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Crise politique au Bénin : la nouvelle Assemblée monocolore s’installe dans un climat de tensions

La nouvelle Assemblée nationale, issue d’un scrutin auquel aucun parti d’opposition n’a pu participer, va être officiellement installée jeudi sous très haute surveillance des forces de sécurité. Désormais toute entière acquise à Patrice Talon, l’Assemblée pourrait ensuite rapidement se pencher sur une réforme constitutionnelle plusieurs fois repoussée sous la précédente législature.

« C’est une législature qui est peut-être légale, mais elle est illégitime ». Donklam Abalo, porte-parole de l’Union sociale libérale (USL, de Sébastien Ajavon), résume ainsi un sentiment unanimement partagé au sein de l’opposition béninoise.

Jeudi, les députés nouvellement élus, issus d’un scrutin auquel aucun parti de l’opposition n’a pu participer, vont officiellement prendre leur place dans un hémicycle sous très haute surveillance. À Porto-Novo, un important dispositif militaire a été déployé aux abords de l’Assemblée nationale, signe que les autorités craignent une nouvelle flambée de violences.

Deux semaines après les heurts post-électoraux qui ont secoué le pays, les 1er et 2 mai – en particulier autour du domicile de l’ancien président Thomas Boni Yayi dans le quartier de Cadjehoun, à Cotonou – aucun bilan officiel n’a pour l’heure été communiqué par les autorités.

Dans un rapport rendu public mardi, l’ONG Amnesty international affirme avoir documenté «  la mort par arme à feu, d’au moins quatre personnes », évoquant notamment le cas d’« une mère de sept enfants » et d’un jeune de 19 ans, tué par balles à Kandi, dans le nord du pays. Les différentes composantes de l’opposition, elles, avancent des bilans allant de sept à neuf morts, selon les sources.

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Un climat de tension qui n’a pas empêché le processus d’installation des nouveaux députés de se poursuivre. Dès la semaine dernière, le président de l’Assemblée sortante, Adrien Houngbédji, a invité les nouveaux députés à se rendre au siège du Parlement pour remplir les formalités.

La première séance sera conduite par un bureau temporaire, dont la composition est déjà connue : il sera présidé par le doyen d’âge, Wallis Zoumarou (77 ans), élu sur la liste du Bloc républicain (BR) qui a recueilli 36 sièges. Il sera assisté des deux plus jeunes députés, Epiphane Honfo et Yacoubou Orou Sé Guéné, tous deux issus de celle de l’Union progressiste (UP), totalisant 47 députés.

Les deux listes, qui se réclament de la mouvance présidentielle, ont été les seules autorisées à participer aux législatives du 28 avril dernier. Une situation inédite dans le pays depuis le renouveau démocratique en 1990 pour un scrutin lors duquel les appels au boycott lancés par l’opposition semblent avoir été très largement entendus : seulement 27% des électeurs se sont déplacés, selon les chiffres de la Cour constitutionnelle.

Course au perchoir : vers un retour de la tradition d’équilibre régional ?

Conformément au règlement intérieur du Parlement, le bureau d’âge va conduire dès jeudi l’élection des membres du futur bureau de l’Assemblée nationale. Un scrutin qui s’annonce très disputé entre les différentes personnalités des deux listes de la mouvance.

Parmi les noms les plus cités, on compte Abdoulaye Bio Tchané, ministre d’État chargé du développement, Sacca Lafia, ministre de l’Intérieur, Alassane Séidou, ministre des Transports et de la Décentralisation, Abraham Zinzndohoué, ancien président de la Cour suprême, ou encore le général Robert Gbian, ancien vice-président de l’Assemblée nationale…

Certains députés défendent également le nom de plusieurs jeunes candidats au perchoir, évoquant les noms d’Oswald Homéky, ministre des Sports ou celui de Jean-Michel Abimbola, coordonnateur du bloc de la majorité parlementaire sortante.

« La situation politique tendue dans laquelle se trouve notre pays actuellement appelle au choix d’une personnalité intègre et consensuelle, qui saura faciliter le débat de la réconciliation politique dont le pays a besoin pour panser ses plaies consécutives aux élections législatives du 28 avril 2019 », écrit pour sa part le professeur de Droit Ibrahim Salami, réputé proche du pouvoir, dans une tribune publiée dimanche par le quotidien Le Matinal.

L’universitaire plaide par ailleurs pour « rétablir » une tradition d’équilibre régional au niveau institutionnel qui a été stoppée à l’arrivée de Patrice Talon au pouvoir, en 2016. « La stabilité du pays résulte en grande partie de cette tradition dans le système politique, qui veut que lorsque, le président de la République a ses origines dans le Nord du Bénin, celui de l’Assemblée nationale ait les siennes au Sud, ou dans une autre région du pays », souligne Ibrahim Salami.

Jusque-là, aucun député ne s’est officiellement porté candidat au perchoir. Selon les dispositions réglementaires, ils ont jusqu’à une heure avant le scrutin pour se dévoiler. Le président de l’Assemblée est élu au scrutin uninominal, à bulletins secrets. Pour l’emporter, il doit réunir la majorité absolue des suffrages pour les deux premiers tours. Si un troisième tour est nécessaire, la majorité relative suffit et, en cas d’égalité des suffrages, le plus âgé est élu.

Dans la tradition de l’élection du président du parlement au Bénin, le caractère secret du vote a souvent réservé des surprises. Adrien Houngbédji, le président de la précédente législature, avait ainsi été élu à une voix près.

Vers une réforme constitutionnelle

L’absence de l’opposition dans cette nouvelle Assemblée monocolore offre une occasion inédite au président Patrice Talon de faire passer ses réformes, notamment constitutionnelles, qui avaient été jusque-là bloquées par les députés.

En avril 2017, son premier projet de révision constitutionnelle n’avait pu recueillir le nombre de députés requis (62) pour être examiné. En juillet 2018, il était certes parvenu à convaincre 62 députés de passer à l’étape de la recevabilité du texte, mais a finalement échoué à faire adopter le texte par les 4/5e des voix (66 députés sur 83), à quatre députés près.

Dans la réforme constitutionnelle envisagée, si certains points font l’objet d’un relatif consensus, même au sein de l’opposition – suppression de la peine de mort, création de la Cour des comptes, amélioration de la représentation du nombre des femmes au parlement – d’autres font polémique. La question du mandat unique pour le président de la République, l’alignement des mandats et le regroupement des différentes élections en une seule  élection générale ont fait l’objet d’âpres débats.

Mais ce que craignent par dessus tout la plupart des contempteurs du projet de Patrice Talon, c’est la perspective d’une nouvelle République qu’inaugurerait de fait la révision constitutionnelle, qui remettrait les compteurs à zéro et ouvrirait la possibilité au président béninois de rester au pouvoir au-delà des dix ans autorisés par l’actuelle Constitution.

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