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PROJET DE REDACTION D’UNE NOUVELLE CONSITUTION AU MALI : C’est Déjà Bien, Mais Tant Qu’il Y Aura Des Coups D’Etat…

Depuis le sommet de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), tenu à Accra, le 4 juin dernier, sur les transitions politiques au Burkina, en Guinée et au Mali, les choses semblent évoluer à une vitesse grand V à Bamako. En effet, cinq jours seulement après cette date, les autorités maliennes annonçaient une nouvelle transition d’une  durée de 24 mois. Peu de temps après cette annonce, et alors que les débats houleux qu’elle a suscités ne sont pas encore retombés, voilà que le chef de la junte, le colonel Assimi Goïta, signe un décret portant création d’une commission chargée de la rédaction d’une nouvelle Constitution. L’équipe de rédaction de l’avant-projet de la loi fondamentale, comprendra un président, deux rapporteurs et   des experts. Toutes ces personnalités seront désignées par Assimi Goïta. Toutefois, dans le cadre de  leur travail, ces personnalités pourront consulter « l’ensemble des forces vives » de la Nation, dont les partis politiques et la société civile. A cette frange de la population, il faut ajouter les groupes armés signataires de l’accord pour la paix dans le Nord du Mali, les syndicats, les organisations religieuses ainsi que les autorités traditionnelles.

La grande question est de savoir si la nouvelle Constitution va aller dans le sens de la refondation tant prônée, ou si elle va tourner le dos à l’intérêt général

 

Il n’est pas superflu de préciser que cet avant-projet de Constitution doit être rédigé conformément à l’esprit de la refondation. L’orientation politique est donc, d’ores et déjà, déclinée. Autre précision qui vaut son pesant d’or, est que la rédaction d’une nouvelle Constitution pour le Mali, est l’une des recommandations phares des assises nationales, tenues à  Bamako, peu après le coup d’Etat contre Ibrahim Boubacar Kéïta (IBK). De ce point de vue, on peut dire que c’est déjà bien que le colonel Assimi Goïta veuille traduire dans les actes, une des décisions majeures des assises nationales. Et si ce cadre, qui a regroupé presque toutes les sensibilités de la société malienne, a perçu le besoin de doter la Nation d’une nouvelle loi fondamentale, c’est que, quelque part, on peut estimer que la nécessité se posait. La grande question, dès lors, que l’on peut se poser, est de savoir si la nouvelle Constitution annoncée par la junte va aller dans le sens de la refondation tant prônée, ou si elle va tourner le dos à l’intérêt général, pour in fine, baliser le terrain pour une pérennisation du régime des putschistes. Pour tous ceux qui connaissent l’histoire politique du Mali, la seconde hypothèse n’est pas à exclure.  Le général Moussa Traoré, par exemple, à son avènement en 1968, suite au premier coup d’Etat du Mali, avait rédigé une nouvelle Constitution en jurant sur l’honneur que cela allait contribuer à tirer la démocratie vers le haut. Finalement, l’homme a non seulement passé plus de trois décennies au pouvoir, mais aussi il a ruiné le Mali aux plans économique et social. Le vrai problème réside moins dans la Constitution que dans l’application des dispositions qu’elle contient

 

Vivement donc qu’Assimi Goïta ne soit pas tenté de s’inspirer de ce triste cas.

 

Tout le mal que l’on puisse lui souhaiter, c’est qu’il s’inscrive à l’école de Amadou Toumani Touré ou encore à celle du voisin nigérien, le général   Salou Djibo. Ces deux officiers, en effet, avaient opéré des coups d’Etat dans leurs pays respectifs. Mais ils en avaient profité pour tracer des sillons pour l’ancrage de la démocratie. Leur mission terminée, on s’en souvient, ils se sont retirés du pouvoir dans l’honneur.  Assimi Goïta aura-t-il la sagesse de ces officiers ? Cette question taraude bien des Maliens et des Maliennes, et certainement au-delà du Mali, ils sont nombreux à se la poser. En réalité, le vrai problème du Mali n’est pas la Constitution. Car, ce pays s’est presque toujours doté d’une nouvelle Constitution à chaque fois que l’on a assisté à une prise du pouvoir par coup d’Etat. Et les coups d’Etat, Dieu seul sait combien il y en a eus dans ce pays. Pour autant, le Mali ne s’en porte pas mieux au plan de la démocratie. De  ce point de vue, l’on peut dire, sans grand risque de se tromper, que le vrai problème du Mali réside moins dans la Constitution que dans l’application des dispositions qu’elle contient. Et ce constat peut être fait à l’endroit de tout le continent africain. En effet, bien des pays de ce continent ont de belles Constitutions, démocratiquement parlant. Mais, l’on peut avoir l’impression que ceux-là mêmes qui les ont rédigées, n’y croient pas du tout. Et c’est cette représentation de la loi fondamentale, qui est à l’origine de nos misères en matière de démocratie. En tout cas, tant que les uns et les autres seront prompts à tordre le cou à la Constitution en opérant des coups d’Etat constitutionnels ou militaires, la démocratie sera toujours malmenée sous nos tropiques. Pour inverser la tendance, il ne s’agit pas forcément de mettre en place de nouvelles Constitutions de manière intempestive, mais de faire en sorte que personne n’ait le droit de piétiner la Constitution en toute impunité. Mais encore faut-il que les civils qui exercent le pouvoir s’inscrivent résolument dans la logique de la gouvernance vertueuse pour ne pas avoir à prêter le flanc.

 

« Le Pays.BF »

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