Un rapport de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, publié le mardi 1er mars 2025, révèle que plus de 1,4 million de personnes sont confrontées à l’insécurité alimentaire dans le pays. Quelques jours auparavant, le Programme Alimentaire Mondial (PAM) avait alerté sur les conséquences du sous-financement, qui pourrait priver de soutien essentiel cinq millions de personnes dans le Sahel et le bassin du Lac Tchad.
Le rapport de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge met en lumière la situation humanitaire précaire du pays, en proie à l’insécurité depuis plus d’une décennie. En mai 2024, le pays comptait 330 713 personnes déplacées internes (PDI), et les incidents sécuritaires sont passés de 1 475 fin 2023 à 2 288 en 2024, témoignant d’une insécurité croissante.
Outre l’insécurité liée à la violence et aux conflits armés, les inondations de 2024, les plus graves de ces dernières décennies, ont affecté plus de 369 000 personnes, détruisant récoltes, habitations et bétail. Ces inondations ont retardé la rentrée scolaire pour 14 706 personnes réfugiées dans les écoles et aggravé une crise alimentaire déjà critique.
Selon le rapport de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, plus de 1,4 million de personnes sont en situation d’insécurité alimentaire, dont 120 923 en phase d’urgence, principalement dans les régions de Koulikoro, Mopti, Tombouctou et Gao.
Par ailleurs, les personnes déplacées et les migrants de retour dans les zones touchées par les inondations sont confrontés à des abris précaires, à des pénuries alimentaires et à un accès limité aux services de santé et d’eau.
«Les inondations, conjuguées à l’insécurité, ont mis à rude épreuve les efforts de réintégration de plus de 4 000 migrants de retour en 2024. La destruction des infrastructures, la hausse des prix des denrées alimentaires et l’insuffisance des capacités des communautés d’accueil à accueillir les rapatriés entraînent des conditions humanitaires désastreuses», indique le rapport, soulignant également que les tensions intercommunautaires persistantes rendent la sécurité civile et humanitaire précaire.
«L’insécurité a également affecté les opérations humanitaires, avec 31 incidents impliquant des ONG enregistrés en 2024. Malgré l’augmentation des besoins, le financement reste extrêmement faible», rapporte le document, précisant que le financement du plan de réponse humanitaire n’a pas dépassé 30% des fonds nécessaires fin 2024, confirmant ainsi la tendance à l’insuffisance des financements observée depuis 2021.
«Le pays a besoin, de toute urgence, d’une réponse internationale coordonnée pour répondre aux besoins immédiats, renforcer la résilience et atténuer les impacts croissants du changement climatique et de l’insécurité sur les populations vulnérables », exhorte le document.
L’UNICEF, tout comme le PAM, alerte sur les risques du faible niveau de mobilisation financière en faveur de l’assistance humanitaire. L’UNICEF prévient que cette situation risque de priver 14 millions d’enfants de services de nutrition essentiels en 2025, anéantissant ainsi des décennies de progrès en faveur des enfants et des femmes les plus vulnérables du monde.
Ces coupes budgétaires ont des conséquences dans 17 pays hautement prioritaires, précise l’UNICEF, ajoutant que plus de 2,4 millions d’enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère pourraient être privés d’aliments thérapeutiques prêts à l’emploi d’ici la fin de l’année 2025.
Environ 2 300 centres de stabilisation, qui fournissent des soins essentiels aux enfants souffrant d’émaciation sévère et de complications médicales, risquent de fermer ou de réduire considérablement leurs services, tout comme près de 28 000 centres thérapeutiques ambulatoires destinés à traiter la malnutrition et soutenus par l’UNICEF, qui sont menacés ou ont déjà cessé de fonctionner.
De même, le PAM avertit qu’en l’absence de nouveaux financements, une rupture de la chaîne d’approvisionnement est attendue en avril. Des millions de personnes parmi les plus vulnérables au Burkina Faso, au Mali, en Mauritanie, au Niger, en République centrafricaine, au Cameroun et au Nigéria, qui ont besoin d’une assistance d’urgence, sont également confrontées à des conséquences désastreuses à l’approche de la période de soudure de juin à août. Avec les niveaux de financement actuels, cinq millions de personnes risquent de perdre le soutien essentiel du PAM dans les mois à venir.
PAR SIKOU BAH