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Transition : « l’opposition » à l’épreuve de la rue

L’opposition au processus de « rectification de la transition » enclenché depuis mai dernier se dessine. Après quelques actions initiées dès le début du mois d’octobre,  le Cadre d’échange  des partis et regroupements politiques pour une transition réussie au Mali, qui s’oppose au pouvoir transitoire en place, va déclencher des manifestions de rue. À l’instar de la communauté internationale, qui reste collée au respect du délai imparti pour la transition, il s’active au plan interne pour l’organisation des élections comme initialement prévu en février 2022.

 

Le « Grand rassemblement sur le Boulevard de l’Indépendance de Bamako pour dire que nous ne sommes pas d’accord avec la prolongation de la transition », annoncé le 23 octobre 2021 par Housseini Amion Guindo, lors du meeting des femmes du Cadre d’échanges des partis et regroupements politiques pour une transition réussie au Mali, aura bien lieu dans les prochains jours.

Il est maintenu jusqu’à preuve du contraire et « est plus que d’actualité », nous a confirmé le 2 novembre M. Guindo, le Président de ce cadre, qui ne compte pas se laisser mettre devant le fait accompli d’une prolongation de la transition.

« Nous n’avons pas envie d’attendre le 27 février 2022 pour nous rendre compte qu’il n’y a pas eu d’élections. Nous comptons effectivement, par les actions que nous mènerons  bien avant, alerter et faire monter la pression », a-t-il lâché.

Au moins 5 partis politiques et 3 regroupements de partis composent ce cadre d’échanges. Pour ce qui est des partis politiques, l’Adema, dont Marimantia Diarra a pris les rênes et succédé au Pr. Tiémoko Sangaré lors du dernier congrès, l’ASMA-CFP de l’ancien Premier ministre Soumeylou Boubeye Maiga, Yelema le Changement représenté par l’ancien Premier ministre Moussa Mara, l’UM-RDA et le RDS, en plus de certains partis non alignés.

Au rang des regroupements politiques figurent l’Alliance Ensemble Pour le Mali (EPM) autour du RPM de Bocary Tréta, Espérance Djiguiya Koura piloté par la Codem d’Housseini Amion Guindo  et l’Action Républicaine pour le Progrès (ARP) dirigée par l’UDD de l’ancien chef de la diplomatie malienne Tiéman Hubert Coulibaly.

Objectifs connus

Cette manifestation, dont les contours de l’organisation sont activement en cours de discussion au sein des partis et regroupements du Cadre, sera l’occasion de remettre à l’ordre du jour les différents points exprimés dans le mémorandum du 24 août 2021.

Il s’agit en premier du « respect scrupuleux » de la période  de la transition, ainsi que du caractère « obligatoire » de la date retenue pour les prochaines élections générales (présidentielle et législatives), le 27 février 2022.

Pour les membres de ce cadre, le retour rapide à l’ordre constitutionnel normal est la condition non seulement indispensable à la mise en place d’une  « gouvernance légitime et réellement représentative du peuple », mais aussi à la levée des mesures de suspension du Mali des instances de différents organismes régionaux et internationaux, au retour de la stabilité politique, économique et sociale dans le pays, ainsi qu’à celui des partenaires et des investisseurs potentiels pour la création d’emplois et l’amélioration des conditions de vie des Maliens.

En plus de réitérer la demande du respect du délai de la transition, la manifestation annoncée va exprimer à nouveau son rejet de l’Organe unique de gestion des élections du gouvernement, envisagé « au forceps » par le Premier ministre Choguel Kokalla Maiga et dont par ailleurs le processus de mise en place suit toujours  son cours.

« En effet, son indépendance, son autonomie, sa transparence, sa nature, sa composition, son organisation ainsi que le mode de désignation de ses membres restent flous et clivants et le temps imparti est insuffisant pour sa mise en place », faisait ressortir le mémorandum.

Par ailleurs, le cadre rejette toujours les Assises nationales de la refondation, qui devraient finalement se tenir en décembre, parce qu’elles sont « inopportunes ».

Mais la question de la participation de l’ADEMA, parti de poids du cadre, au rassemblement annoncé reste pendante, quand on sait qu’avec l’élection à sa tête de Marimantia Diarra, membre du CNT qui a déclaré soutenir la Transition, la Ruche des abeilles semble s’inscrire dans un rapprochement avec les autorités transitoires.

À en croire l’ancien Secrétaire politique, devenu l’un des Vice-présidents du parti à l’issue du récent congrès, l’ancien ministre Adama Tiemoko Diarra, la manifestation programmée n’a pas fait l’objet d’échanges à l’ADEMA, parce que le parti est encore dans la tourmente du congrès. Il reviendra à la nouvelle direction de se réunir puis d’indiquer la voie à suivre.

« Dans tous les cas, l’objectif est le même. C’est de travailler aux côtés des autres partis politiques pour assurer la réussite de la transition. Notre parti est toujours dans cette posture », affirme celui qui précise que l’ADEMA fait toujours parti du cadre et qu’il ne l’a pas quitté, jusqu’à preuve du contraire.

