfaction
De son côté, Me Moctar MARIKO, avocat des victimes s’est réjoui de la décision de la Cour. « J’ai voulu que la Cour observe le principe du contradictoire. C’est en cela que ce procès va avoir une crédibilité. Moi je ne peux représenter les victimes qui ont souffert dans leur chair. La présence de ces victimes est un élément de conviction. Quand celui qui a eu la main amputée va se présenter devant la Cour, il n’y a plus discussion en la matière. Si ceux qui ont été flagellés se présentent devant la Cour, je n’ai plus besoin de prouver quoi que ce soit. En tant qu’avocat des victimes, je ne peux pas répondre à certaines questions. Ce sont les victimes elles-mêmes, qui sont à même de répondre à ces questions et de décrire leur souffrance. Voilà pourquoi, j’ai demandé le report pour qu’il y ait un procès équitable et que le principe du contradictoire soit respecté et observé afin que la Cour puisse trancher sur des éléments qui ont été relatés et qui ont été déclarés devant elle. Ce renvoi, je l’ai obtenu parce que c’était de droit », a-t-il dit.

Un procès des menus fretins
À Gao certaines organisations de défense des victimes considèrent ce jugement comme un non-événement. C’est le cas de l’ONG GREFA (Groupe recherche études femmes et action). Sa présidente, Fatoumata TOURE se dit « indifférente » quel que soit l’issue de ce procès. Selon elle, des anciens responsables du MUJAO circulent librement à Gao sans être inquiétés. Pire, ajoute-t-elle, certains occupent même des postes de responsabilités.
« Il y’a un auteur qui a dit que : selon que vous soyez puissant ou misérable, les jugements de Cour vous rendront blancs ou noirs. Je crois que cela colle bien à la situation de Aliou Mahamar. Pendant qu’on est en train de le juger, il y a des responsables du MUJAO qui ont commis les mêmes actes, sinon des actes plus graves qui se promènent en toute impunité. Ils sont devenus, presque des alliés de l’État malien. Nous, on ne comprend pas ça », a-t-elle confié à nos confrères de Studio TAMANI.

Par Abdoulaye OUATTARA

 

Source: info-matin

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Suivez-nous sur Facebook pour ne rien rater de l'actualité malienne
Ecoutez les radios du Mali sur vos mobiles et tablettes
ORTM en direct Finance