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Mali- France : Les actes forts d’une rupture !

Détérioration constante des relations entre Bamako et Paris sur fond d’échanges verbaux, retrait des forces françaises, affaire Wagner, rupture officielle des accords de défense avec Parissuspension de RFI et France 24,…  Ce sont là, aujourd’hui, autant de faits et d’actes qui sont à la base de la détérioration des relations entre les autorités malienne et l’Elysée. Retour sur certains évènements de la tension entre les deux pays.

En effet, on assiste, depuis quelques mois, à une détérioration des relations entre la France et le Mali.  Le dernier épisode de ce climat délétère entre les deux pays est l’annonce de la rupture officielle des accords de défense avec ParisEn effet, les autorités maliennes ont déclaré « dénoncer » les Accords de statut des forces (Status of Force Agreements, ou Sofa) fixant le cadre juridique de la présence au Mali des forces française Barkhane et européenne Takuba, ainsi que le traité de coopération en matière de défense conclu en 2014 entre le Mali et la France.

Dans un communiqué lu à la télévision nationale, le lundi dernier, le porte-parole du gouvernement, le colonel Abdoulaye Maïga, a invoqué les « atteintes flagrantes » de la part de la France, engagée militairement dans le pays depuis 2013, à la souveraineté nationale.

Il a cité, entre autres, « l’attitude unilatérale » de la France lorsqu’elle a suspendu en juin 2021 les opérations conjointes entre les forces françaises et maliennes, l’annonce en février 2022, « encore sans aucune consultation de la partie malienne », du retrait des forces Barkhane et Takuba,  et les « multiples violations » de l’espace aérien par les appareils français malgré l’instauration par les autorités d’une zone d’interdiction aérienne au-dessus d’une vaste partie du territoire : « Eu égard à ces insuffisances graves ainsi qu’aux atteintes flagrantes à la souveraineté nationale du Mali, le gouvernement de la République du Mali décide de dénoncer le traité de coopération en matière de défense du 16 juillet 2014 », a-t-il déclaré. Les autorités maliennes ont notifié cette dénonciation lundi après-midi aux autorités françaises et elle prendra effet six mois après cette notification.

« Informée, le 2 mai, de la décision unilatérale des autorités de transition maliennes de dénoncer» ces accords, la France « considère cette décision injustifiée et conteste formellement toute violation du cadre juridique bilatéral qui serait imputable à la force Barkhane », a indiqué la porte-parole du Quai d’Orsay dans une déclaration…

En plus de l’affaire Wagner, toute cette agitation des autorités françaises est intervenue au moment où les autorités maliennes avaient manifesté leur intention de procéder à une relecture de l’accord de défense entre les deux pays. A ce sujet, le Colonel Assimi Goïta, dans son discours à l’occasion de la fête de l’armée, le 20 janvier 2022, a été on peut claire : « Par une analyse objective du contexte actuel et en tenant compte des intérêts vitaux de notre pays, nous avons demandé la relecture de certains accords de coopération militaire. Dans le même temps, de nouveaux accords ont été signés, toujours avec comme objectif essentiel, la sécurisation des Maliens et de leurs Biens  ».

C’est ainsi qu’en fin décembre 2021, le Mali a officiellement demandé à la France la révision des Accords de défense qui lient les deux pays…

Ces Accords ont été signés à la suite du déclenchement de l’opération militaire française Serval, le 11 janvier 2013.

L’Accord de 2013 prévoyait de “concourir à une paix et une sécurité durables (…), notamment par la sécurisation des espaces frontaliers et la lutte contre le terrorisme”. Il permet également l’accès au territoire malien, “y compris ses eaux territoriales et son espace aérien”, avec le consentement préalable de l’État.

Prévu pour une durée de cinq ans, ce traité est reconduit de manière tacite. Il est néanmoins précisé que “les Parties peuvent, à tout moment et d’un commun accord, amender par écrit le présent traité”, comme le demande aujourd’hui le Gouvernement.

