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NANCOUMA KEITA, SECRETAIRE POLITIQUE DU RPM : « Un gouvernement d’union nationale est antidémocratique… » « La CMP ne fait pas obligation d’une candidature unique… »,

Secrétaire Politique du Rassemblement pour le Mali, l’ancien ministre de l’Environnement, Nancouma Kéita, que nous avons interviewé, jeudi dernier, jure que le RPM ne sera nullement affligé par une candidature de l’Adema à la présidentielle, en dépit d’une convention qui unit les deux formations, estimant que le regroupement qu’est la Convention de la Majorité Présidentielle ne s’y oppose pas. Par ailleurs, l’enfant de Naréna pense que le rapprochement voire la fusion des partis de la famille Adema reste toujours possible même si cette question n’est pas aujourd’hui à l’ordre du jour. Quant au changement de gouvernement, Nancouma Kéita se dit foncièrement opposé à toute forme de gouvernement d’union nationale. C’est antidémocratique et anti républicain, estime-t-il.

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Votre allié qu’est l’ADEMA dit vouloir présenter une candidature interne, probablement contre celui de votre parti qui est au pouvoir. Quel effet cela vous-fait-il, au RPM ?

Merci pour la question. Je ne comprends pas cependant ce qui vous fait dire que l’Adema est notre principal allié. Je ne sais ce qui motive le choix de l’adjectif « principal ». Ce sont des camarades de longue date, individuellement et politiquement. Mais nous n’avons pas hiérarchisé le caractère des relations entre les partis au sein de la CMP. Ceci dit, l’Adema est souverain comme tout parti. Si l’Adema a décidé d’avoir un candidat pour les échéances futures, c’est de bonne guerre. Mais historiquement, l’Adema a l’habitude de ne pas présenter de candidat face à leur allié au pouvoir ; au moment où il était le plus fort (2007, ndlr), il a souscrit à une candidature extérieure au détriment des données politiques. Si aujourd’hui l’Adema a fait sa propre critique pour comprendre que la vocation d’un parti est d’être dans le combat politique, la conquête du pouvoir et la gestion du pouvoir, c’est un parti qui devient égal à lui-même au vu de la vocation d’un parti. C’est le contraire qui devrait étonner. Donc, la solution la meilleure pour une convention est de dire qu’on va convenir d’une candidature unique. Ça, c’est l’idéal, mais si cela n’était pas possible, pour des raisons objectives, eh bien, je pense que c’est souverain de la part de chaque parti d’avoir la prétention de se faire représenter dans la compétition.

Mais est-ce que le fait qu’un autre parti de la CMP présente un candidat n’est pas quelque part en désaccord avec ce que vous avez signé, ou l’engagement à accompagner et à assumer un mandat ? Comment peut-on présenter un autre candidat si on soutient et on assume le mandat qu’on a partagé ensemble ?

La convention ne fait pas obligation d’une candidature unique. Mais le souhait est que cela soit. Si on ne peut pas le faire, on sera obligé, si on veut rester ensemble, de faire des campagnes civilisées, ne pas dire des choses qui puissent insulter l’avenir parce que de toutes les façons, on aura besoin les uns des autres et donc, il faut ménager l’avenir même en termes d’adversité politique, en termes de concurrence, il faut se dire qu’on a été ensemble, on s’est séparés. On est encore ensemble. Donc, demain encore, on peut être ensemble. Il faut avoir la mémoire des choses, se donner une certaine culture de construction et d’aller avec le temps dans une logique de convergence.

C’est vrai que notre ambition en tant que RPM aurait été que si nous présentons un candidat, en l’occurrence Son Excellence Ibrahim Boubacar Kéita, que les gens sans discussion, sans marchandage, y souscrivent. C’est notre attente mais, encore une fois, cela ne peut pas s’imposer ! On donne liberté totale, au nom de la démocratie, à chacun de jauger sa capacité !

Est-ce que cela ne mettra pas à plus tard sinon renvoyer aux calendes grecques la tentative de réunification de la grande famille Adema et qui est chère au président IBK ?

