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Mme Sy Kadiatou Sow : « si on continue à compter sur les forces étrangères, on va rester sous tutelle »

En marge du grand meeting de soutien à l’armée tenu le 15 novembre 2019 à la Place de l’Indépendance, nous nous sommes entretenus avec Mme Sy Kadiatou Sow, présidente de la plateforme Anw Ko Mali Dron. Dans cette interview, Mme Sy appelle les autorités du Mali à assumer leurs responsabilités face à la situation actuelle du pays. Lisez !

 

Mme Sy, parlez-nous un peu de ce meeting qui vise à soutenir l’armée malienne !

Aujourd’hui, nous sommes sortis massivement pour apporter notre soutien à l’armée malienne. Donc, les partis politiques, les associations de la société  civile et les organisations syndicales se sont mobilisés ensemble pour soutenir nos forces de défense et de sécurité. Cela compte tenu de la situation actuelle du pays que tout le monde connaît, notamment les attaques récurrentes faisant des morts et des dégâts matériels inestimables. Des camps ont été détruits et beaucoup de sang versé. Donc, nous comptons partout des victimes en grand nombre, des orphelins et des veuves. C’est ainsi que nous nous sommes réunis pour non seulement dénoncer, mais surtout dire que ce n’est pas une affaire de clan, de parti politique, d’associations ou de syndicats, mais plutôt une question nationale qui, à mon avis, doit interpeller tout le monde. Donc, ce sont tous les Maliens qui doivent se retrouver pour soutenir les forces de défense et de sécurité du pays.

Au regard de tout ce que vous venez de dire, selon vous comment se porte le pays actuellement?

Tout le monde sait que le pays va mal et même très mal. Le Mali est en difficulté et le président de la République lui-même reconnaît que le pays est en guerre et vous savez très bien qu’un pays en guerre ne peut pas se porter bien. Il faut donc qu’on trouve une solution rapide sinon c’est tout le monde qui souffre. Tous les secteurs d’activités souffrent de cette situation, toutes les composantes de la nation souffrent. Du coup, c’est l’ensemble de la société malienne qui souffre.

Pensez-vous que le régime est sur la bonne voie, ou alors il a montré ses limites ?

Pour le moment, le régime n’a pas montré sa capacité à régler les problèmes. Il est donc important que ce régime se remette en cause et qu’il essaye de trouver d’autres stratégies de sortie de crise. Si jamais ils ont réfléchi à ça, mais réellement on a rien vu de concret  pour l’instant.

En plus des messages d’encouragement et de soutien à l’endroit de l’armée malienne, qu’est-ce que vous attendez d’elle réellement sur le terrain ?

Si vous regardez bien, le problème est qu’aujourd’hui l’armée malienne est en position de faiblesse. Elle a besoin de renforcer ses capacités et cela doit venir des autorités. Il faut aussi qu’on lui donne tous les moyens qu’il faut, toute l’assistance qu’il faut et qu’on la mette dans les meilleures conditions, parce que les conditions ne sont pas que matérielles, mais elles sont aussi morales et psychologiques. Pour que nos militaires se sentent prêts et puissent se battre pour le Mali, c’est cela le plus important. Je pense que c’est ce dont nos hommes ont besoin aujourd’hui sur le terrain, c’est-à-dire d’être mis en confiance par les conditions et les moyens qu’on doit mettre à leur disposition. Une fois que cela est fait, nous pouvons leur demander d’assumer leurs missions avec honneur et dignité, parce que c’est ce que les Maliens attendent d’eux.

Dans vos différents messages, on vous a vu dénoncer la mauvaise gouvernance, selon vous quelle est la part de responsabilité des autorités compétentes ?

Les autorités sont les premiers responsables et c’est à elles de gouverner, de diriger et de prendre les bonnes décisions pour le pays. Ce sont les autorités qui doivent assumer et non pas les autres. Ce qu’on dit, il y a rien de faux là-dedans. Ce sont des faits concrets.

Aujourd’hui le Dialogue National Inclusif est annoncé comme l’une des solutions à la situation actuelle du pays. Pensez-vous que la démarche entreprise par les acteurs garantit cette attente ?

Le dialogue, pour moi, il est déjà raté. Dès le démarrage, on espérait que les autorités allaient se rattraper pour corriger un peu les choses, mais tel ne fut pas le cas.