 RFI et France 24 : Sanctions contre les médias français

 Avant la dénonciation de l’accord de défense, les relations entre les deux pays avaient été  ébranlées par la suspension  des médias français RFI et France 24. Et pour cause : Accusés de campagne pour propagande sur les FAMA, les autorités de la transition ont annoncé leur décision de suspendre les médias français RFI et France 24 le 16 mars 2022. L’information avait été rendue publique par un communiqué du gouvernement. « Le gouvernement rejette catégoriquement ces fausses allégations contre les vaillantes FAMA et engage une procédure (…) pour suspendre jusqu’à nouvel ordre la diffusion de RFI (…) et France 24 », informe le communiqué signé du colonel Abdoulaye Maïga, porte-parole du gouvernement.

Le gouvernement avait également « interdit à toutes les radios et télévisions nationales, ainsi qu’aux sites d’information et journaux maliens, la rediffusion et/ou la publication des émissions et articles de presse de RFI et de France 24 ».

Selon le gouvernement, RFI et France 24 participent à une campagne médiatique visant à déstabiliser la transition; « la synchronisation de ce matraquage médiatique, le gouvernement en déduit une stratégie savamment préméditée visant à déstabiliser la transition, démoraliser le peuple malien et discréditer les vaillants FAMA ».

Aussi, poursuit le communique, « le gouvernement de la République du Mali réaffirme son soutien total, ainsi que celui du peuple à nos vaillants FAMA qui respectent les droits humains et agissent toujours avec professionnalisme dans la lutte contre le terrorisme. Il rappelle que tous les cas avérés de violation de droit de l’homme et du droit international humanitaire impliquant des éléments des forces de défense et de sécurité font systématiquement l’objet d’enquête impartiale et les auteurs sont toujours sanctionnés conformément à la législation nationale…»,  souligne le communiqué…

RFI et France 24, interdites de diffusion au Mali depuis le 17 mars, ont été définitivement suspendues dans le pays. Le groupe France Médias Monde a reçu, le mercredi 27 avril 2022, la notification de cette décision par la Haute autorité de la communication du Mali qu’elle “conteste avec force”, entendant faire appel, indique son directeur de la communication Thomas Legrand.

La décision de sanctionner RFI et France 24 intervient alors que les autorités de la transition malienne a accusé, le mardi dernier, l’armée française d’“espionnage” et de “subversion” après la diffusion par l’état-major français de vidéos tournées par un drone à proximité d’une base du centre du Mali récemment restituée par la France.

 Joël Meyer : L’expulsé de Bamako !

Autre acte dans cette tension entre les deux pays ? L’Ambassadeur de France au Mali, Joël Meyer, n’a eu que 72 petites heures pour faire ses valises et quitté le Mali. Cette décision du gouvernement malien a été notifiée au diplomate français le lundi 31 janvier 2022. Cette même décision était consécutive aux propos tenus par Ministre français des Affaires Etrangères, Jean-Yves Le Drian, le jeudi 27 janvier 2022. Dans une attaque verbale en règle et dont il est désormais coutumier, Il avait, en effet,  traité les Autorités maliennes d’« une junte illégitime », qui prend des « mesures irresponsables ».

En effet,  après  ces propos trop forts et très peu diplomatiques de Jean-Yves Le Drian, les Autorités de Bamako ont décidé d’expulser l’Ambassadeur de France, le lundi 31 janvier 2022. Dans un communiqué les autorités maliennes ont précisé : « « Le gouvernement de la République du Mali informe l’opinion nationale et internationale que ce jour (…) l’Ambassadeur de France à Bamako, Joël Meyer, a été convoqué par le Ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération Internationale [et] qu’il lui a été notifié la décision du Gouvernement qui l’invite à quitter le territoire malien dans un délai de soixante-douze heures. »

Dans ce même communiqué, le Gouvernement explique que l’expulsion de l’Ambassadeur de France au Mali, Joël Meyer,  en poste à Bamako depuis octobre 2018, « fait suite aux propos hostiles et outragés du ministre français de l’Europe et des affaires étrangères tenus récemment, à la récurrence de tels propos par les autorités françaises à l’égard des autorités maliennes en dépit des protestations maintes fois élevées ».

