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Chronique satirique: Kidal, la cité interdite

La semaine dernière, je vous relatais comment le Mali s’était fait rouler dans la farine lors du partage du gâteau, pardon!, lors de la répartition des autorités intérimaires au nord.

kidal militaires maliens

Dès le lendemain, les faits m’ont donné raison. En effet, bien que les rebelles de la CMA aient obtenu la présidence du Conseil régional de Kidal attribué à un de leurs chefs, le colonel Hassan Ag Fagaga, ils ont trouvé le moyen d’empêcher la cérémonie d’installation des autorités intérimaires au motif que le nouveau gouverneur ne venait pas de leurs rangs. C’est juste là un prétexte pour qu’aucun officiel malien Mali ne foule le sol de Kidal, même à titre symbolique. Car dans le conscient, l’inconcient et le subconscient des rebelles, Kidal ne fait plus ni ne fera plus jamais partie du Mali.

Les bandits armés n’en sont pas à leur coup d’essai. Pour eux, laisser flotter le drapeau malien à Kidal revient à reconnaître la souveraineté malienne sur ce territoire qui, à leur sens, sert de capitale éternelle à l’Etat de l’Azawad. Pendant tout son mandat de gouverneur de la ville, le colonel Adama Kamissoko n’a pas pu réunir deux poulets dans son bureau. Il venait y prendre le thé à l’aube puis retournait dans le camp militaire malien jusqu’au lendemain. Ses belles activités de gouverneur ? Il les menait plutôt dans son bureau Gao, à 1000 kilomètres de son poste d’affectation. D’ailleurs, il n’avait pas d’activités à proprement parler puisque sa principale mission consistait à se sauver lui-même de la mort…

Croyant que Kidal appartenait au Mali, le Premier ministre Oumar Tatam Ly a voulu y effectuer une visite en 2013. Son avion a dû précipitamment rebrousser chemin en plein ciel, les rebelles et leurs marionnettes civiles ayant envahi l’aérodrome de Kidal pour protester contre la visite. En bon banquier, Tatam Ly a usé du principe de précaution…

Le Premier Ministre Moussa Mara passera outre aux protestations locales. Vêtu d’un boubou et la tête couverte d’un turban, il réussit l’exploit de tenir à Kidal une conférence régionale des cadres.Malheureusement, les débats tournent court. Le lieu de la rencontre est pris d’assaut par les bandits armés qui égorgent 7 préfets et sous-préfets comme des moutons de Tabaski. Moussa Mara lui-même ne doit la vie sauve qu’à l’agilité de ses jeunes jambes et, sans doute, aux dons d’esquive du colonel Kamissoko qui, comme toujours, échappe au carnage en se retrouvant dans le véhicule du chef du gouvernement.

Quand il s’est agi, récemment, d’envoyer à Kidal le ministre de l’Energie, Malick Alhousseyni, les rebelles ont une nouvelle fois dit niet. Il a fallu leur expliquer que le Mali venait leur donner de l’eau et de l’électricité gratuites pour qu’ils acceptent le séjour du ministre. Et encore à la condition expresse qu’il ne soit pas accompagné de gardes maliens et que devant sa table ne soit hissé aucun drapeau du Mali.

Bien entendu, le tribunal et la prison civile de Kidal n’existent que sur le papier. Tout juge ou agent pénitentiaire qui s’aventurerait en ces hauts lieux azawadiens a toutes chances de croiser l’ange de la mort en pleine journée. L’actuel gouverneur, qui a remplacé depuis quelques mois notre ami Kamissoko alias Zonzani-le-lièvre, officie lui aussi à Gao, bien qu’il porte dans son nom la particule « Ag ». Il n’est, au reste, pas sûr que Gao offre la moindre sécurité aux dignes serviteurs du Mali puisque, le 18 janvier, un attentat y a fait 77 morts. Cerise sur…le fusil, le procureur de Gao a récemment échappé de justesse à une attaque menée par deux inconnus venus lui rendre visite à domicile. Quant au procureur de Kidal avec résidence à Gao, il vient de recevoir des menaces de mort en plein district de Bamako !

On le voit, la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA) n’a nulle intention de laisser l’administration malienne revenir à Kidal. Pour ce qui est du reste du nord, la CMA y entretient une psychose telle que la présence de l’administration ne sert strictement à rien. Cette triste réalité ne changera pas, quels que soient les paperasses que l’on signe sous forme d’accords de paix.

Vous allez me demander comment les rebelles parviennent à survivre en l’absence de l’Etat. La question me fait sourire, wallaye ! Un de mes amis Kidalois m’informe que le dernier des citoyens de cette ville se nourrit de cuisses de dinde et d’eau minérale tout droit venues d’Algérie. On vit donc mieux à Kidal qu’au palais de Ladji Bourama. Et malgré cela, notre généreux Etat trouve le moyen de payer aux leaders azawadiens des salaires de députés, de ministres et de fortes primes pour organiser des forums de bavardages…

Tiékorobani

 

Source: proces-verbal

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