Meetings tests des jeunes et femmes

Le Cadre d’échanges des partis et regroupement politiques pour une transition réussie  semble s’inscrire dans une dynamique graduelle de ses actions. Le 8 octobre 2021, ce sont les jeunes issus du cadre qui ont donné le ton en organisant un meeting pour inviter les autorités de la transition à respecter les délais, donnant par ailleurs le top départ d’une série d’activités visant à « défendre par tous les moyens notre mémorandum établi le 24 août 2021».

Dans la foulée, les femmes issues des partis politiques du cadre ont suivi, avec leur meeting du 23 octobre au CICB, sur le thème « Sauvons la Transition ». Une rencontre au cours de laquelle elles avaient fustigé les autorités actuelles et appelé à l’organisation des élections pour le retour à l’ordre constitutionnel dans le pays.

« Nous soutenons la transition, mais pas dans le déni, ni dans le mensonge. Nous la soutenons à réussir dans le délai, 18 mois, pas plus », avait martelé la Présidente des femmes, Mme Traoré Mariam Traoré.

« Conscientes que nous sommes les premières victimes des crises et des tensions liées à la gouvernance, nous, femmes du Mali, nous nous mobilisons pour sauver notre transition. Oui au respect des engagements pris, non à la prise en otage de la transition », avait-elle poursuivi, avertissant que le meeting n’était qu’un avertissement en prélude à la prochaine « occupation » du Boulevard de l’Indépendance.

Opposition à la transition ?

La plupart des partis politiques de premier rang du Cadre d’échange des partis et regroupements politiques pour une transition réussie faisaient partie de l’ancienne majorité présidentielle de l’ex Président Ibrahim Boubacar Keita.

Le fait de se constituer en bloc pour aller à l’encontre des décisions du gouvernement transitoire, avec à sa tête le Premier ministre Choguel Kokalla Maiga, celui-là même qui était à la tête du M5-RFP, à la base de la chute de l’ancien régime, est vu par certains comme une opposition pure et simple à la transition actuelle.

Mais, pour Housseini Amion Guindo, le cadre ne s’inscrit pas dans une opposition quelconque. « Une transition réussie, pour nous, c’est une transition qui respecte la Charte qui l’encadre et les engagements pris. Peut-être que cela peut être considéré comme une opposition à ceux qui sont là, mais  notre devoir est de leur rappeler les engagements qu’ils ont pris au début », se justifie le Président de la Codem.

« Je pense que demander à quelqu’un de respecter son serment n’est pas être contre cette personne. Il n’y a aucune animosité. Nous voulons que la transition réussisse. Nous sommes patriotes, nous aimons notre pays », ajoute-t-il.

L’analyste politique Salia Samaké n’est pas du même avis. Pour lui, c’est une forme d’opposition claire par rapport à la transition qui se précise de plus en plus et dont les manifestations seront beaucoup plus visibles à l’avenir.

« Le but du regroupement n’est pas sincère. On ne peut pas soutenir la transition et ne pas faire une analyse plus réaliste de la situation au Mali. S’ils projettent une manifestation pour exiger le respect  du délai, cela veut dire qu’ils sont dans un déni de réalité », avance-t-il.

Mobilisation en question

Dans l’opinion nationale, la majorité des Maliens s’est progressivement faite à l’idée de l’éventualité d’une prolongation de la transition et les manifestations de soutien à cette prolongation connaissent une forte mobilisation depuis des semaines à travers le pays.

Le rassemblement projeté par le Cadre d’échanges des partis et regroupements politiques pour exiger le respect du délai de la transition constituerait aujourd’hui, à bien des égards, le reflet d’un courant minoritaire au sein de la population malienne.

« Le plus important n’est pas de montrer que nous avons 10 millions de personnes derrière nous. La majorité, aujourd’hui, elle est silencieuse au Mali. Nous ne sommes pas dans une concurrence. Nous voulons juste aussi aller dans cette rue pour faire passer notre message aux dirigeants actuels du pays », rétorque Housseini Amion Guindo.

Une descente dans la rue qui peut mobiliser du monde malgré le contexte et qu’il ne faudra pas minimiser, selon l’analyste politique Ballan Diakité, parce que les « frustrations et les colères populaires » qui ont fait chuter IBK continuent.

« Elles peuvent amener les gens à sortir et à réclamer le respect du délai de la transition et peuvent être utilisées à son profit par le Cadre d’échange pour la mobilisation des Maliens ».

Même son de cloche chez Salia Samaké, qui souligne la « complexité » de la politique au Mali et prévient « qu’il ne faut pas s’aventurer à dire que ce cadre ne pourra pas mobiliser ».

D’autant plus que, par ailleurs, il s’inscrit dans la même ligne que la Cedeao, qui tient un nouveau sommet extraordinaire le 7 novembre pour statuer sur la situation au Mali et en Guinée. L’occasion peut-être d’un durcissement de ton pour un retour à la normalité constitutionnelle aux dates prévues.

Mohamed Kenouvi

Source : Journal du Mali

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