Les inondations de 2024 au Mali ont causé la mort de près d’une centaine de personnes et fait des milliers de sinistrés. L’une des principales causes de ces drames humains et matériels est l’occupation illicite des voies d’écoulement des eaux. Pour prévenir de nouveaux risques, les autorités ont lancé une vaste opération de libération de ces voies, principalement dans le District de Bamako. Et ce programme d’envergure doit être exécuté avant le début de l’hivernage prochain.
« Les occupations illicites des domaines publics et privés de l’État sont devenues un phénomène courant. Elles ont atteint des proportions inquiétantes. (…) C’est ainsi qu’il a été créé une Commission nationale de libération des servitudes et lits des marigots dans le district de Bamako », a déclaré le Directeur national de l’Urbanisme le 16 mars 2025.
Créée par la décision n°2025-0052/MUHDATP du 3 mars 2025, cette Commission nationale de pilotage est subdivisée en cinq sous-commissions : communication et sensibilisation, balisage et collecte de données, gestion sociale, démolition et juridique. Les autorités déplorent que les emprises des fleuves et marigots aient été envahies par des constructions anarchiques ne respectant pas les Schémas directeurs d’urbanisme. Ces installations illégales, allant des habitations aux branchements électriques frauduleux, augmentent considérablement les risques d’effondrement, d’électrocution et d’inondation, tout en favorisant la propagation de maladies telles que le paludisme, les maladies hydriques ou la fièvre typhoïde. Ces zones, censées être protégées, sont devenues de véritables bombes à retardement, alerte le Directeur de l’Urbanisme.
Une opération de grande ampleur
Plus de 700 édifices et infrastructures doivent être démolis dans le cadre de cette opération, qui revêt une triple portée : sociale, sécuritaire et environnementale. Si le phénomène de l’occupation illégale s’est amplifié au fil des ans, les alertes ne datent pourtant pas d’aujourd’hui. En 2009 déjà, les États généraux du foncier dénonçaient la violation croissante des domaines publics et privés par des particuliers. Mais ce sont sans doute les inondations meurtrières de 2013, 2019 et 2024 qui ont achevé de convaincre les autorités de passer à l’action.
L’objectif est de réduire de manière significative les risques d’inondation dans la capitale, où chaque saison pluvieuse entraîne des pertes en vies humaines et des dégâts matériels considérables. Une telle opération nécessite cependant d’importants moyens. Les fonds requis — soit 3,9 milliards de francs CFA — ont été notifiés par le ministère des Finances. Cette enveloppe couvre les travaux de démolition, les indemnisations des propriétaires ainsi qu’une aide au logement temporaire pour les locataires évacués. Une campagne de sensibilisation est en cours de préparation, avec un spot déjà validé. Le lancement des opérations est prévu pour avril, avant le début de l’hivernage prochain, annoncé autour de juin 2025. Les zones libérées seront transformées en espaces piétons, en pistes cyclables ou en aires de jeux pour enfants.
Soutenir les victimes
L’année 2024 a laissé un souvenir douloureux à de nombreux citoyens. Les pluies torrentielles ont fait des ravages, causant des pertes en vies humaines, des destructions massives et le déplacement de nombreuses familles.
Le ministère de la Santé et du Développement social rapporte que la pluviométrie extrême de 2024 a entraîné 729 inondations, causé l’effondrement de 47 306 maisons et la destruction de 2 915 greniers et magasins, emporté des milliers de têtes de bétail et ravagé des centaines de milliers d’hectares de terres agricoles, affectant 88 083 ménages. À cela s’ajoutent l’effondrement ou l’inaccessibilité de nombreuses écoles, ce qui a perturbé la scolarité de 4 millions d’élèves et forcé le report de la rentrée scolaire au 4 novembre 2024, soit un mois après la date initiale prévue.
Face à l’ampleur de la catastrophe, l’État a déclaré l’état de catastrophe nationale le 23 août 2024. Un plan d’action estimé à 73 millions de dollars (soit 43 milliards de francs CFA) a été mis en œuvre avec l’appui de la Banque mondiale afin de restaurer les infrastructures et les services urbains touchés dans les secteurs de l’assainissement, de la santé, des transports, de l’éducation et de l’agriculture. Le plan prévoit également le renforcement des capacités de réponse aux urgences.
Parmi les interventions d’urgence figurent la distribution de moyens de subsistance et de kits scolaires et la mise à disposition de logements temporaires. Des campagnes de vaccination et l’envoi d’équipements médicaux ont aussi été entrepris. La Composante d’intervention d’urgence (CERC), activée dans le cadre du Projet de résilience urbaine de Bamako (PRUBA), accompagnera d’autres volets du Plan d’action qui s’étendra au total sur 14 mois.
Anticiper et s’adapter
Même si les prévisions pour la saison pluvieuse de 2025 sont moins alarmantes que celles de l’an dernier, la prudence reste de mise. Les systèmes d’évacuation des eaux demeurent fragiles et les tâches à accomplir sont considérables. Les premières données météorologiques annoncent une saison humide, avec des précipitations dans la moyenne. Contrairement à 2024, marquée par le phénomène El Niño, l’année 2025 se déroulera sous une phase « neutre ». Ce contexte n’exclut toutefois pas des épisodes extrêmes, tant la crise climatique mondiale s’intensifie.
La Journée mondiale des forêts, célébrée le 21 mars 2025, a mis en lumière les enjeux environnementaux actuels. La couverture forestière du pays est passée de 32 millions d’hectares en 2002 à près de 17 millions en 2025. Pour renforcer sa protection, le gouvernement a adopté des réformes législatives plus contraignantes : confiscation des produits illégalement exploités, formation des agents de protection, etc.
Dans cette dynamique, une Stratégie nationale de sécurité climatique a été adoptée pour répondre aux défis croissants liés au changement climatique : désertification, raréfaction de l’eau, perte de la biodiversité, insécurité alimentaire, migrations forcées, tensions autour des ressources naturelles…
Prévue sur cinq ans, cette stratégie vise à établir une approche intégrée, concertée et proactive entre l’État, les collectivités, la société civile et les partenaires au développement. Elle doit permettre une action cohérente pour anticiper et répondre aux impacts du climat sur la stabilité sociale.
La libération des servitudes et des lits des cours d’eau qui démarre dès ce mois d’avril s’inscrit dans une volonté plus large : prévenir les inondations, renforcer la résilience urbaine et imposer le respect des Schémas directeurs d’urbanisme. Car les occupations illicites ne sont pas seulement illégales. Elles sont aussi incompatibles avec toute politique sérieuse de développement durable et de maîtrise urbaine.