Qu’est-ce qui vous a déçue le plus ?

C’est le fait que ce dialogue ne soit pas inclusif comme nous l’attendions. Donc, ce n’est pas un dialogue qui va déboucher sur des solutions concrètes et qui auront un caractère contraignant pour tout le monde, y compris le président de la République. A partir de ce moment, pour nous, c’est un défoulement collectif ou tout le monde viendra dire ce qu’il pense et les décisions ou recommandations seront mises dans les tiroirs. Et nous, ce n’est pas ce que nous attendons du dialogue.

Qu’est-ce que vous préconisez comme solution face à la situation actuelle du pays ?

Je pense qu’il faut que les autorités assument leurs responsabilités et que les Maliens se mobilisent également pour exiger qu’elles s’assument et  rendent compte de leur gestion.

Les forces étrangères se trouvent actuellement critiquées, certains vont jusqu’à leur demander de plier leurs bagages. Selon vous, qu’est-ce qui n’a pas marché dans leur intervention au Mali ?

Je pense très sincèrement que les Maliens se doivent d’assumer eux-mêmes, parce que chaque partenaire du Mali qui vient ici, vient avec des intentions particulières. Comme on le dit, chacun vient en réalité pour défendre ses propres intérêts à lui d’abord. Donc, il n’y a pas grand-chose à attendre de ces gens. Ce que nous pensons au niveau de notre plateforme Anw Ko Mali dron est que le Mali aussi doit défendre son intérêt tout simplement. C’est bon de décrier les autres et de dire que la faute vient des autres, mais qu’est-ce que nous-mêmes, nous faisons pour défendre nos intérêts face à la France et aux autres puissances étrangères ? Je suis certainement d’accord, il y a des responsabilités qu’il faut situer, mais le plus important est notre propre volonté politique et notre engagement pour le Mali. Si nous dégageons une feuille de route et disons aux autres voilà ce que nous voulons et vous devez respecter cette ligne directrice, ils seront obligés de nous suivre, sinon on saurait par là, ceux qui veulent nous aider ou pas.

Récemment la France a annoncé l’arrivée d’une nouvelle force cette fois-ci européenne appelée “TAKUBA”, pensez-vous qu’elle est nécessaire ?

Je ne sais pas. Mais dans tous les cas, quelles que soient les forces qui vont arriver, tant que les forces de défense et de sécurité du Mali ne sont pas capables de défendre le territoire ou le pays, ce serait un retour à la case départ et on va se retrouver dans une situation pire qu’avant. Il faut tout simplement donner les moyens qu’il faut à nos forces armées et de sécurité pour défendre le territoire. Si on continue à compter sur les forces étrangères, on va rester sous tutelle encore pendant des décennies et ce n’est pas ce que les Maliens souhaitent.

Madame la présidente, par rapport à la lutte contre la corruption, il y a eu une vague d’arrestations par le Pôle économique et financier. Pensez-vous que la démarche entreprise est vraiment la bonne ?

Je pense qu’il faut continuer et j’espère surtout qu’ils vont aller jusqu’au bout. Les Maliens ont applaudi cela, car il était temps et ceux qui sont aujourd’hui en charge de ces questions sont en train d’assumer. Nous les soutenons, nous leur souhaitons bon courage et nous espérons surtout qu’ils ne vont pas se laisser intimider, qu’ils ne vont pas avoir peur, qu’ils ne vont pas démissionner et qu’ils pourront aller jusqu’au bout y compris les dossiers qui concernent les proches du président lui-même, notamment concernant l’affaire de corruption, des matériels militaires.

Madame la présidente, votre mot de la fin !

Ce que je veux dire aux Maliens, c’est qu’on n’a pas de meilleure richesse que ce pays. C’est notre patrimoine commun et on a l’obligation de le protéger. Si nous nous organisons bien pour le défendre, c’est tout le monde qui en bénéficiera. Mais si par contre nous pensons que c’est l’affaire de X et de Y, le jour où il y aura le chaos, que Dieu nous en préserve, nous allons nous mordre les doigts ; ce serait du regret total et personne ne souhaite cela.

Entretien réalisé par Amadou Basso 

Source : Ziré

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