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Du multipartisme à l’asservissement du peuple : Pour réussir nos démocraties, il faut faire naître le désir de perfectionnement

La gouvernance démocratique dans nos pays ne ressemble qu’à une scène de « théâtralisation ». Le peuple évaluateur est réduit au  silence à cause de son ignorance. Les mêmes partis gouvernent toujours directement ou indirectement. La quintessence de la démocratie se trouve ainsi sacrifiée et on se retrouve plutôt dans une tyrannie qui ne favorise nullement la paix a posteriori le développement.

 

Il est du principe de la démocratie que la souveraineté appartienne au peuple. C’est celui-ci qui a le monopole des décisions dans ce régime. Le peuple peut s’exprimer soit de façon directe, à travers les élections, soit de façon indirecte, à travers ses représentants que sont les députés dans nos démocraties représentatives. Chaque dirigeant (président de la République, député, maire de la commune) est élu selon la « volonté populaire », c’est-à-dire la volonté du peuple qui constitue l’électeur. C’est ce peuple dans son ensemble qui donne sa voix à un seul homme et accepte par ce geste d’être dirigé par lui afin qu’il défende l’intérêt général pour la paix et le développement de sa circonscription ou de tout le  pays.

La démocratie, la capacité de déposer « sans effusion de sang »

Le drame, c’est que la volonté générale est rarement suivie. Cela n’est qu’un mot couché sur du papier. Dans la pratique, nous vivons sous la « dictature » d’une minorité au pouvoir. Le peuple n’est libre que dans une démocratie où il a la possibilité de « déposer son gouvernement sans effusion de sang », il va alors de soi que la quasi-totalité des démocraties modernes constitue des dictatures ou de la tyrannie. Il n’est nullement vrai que la démocratie est le règne de la majorité. Sauf si par majorité, nous entendons le gouvernement ou les « chefs de partis ». S’il s’agit de cela, elle est bien le pouvoir de la majorité. Mais nous savons tous  qu’un mandaté reçoit forcément son mandat d’un autre qui est censé juger le travail qu’il lui a confié afin de déceler ses points forts et les points à améliorer pour le bien de tous. Cet évaluateur est en principe le peuple. Celui-ci ne donne sa voie qu’à celui qui peut être démis « sans effusion de sang ».

En conséquence, les gouvernants ayant cette idée de la possibilité de les déposer lorsqu’ils n’accomplissent pas les attentes de leurs mandataires s’attèlent sérieusement à l’exécution de leur mission. Ainsi, les élections constituent ce moment fort d’évaluation où les gagnants savent jusqu’où leur liberté peut s’étendre et où les perdants se perfectionnent de leurs erreurs pour le prochain scrutin.

Une évaluation difficile

Mais, hélas ! Dans nos démocraties, le peuple se trouve trahi dans son amour propre. Cela, parce qu’on ne lui permet plus ce travail d’évaluation à cause de la forte multiplication des partis politiques. Cette situation fait que c’est pratiquement les mêmes partis qui gouvernent en se succédant au trône. Les petits partis, à l’issue des élections, se voient obligés, pour gagner des postes, de s’allier à de grands partis. Une fois que ces partis remportent les élections, le changement souhaité ne sera plus visible. Car même si ce grand parti était le sortant, la victoire du petit parti serait toujours pour lui une nouvelle opportunité pour avoir la mainmise sur les décisions à prendre.

Rien qu’en nous focalisant sur l’histoire de la démocratie malienne, nous pouvons comprendre de quoi il en est. Comme a eu à signaler l’actuel chef d’État, Ibrahim Boubacar Kéita, lors du 18e anniversaire de son parti, « Je ne suis pas tombé du ciel ». Évidemment, de 1991 jusqu’en 2013, il a été présent dans plusieurs gouvernements. Et s’il doit céder la place, ce serait à un parti avec lequel il a déjà noué un accord.

La multiplication des partis asservit le peuple

Ainsi, cette multiplication des partis politiques entraine l’asservissement du peuple qui n’a plus la possibilité d’évaluer ses gouvernants puisque ceux-ci sont complices les uns des autres. C’est pourquoi depuis au 18esiècle, des intellectuels français ont eu à exprimer leurs inquiétudes par rapport à cette problématique de la gouvernance démocratique. Ils ne faisaient pas de doute que la démocratie soit le meilleur régime possible, mais ce qu’ils déploraient, c’est le fait qu’un tel régime ne convenait pas à des êtres humains. Ils le réserveraient à un « Royaume de Dieu » si celui-ci existait. Ce qui explique la thèse selon laquelle « l’homme est né libre mais  partout il est dans les fers ».

Ces situations ne peuvent qu’engendrer par la suite des violences interminables partout sur les territoires. Mais ce qu’il faut retenir, c’est que c’est le peuple qui se rend esclave bien avant les urnes en sacrifiant lui aussi la démocratie pour son intérêt personnel. Une situation qui relève de ce mauvais principe selon lequel, c’est la décision de la majorité qui prime comme si celle-ci est exempte d’erreur. Toutefois, il suffit d’analyser la façon dont les élections sont organisées dans la démocratie malienne et dans la plupart des démocraties contemporaines. Ces élections sont censées être libres et transparentes, mais c’est est le contraire dans nos démocraties, car ce sont des oligarches qui se présentent aux élections parmi lesquels il faut choisir celui qui finance le plus.

