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Affaire de Chantier de l’ambassade d’Arabie saoudite: la rupture est-elle irréversible entre les parties?

Suite à l’information donnée par l’Entreprise Mady Kéita (adjudicataire du projet) selon laquelle le retard récurrent du payement de ses factures serait à l’origine de l’arrêt des travaux de construction de l’ambassade du Royaume d’Arabie Saoudite et de la résidence de l’ambassadeur au Mali, Son Excellence Monsieur Khaled Mabruk AL-KHALED, Ambassadeur d’Arabie Saoudite au Mali, a réagi en démentant vigoureusement cette version des faits.

 

Il soutient que l’argent n’a jamais été une source de blocage dans la réalisation de ce chantier dont la finition, tient à cœur d’ailleurs la mission diplomatique toujours logée dans un bâtiment loué auprès d’un particulier à l’ACI 2020. Selon l’Ambassadeur, le retard pris dans la réalisation du projet incombe entièrement à l’Entreprise Mady Kéita (EMK Sarl) qui n’a réalisé à ce jour que 53% du chantier en 6 ans pour un délai initial d’exécution de 2 ans Quant à M. KEITA, il évoque un manque de fonds dû au non payement de sa facture N°9 toujours bloquée par l’Ambassade qu’il attend pour achever le chantier. Lisez deux versions opposées !
Attribué à l’Entreprise Mady KEITA Sarl (EMK Sarl) depuis 2014 pour un délai d’exécution de 24 mois, le projet de construction de l’ambassade du Royaume d’Arabie Saoudite et de la résidence de l’ambassade n’est pas à terme près 6 ans après. Pire, les travaux sont à l’arrêt.
Selon l’entrepreneur, le retard est du à plusieurs facteurs. « Le premier facteur du retard s’explique par l’absence de l’ingénieur chargé du contrôle au démarrage des travaux qui a mis 7 mois avant de venir au Mali. Le projet a démarré le 25 mars 2015 en son absence. En effet, conformément aux termes convenus, tous les intervenants devraient être présents sur le chantier pour y jouer pleinement leur rôle. C’est d’ailleurs l’une des recommandations faites lors de la réunion de démarrage en février 2015. L’absence de contrôle et ainsi que les difficultés y afférentes ont été signalées à l’Ambassadeur à plusieurs reprises par courrier. A son arrivée, sa première instruction fut de nous demander de soumettre tous les plans à la validation de son bureau à Riyad et de rehausser le bâtiment de 40 cm. Ainsi commençaient une suite de soumission, de correction et de modifications pour recevoir les premiers plans approuvés au 9e mois de démarrage. C’est alors que les travaux ont réellement commencé. À cause du démarrage tardif des travaux (environ un an), l’entreprise n’était pas en mesure de finir le projet dans le délai contractuel », explique M. KEITA qui dit avoir apporté les justificatifs du retard à qui de droit avec une demande de rallonge du délai.
L’Ambassadeur Khaled Mabruk KHALED répond : « le projet devrait être bouclé depuis 2017, et nous sommes en 2021. C’est dire que l’entreprise a pris près de 5 ans de retard. Que représentent 7 mois de retard à côté de 5 ans de retard. Supposons que le bureau de contrôle a pris 7 mois de retard avant de venir, mais, l’entrepreneur, lui, a pris ans de retard. Logiquement, son retard dans l’exécution du contrat (5 ans) ne peut pas justifier par le retard pris par le contrôleur (7 mois) ».
Pour rappel, l’Ambassade d’Arabie Saoudite au Mali est impliquée dans cette affaire en sa qualité de maître d’ouvrage délégué.

Des accusations mutuelles
Après leur première demande de prolongation du délai d’exécution, EMK reconnaît que les travaux se déroulaient normalement et que les 3 premières factures ont été payées sans problème. « C’est à partir de la quatrième facture que le consultant a commencé à traîner la validation. Son payement a pris 7 mois. La facture suivante (N°5) a pris 8 mois avant d’être payée. Cette situation de non-paiement a entravé les plans de commande et d’usinage des matériels de finition, causant ainsi plus de retard. Lorsque nous avons reçu l’argent de la facture N°5, nous avons payé les avances pour les matériaux de finition (granite, marbre, bois, câbles électriques, les gaines de climatisation, etc.) Certains matériaux sont arrivés sur le site en mai 2018. Au même moment les bois, le marbre et le granite étaient en cours de façonnage dans les ateliers à l’étranger. Ainsi, la réception de l’argent de la facture N°5 nous a permis de réaliser un taux d’avancement de 11% entre février et mai 2018, sans compter les matériels en cours de façonnage à l’étranger. À cause des retards du payement de la facture N°5, et des modifications des plans d’électricité et informatique, l’entreprise a dû réactualiser son planning. La date probable de fin des travaux a été repoussée jusqu’au 31 septembre 2019. En ce sens, une correspondance a été envoyée aux responsables du projet de Mofa le 10 mai 2018. Dans cette correspondance, l’entreprise a précisé que le respect de ce délai est conditionné aux principes de régularité des payements et qu’il n’y ait pas de changements majeurs encore au projet », poursuit M. KEITA selon qui depuis mai 2019, l’entreprise n’arrive plus à avoir ses payements.
« Tout ce que l’entreprise a demandé, c’est d’être payée à temps pour pouvoir respecter ses engagements. Dans la mesure où l’entreprise et sa banque ont investi toute une fortune (à travers les lignes de crédits) pour prouver leur bonne foi et démontrer la volonté d’achever les travaux dans les meilleurs délais. Vu l’importance des montants nécessaires du projet, il n’est pas possible de le préfinancer totalement. C’est pour cette raison que nous ne cessons de demander la compréhension du client et le respect de ses engagements contractuels. Notre dernière facture N°9 qui date de novembre 2019 n’a toujours pas été payée », ajoute-t-il.

