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Autonomisation de la femme : l’expérience fructueuse de l’institutrice Coulibaly Mah Wagué

Cette visionnaire évolue dans les milieux scolaires et associatifs. Elle œuvre à promouvoir la scolarisation des filles et à
lutter contre les violences basées sur le genre

 

L’institutrice de formation, Mme Coulibaly Mah Wagué, occupe présentement le poste de chef de la section “Scolarisation des filles” à l’Académie d’enseignement de Kayes. Elle est titulaire d’un diplôme de l’Institut universitaire de formation pédagogique (IUFP) du temps de Baba Akhib Haïdara. Cette femme battante travaille à l’Académie de Kayes, depuis 2000. Elle déclare à propos de la célébration du 8 mars, la Journée internationale de la femme:« Cette fête m’intéresse à deux titres. C’est la fête des femmes. C’est également mon anniversaire.”
Elle traduit en acte quotidiennement l’esprit de l’adage bambara suivant: « Muso de ye lou sinsin béré yé . traduction française:” la femme est le pilier de la famille ». Tirant les leçons de sa vie, cette dame estime que les Maliennes ont un grand rôle à jouer dans la lutte contre la Covid-19.

« Vous savez que partout, la femme est le pilier de la famille, de la communauté, de la société entière. Elle répète:” Muso de yé lou sinsin béré ye.
La maladie de Covid-19 est purement sanitaire. « L’apport des femmes dans cette lutte-là est important. C’est la femme qui s’occupe de l’entretien de la maison, des enfants, du mari et de toute la famille. Donc, sa place est primordiale pour aider ces personnes à respecter les gestes barrières dans la famille et au-delà », assure Mme Coulibaly Mah Wagué. Cette militante de l‘émancipation des femmes est présidente de l’association « La Kayesienne » fondée en 2012 à Kayes-Liberté, près du monument “ La Bougie”. Cette association est composée de femmes intellectuelles, fonctionnaires et de femmes actives du monde rural), mène des activités génératrices de revenus. Elle aide ses adhérentes à « s’autogérer ». Elle a souligné que « les résultats fructueux sont connus par nous-mêmes, membres de l’association, et par tous les partenaires qui nous appuient financièrement ou à travers des conseils.»

VOLER DE SES PROPRES AILES- “La Kayesienne “ regroupe 32 femmes. Elle bénéficie de l’assistance financière de plusieurs partenaires techniques, ONG et du ministère de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille. Ce groupement travaille avec l’Association malienne pour le suivi et l’Orientation des Pratiques Traditionnelles (AMSOPT) sur la gestion des cas de l’excision et du mariage. Il dispose d’un compte au niveau de la caisse kayesienne du Centre malien d’appui à la microfinance et au développement (CAMIDE). De ce fait, l’association dispose chaque année, de crédits qu’elle partage entre les femmes démunies afin de leur permettre de faire du commerce ou de payer les frais d’études de leurs enfants. Ces emprunts individuels vont de 300.000 à 400.000 Fcfa. Ainsi de nombreuses adhérentes sont parvenues à réaliser des bénéfices. Ces bonnes gestionnaires renoncent à prendre un autre crédit parce qu’elles peuvent désormais voler de leurs propres ailes.
Mme Coulibaly précise que le « diagnostic à la base nous permet de connaître le montant du crédit que nous prenons chaque année. L’intérêt pour un million est évalué à 110.000 Fcfa pour une durée de 12 mois. » La présidente assure que son association ne bénéficie que des appuis techniques de la part de ses partenaires pour la formation des femmes. « J’ai toujours crié haut et fort. Mais je n’ai pas pu obtenir d’appui financier.

Pour toutes les formations des femmes sur les Violences basées sur le genre (VBG) ou les activités de transformation, nos femmes sont invitées à y participer. Cet appui technique n’est pas négligeable.», a indiqué Mme Coulibaly Mah Wagué. Elle a révélé que « la Kayésienne » n’intervient pas en dehors de la ville de Kayes. En tant qu’association de femmes, elle participe à des ateliers de lutte contre les VBG. En retour, la restitution est faite à la base et elle initie des programmes d’action. L’Académie lui a confié la mission de favoriser la scolarisation du maximum de jeunes. Il faut tout faire pour les maintenir jusqu’à la fin de leurs études dans ces écoles. La section de Mme Coulibaly Mah Wagué mène des actions contre le mariage d’enfants, et l’excision.

Elle souligne que pour l’année scolaire 2003-2004, le taux de scolarisation des filles était 43 %. De 2005 à nos jours, le taux a atteint 82%. Cependant, notre interlocutrice déplore des disparités. La perception de ce problème diffère selon les zones urbaines ou rurales. Le problème se pose avec acuité dans les zones rurales. “Maintenant, nos actions sont principalement orientées vers ces localités à travers des programmes de formation d’enseignants sur les violences basées sur le genre en milieu scolaire, grâce à l’Unicef, Sweed, GLEED, la Brigade Verte (coopération Mali-Italie). Par exemple, le châtiment corporel, les écarts de langage, et le fait de ne pas bien appliquer le genre en classe constituent des violences ».

LA CLE DE LA REUSSITE – La présidente se rappelle : « Dans ma famille paternelle, le genre n’est pas une nouveauté. Nous souhaitons que les parents répartissent les tâches entre les garçons et les filles pour donner le temps à la fille d’ apprendre ses leçons et bien travailler à l’école. Chez nous, ce sont les garçons qui partaient au marché pour faire des emplettes. Et nous avons réussi à l’école dans ces conditions. » Mme Coulibaly et ses collègues considèrent les VBG comme un « fait » de société et pour pouvoir les circonscrire, il faudra entreprendre une vaste campagne de sensibilisation de longue haleine, comme à Gori-Gopela où les participants ont voulu boycotter la cérémonie d’ouverture d’un atelier en 2007 (une commune située dans le Cercle de Kayes). Mme Coulibaly rappelle ce qui s’était passé : « j’’ai changé de tactique.

C’était un atelier sur le mariage précoce. C’est le thème qui n’était pas approprié. Vers la fin, j’ai changé le contexte, en faisant ressortir les indicateurs et en demandant à l’assistance de les analyser. Pourquoi les filles n’entrent pas en nombre suffisant à l’école? Pourquoi elles ne restent pas ? Pourquoi elles n’achèvent pas leur scolarité? Les participants mêmes ont prononcé le mot ”mariage”. J’ai rebondi sur cette proposition pour travailler. Au sortir de l’atelier, on a pu signer la convention locale et un comité de suivi a été formé. »
Mme Coulibaly Mah est originaire de « Diarra », dans le Cercle de Nioro du Sahel. Parallèlement à son travail et à sa vie associative, elle gère l’école « Safy N’Diaye » qui porte le nom de sa maman. Cet établissement a débuté par le préscolaire, puis il a englobé les 1er et 2è cycles de l’enseignement fondamental.
« La femme doit être entreprenante. Quand on ne risque pas, on n’a rien. Je fais beaucoup de choses à la fois », conclut cette brave dame. La confiance en soi-même est la clé du succès dans le domaine de la mobilisation sociale et de l’autonomisation des Maliennes.

Bandé Moussa SISSOKO
Amap-Kayes

Source : L’ESSOR

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