Libre cours à la corruption

Dans ce contexte, puisque la majorité de la population dans ces démocraties est pauvre et affamée, alors elle accepte les présents empoisonnés ; elle se laisse facilement corrompre ou se laisse tromper dans son amour propre. En un mot, les oligarches qui arrivent au pouvoir achètent leurs voix auprès du peuple et celui-ci, de façon inconsciente ou consciente, élit le pire  des hommes comme dirigeant. En conséquence, une fois au pouvoir, ceux-ci se concentrent tout d’abord sur la récupération de tout l’argent qu’ils ont investi dans le peuple lors de leur campagne ou durant les élections. Ils ne penseront que tardivement à la patrie.  Cependant et de façon hypocrite, le peuple constatant ces hypocrisies se soulève pour montrer son mécontentement par rapport à l’élection d’un tel homme. La voie des urnes étant la voie idéale pour déposer un gouvernement, cela devient une voie trop longue pour le peuple qui se cherche un raccourci.

Qu’il réussisse et que le même individu se présente pour un nouveau mandat, il est susceptible de le remporter parce qu’il sait qu’il lui suffirait d’investir beaucoup d’argent encore dans le peuple pour l’avoir une fois de plus à ses côtés. Comme le peuple est un enfant qui ne grandit jamais ! Alors, si un tel homme gagne, cela ne doit pas étonner et ne doit provoquer aucune violence.

Les communales de 2016

En effet, c’est cet aspect qui explique les crises post-électorales au Mali lors des communales du 20 novembre 2016  dans la plupart de nos communes.  Les populations se sont laissées emporter par le goût de l’argent facile et sont allées donner leur voix à des hommes qui ne pouvaient pas faire leur affaire ou qui ont  l’habitude de piller leur commune ; des hommes qui n’ont aucun souci pour le développement de leur commune et qui ne visent que leur propre instinct grégaire. Par conséquent et de façon paradoxale, nous avons vu ces mêmes populations se soulever contre l’élection de ces hommes au poste de maire de leur commune. Tel fut le cas dans la commune rurale de Kalaban-Coro, mais aussi dans la commune II de Bamako, à Quinzanbougou. Voilà pourquoi nous disons que la souveraineté est paradoxale. C’est la majorité qui décide ; or celle-ci peut se tromper dans ses délibérations. Cette confusion peut alors coûter cher à l’ensemble du peuple.

La présidentielle théâtralisée

À côté de cela, il est utile de rappeler toute la scène de « théâtralisation » qui s’est déroulée après les élections présidentielles de 2018. Une opposition inconsolable face à la victoire de la majorité présidentielle qu’elle juge avoir fraudé a entrainé un peuple instable moralement et intellectuellement dans les rues de Bamako pour dénoncer le choix de ce même peuple. Comme c’est paradoxal ! Certes, la base de l’opposition, c’est qu’il avait eu des tripatouillages dans les urnes. Mais nous savons également que leurs requêtes ont été rejetées par une des institutions de la République, la Cour constitutionnelle. Mieux, certains de ces hommes qui criaient au « bourrage des urnes » se retrouvent aujourd’hui dans le même gouvernement qu’ils jugeaient « illégitime ». Cela décrit encore mieux le paradoxe de la souveraineté voire de la démocratie ainsi que l’asservissement du peuple et de la transformation de la démocratie en tyrannie.  En effet, nous vivons sous des dictatures déguisées en démocratie. Cette situation s’est délocalisée dans maints autres africains en 2018.

Renforcer les institutions

Face à ces situations, il convient de revoir les principes de nos démocraties dans la pratique. Au lieu de limiter le rôle du peuple à l’élection qui n’est autre que le principe d’ « initiative populaire », il faut plutôt initier le principe de « jugement du peuple ». Pour ce faire, il est nécessaire de mieux renforcer les institutions. Plus les institutions sont fortes, plus nous serons préservés contre les mauvais dirigeants et plus nous protégerons les bons gouvernants contre la tentation du pouvoir.

Ce deal ne peut réussir que lorsque nous instituons « le protectionnisme de l’État » dans un « État minimal » où des limites sont définies à la liberté du peuple ainsi qu’à celle de l’État. Car comme dit Karl Popper, penseur anglais du 20e siècle: « Nous avons besoin de la liberté pour empêcher les abus de l’État, et nous avons besoin de l’État pour empêcher les abus de la liberté. »

Outre cela, le bipartisme comme dans plusieurs pays européens semble être encore mieux que nos systèmes démocratiques. Car dans le bipartisme, le désir de perfectionnement s’installe forcément à chaque fois qu’un parti perd les élections. Celui-ci cherchera toujours à corriger ses erreurs avant le prochain scrutin afin de le remporter. Cela reste de même pour le parti au pouvoir. Ce dernier également tachera à l’exécution normale de la tâche qui lui est confiée afin de bénéficier toujours de la confiance de ces mandataires.

C’est pour dire que si les oligarches ne changent pas, alors c’est au peuple de changer en protestant contre la candidature, pour une seconde élection, de tout homme, n’ayant pas contribué au développement de son pays ou de sa commune lors de son dernier mandat ; en refusant les dons piégés, en exigeant à sa place une exposition publique pour tout candidat de son projet politique.

Ceux-ci se faisant, nous éviterons alors de faire appel au médecin après la mort. Certes, le peuple est souverain, mais cette souveraineté n’est valable que dans une vraie démocratie. Il faudra savoir choisir le bon moment pour se faire entendre et n’attendons pas demain pour faire ce qu’on peut faire ici et maintenant.

Fousseni TOGOLA

Source : Le Pays

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