En réponse à ce grief, l’Ambassadeur informe d’abord l’opinion malienne et internationale que l’entreprise EMK a reçu 3,818 millions de Dollar USD comme avance et avant même le démarrage des travaux. « Cette somme de 3,818 millions de Dollars USD était l’équivalent des 20% du montant total du projet. En plus du payement à l’avance des 20% du montant du projet, chaque fois que l’entreprise exécutait un travail, elle mettait ça dans un décompte que l’Ambassade payait. C’est dire que l’Ambassade a payé l’entreprise à chaque avancement des travaux. En clair, l’entreprise a toujours été payée à chaque avancement des travaux et suivant le degré d’avancement. Au total, l’Ambassade a payé à l’entreprise le montant de 8 décomptes depuis le démarrage du projet sans compter les avances de 20% du montant global. En termes de pourcentage, l’entreprise a reçu à ce jour environ 70% du montant global du projet pour seulement un taux d’exécution d’environ 53%», explique le diplomate.
Selon lui, c’est le payement du 9e décompte qui a pris du retard pour des raisons encore imputables à l’entreprise. « En effet, le contrôleur a remarqué que l’entrepreneur a exécuté des travaux qui n’étaient pas conformes au cahier de charge et qu’il a commandé des matériels qui n’étaient pas conformes au cahier de charge. Les difficultés de payement du 9e décompte sont venues du fait qu’il a mentionné dans le décompte ces travaux non conformes au cahier de charge et des commandes également non conformes au cahier de charge. Puisque ces choses n’étaient pas conformes au cahier de charge après vérifications du contrôleur, nous lui avons juste dit de les enlever avant de procéder au payement», dit l’Ambassadeur.
Selon M. KEITA, le 4 juillet 2019, une réunion s’est tenue à l’ambassade de l’Arabie Saoudite au Mali sur le retard accusé dans les travaux, en présence des différents sous-traitants. « Il nous a été proposé par l’ambassade que les payements se fassent directement aux sous-traitants, une proposition qui a été rejetée par l’entreprise et ses sous-traitants. Ces derniers ont confirmé être tous payés à temps. Nous avons été conviés plus tard à une autre réunion qui s’est tenue le 17 septembre 2019 au cours de laquelle l’ambassade nous a donné une correspondance en présence de notre banque par laquelle elle nous a proposé cette fois-ci une résiliation du contrat à l’amiable, proposition que nous avons rejetée ou plutôt nous avons indiqué qu’elle soit faite au tort exclusif du client », informe Mady Kéita.

La main tendue de EMK
A en croire l’ambassadeur, à son arrivée au Mali en avril 2019, il s’est personnellement impliqué dans cette affaire avec tous les encouragements possibles afin que l’entreprise EMK puisse continuer le projet jusqu’au bout. « J’ai appelé personnellement son directeur à mon arrivée au Mali pour le rassurer et en lui disant que j’oublie ce qui s’est déjà passé. Je lui ai dit que nous allons ouvrir une nouvelle page. Il m’a donné la promesse qu’il va remettre les clés en septembre 2019. De mon côté, j’ai essayé de l’aider en lui accordant un délai supplémentaire. Mais, au bout du délai qu’il a lui-même donné, les travaux n’avaient pas du tout avancé. Ensuite, j’ai provoqué une réunion avec lui, les sous-traitants et sa banque. C’est lors de cette réunion que je lui ai fait savoir que la situation était très grave en lui signifiant qu’il court le risque de se faire retirer le projet. Lors de cette rencontre et devant ses autres collaborateurs, il m’a fait une autre promesse, celle de terminer le chantier au mois de mai 2020. Mais malheureusement, il a encore trahi ma confiance une deuxième fois. Ce qui m’a poussé à prendre définitivement la décision de lui retirer le chantier. Sincèrement, je n’ai pas pu supporter ses mensonges à n’en pas finir. Cette entreprise nous a causé beaucoup de tort dans ce projet. Le retrait du chantier lui a été notifié par voie d’huissier après un inventaire. À cause du retard du chantier, nous sommes toujours en location que nous payons très cher. Depuis la semaine dernière, nous avons lancé un appel d’offres pour donner le chantier à une autre entreprise. Par ailleurs, cette affaire sera tranchée par l’autorité compétente conformément aux dispositions du contrat qui nous lie. Donc je ne vais pas faire trop commentaire et je laisse les autorités compétentes faire leur travail», soutient l’Ambassadeur.
Selon le directeur de l’entreprise EMK, l’ambassadeur d’Arabie Saoudite, par voie d’huissier, bloque aujourd’hui plus de 30 conteneurs remplis de ses matériels sur le site.
L’entrepreneur estime que tout ce blocage est planifié par le bureau du consultant et ses complices qui ont toujours traîné les validations des factures de l’entreprise en vue de lui mettre sur le dos l’ambassade pour ensuite réattribuer les travaux à d’autres entreprises avec qui il est de connivence. Il dit avoir déjà saisi les autorités compétentes de l’affaire afin de parvenir un dénouement heureux pour tous.

PAR BERTIN DAKOUO

Source : INFO-MATIN

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