Ah non ! La réunification de la famille Adema est encore un souhait exprimé par les gens mais ce n’est pas à l’ordre du jour. Parce qu’au niveau du parti, nous n’avons pas statué encore, on n’a pas d’agenda, on n’a pas de schéma mais on a des souhaits. Je suis membre de la commission ad hoc qui doit réfléchir au rapprochement, mais jusqu’à présent, on n’a pas arrêté des termes de références qui donne un échéancier de décisions ou un objectif à atteindre. Le souhait est qu’on se rapproche le plus possible, pourquoi pas la fusion. Mais chaque fois qu’on parle de fusion, de rapprochement, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, depuis 2000, donc, on ne peut pas consommer cela par une ou deux phrases. Des deux côtés, on dit qu’il faut qu’on fasse la revue du passé. Et si l’on fait la revue du passé, il faut avoir du courage pour aller outre et prendre une décision. Et, cette décision ne sera pas facile…

Quand vous parlez de rapprochement dans ce cas-là, faut-il aussi y inclure des partis comme l’URD, l’Asma-CFP et dans une moindre mesure les FARE…, également issus de l’Adema ?

Ecoutez. Chacun est victime de son moi. Dans chaque parti, il y a des gens dignes d’intérêt. Il y a des patriotes mais les expériences, les cultures de gestion ont fait que certains ont été plus connus que d’autres, en bien comme en mal. Alors, c’est dangereux…Tu connais une ou deux personnes dans une formation politique, leur comportement t’a contrarié, mais cela ne t’autorise pas à croire que tous ceux qui sont avec eux en compagnonnage dans leur parti répondent de ces critères de condamnation. NON ! Il faut faire en sorte qu’en permanence, les critères objectifs prennent le pas sur la susceptibilité, les soupçons et sur les jugements collectifs. Les jugements doivent être individuels et avec arguments. Il faut que les gens soient capables de faire cette analyse…Parce qu’un parti, tu veux montrer que ton chemin est le plus compétitif pour créer le bonheur du pays mais si tu découvres contre ton programme de développement, ton projet de société et qu’untel a des idées mieux élaborées, plus compétitives et qui répondent le mieux aux ambitions, l’humilité voudrait que tu ne dises pas publiquement que tu as raison mais que te tu prépares au rapprochement sur les valeurs.

Il se dit qu’un gouvernement d’union nationale sera mise en place très prochainement. Quelles sont les attentes du RPM ?

Pourquoi voulez-vous que soit mis en place un gouvernement d’union nationale quand il y a un pouvoir légitime ? Nous ne sommes pas dans un contexte de coup d’Etat où l’opinion exige une concertation nationale souveraine ! Le coup d’Etat, par essence, est contre la démocratie, contre l’esprit républicain. Tant qu’on est dans un tel contexte, cela aurait été de bon aloi d’organiser des concertations pour qu’au sortir, les décisions qui y seront prises commanditent la gestion de l’Etat. Mais, dès l’instant présent, on peut être content ou ne pas l’être, mais un pouvoir légitimé à presque 80% par le peuple souverain, ce serait aller à l’encontre des valeurs démocratiques que de demander encore un gouvernement d’union nationale.

Mais le pays n’est pas normal, nous vivons une situation de crise, une situation d’exception….

Qu’appelez-vous « normal » ? Cela dépend des critères que vous donnez qui ne sont pas universels. Le pays vit des difficultés, mais on a pris les difficultés en héritage, qui auraient pu faire disloquer ce pays. Donc, c’est de main de maître qu’on a quitté 2013 pour parvenir au stade actuel des choses où le pays ne s’est pas disloqué. Il n’y a pas eu d’implosion. Dans d’autres pays, il aurait été divisé en trois voire quatre ou cinq. Regardez la Yougoslavie. Regardez le Soudan. On a voulu faire au Mali ce qu’on a fait au Soudan. Mais, la sagesse du peuple malien indépendamment de toute considération partisane, la sagesse du peuple malien, la culture de concession et de l’acceptation de l’autre, le pays résiste encore. Mais tout n’est pas réglé. Il y a plus d’ennemis de la Nation que ceux qui aspirent au positif. Il ne faut pas en avoir le complexe. C’est notre devoir de circonscrire cette situation et de surprendre les observateurs les plus sévères. C’est notre rôle et notre devoir de génération. Il faut le réussir. Mais de là à dire que le pas ne va mal, vous abusez ! C’est vous qui choisissez le terme.

Propos recueillis par Aly Enéba Guindo

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