« Ces déclarations tendent à remettre en cause et la légalité et la légitimité des autorités auprès desquelles l’ambassadeur de France est accrédité (…) Vous ne pouvez pas être accrédité auprès d’autorités que vous-mêmes vous ne reconnaissez pas », a déclaré, de son côté, dans la soirée du lundi 31 janvier 2022, le Ministre des Affaires Etrangères, Abdoulaye Diop, lors d’une intervention sur l’ORTM.

Le ministre Diop avait prévenu le vendredi 28 janvier 2022 que notre pays n’excluait « rien » dans ses relations avec la France,

Pour rappel, l’ambassadeur, Joël Meyer avait déjà été convoqué le mardi 5 octobre 2021, au Département des Affaires étrangères à Koulouba. Cette convocation du diplomate français faisait suite aux propos discourtois du Président Emmanuel Macron à l’égard des Autorités de la Transition. Le Chef de la Diplomatie malienne, avait après avoir exprimé le mécontentement des Autorités maliennes suite à ses “propos inamicaux et désobligeants” tenus par Emmanuel Macron. Aussi, Abdoulaye Diop avait invité” les Autorités françaises à la retenue, en évitant des jugements de valeur ». Le Ministre Diop avait exprimé une “vive protestation contre ces propos regrettables”.

En outre, le Ministre des Affaires Etrangères avait appelé la France à “se concentrer sur l’essentiel, notamment la lutte contre le terrorisme au Sahel”.

Série de désaccords

La tension entre les deux pays n’a cessé de se dégrader depuis la déclaration du Ministre  français des Affaires Etrangères, Jean-Yves Le Drian. Il  avait dénoncé, le  jeudi  27 janvier 2022, la décision des Autorités de la Transition malienne d’expulser le contingent danois de Takuba : « une junte », « illégitime », qui prend des « mesures irresponsables »« Elle porte l’entière responsabilité du retrait des forces danoises et s’isole davantage encore de ses partenaires internationaux ».

Ces propos trop forts et très peu diplomatiques de Jean-Yves Le Drian ont été fermement condamnés par son homologue malien,  Abdoulaye  Diop : « Ce sont des propos emprunts de mépris. Ce sont des propos que je condamne qui sont inacceptables. Et je crois que les insultes ne sont pas une preuve de grandeur. Nous sommes disposés à discuter avec la France ou d’autres sur des questions de substances. Il ne s’agit pas de questions irresponsables. Ce que nous essayons de faire, c’est de défendre les intérêts de notre pays. Toute présence étrangère au niveau du Mali doit répondre aux règles maliennes, doit aussi aller dans le sens des intérêts supérieurs du Mali, surtout pour la présence des forces étrangères».

Autre réplique du gouvernement malienne, c’est celle intervenue, le mercredi 26 janvier 2022,  par la voix du Colonel  Abdoulaye Maïga, Ministre de l’Administration Territoriale  et porte-parole du Gouvernement, à l’encontre de la Ministre des Armées, Mme Florence Parly, et de la France qui  accusaient  les Autorités de la Transition,  mardi 25 janvier  2022, de multiplier « les provocations ». Le Ministre porte-parole du Gouvernement a pointé du doigt la France qui cherche à diviser les Maliens, « d’instrumentaliser » les organisations sous-régionales et de conserver ses « réflexes coloniaux »« Nous invitons également Mme Parly à plus de retenue et également à respecter le principe élémentaire de non-ingérence dans les affaires intérieures d’un État », a déclaré le Colonel Maïga. « Nous l’invitons également, c’est un conseil, à faire sienne cette phrase d’Alfred de Vigny sur la grandeur du silence », a-t-il ajouté.

« Lorsqu’on tente désespérément d’isoler le Mali en instrumentalisant les organisations sous-régionales, on se demande enfin qui est dans la provocation », a-t-il déclaré, en évoquant les sanctions de la CEDEAO.

Affaire Wagner : agitation à Paris

Il faut remonter au mois septembre 2021 pour mieux cerner cette tension entre notre pays et la France. En ce moment, c’est l’agence de presse Reuters qui a annoncé, le 13 septembre 2021, l’arrivée dans notre pays du groupe Wagner pour combler le vide laissé par le retrait des militaires français de l’opération Barkhane.

Quelques jours après, le Premier ministre, Choguel Kokalla Maïga, prononce un discours fort remarqué à la tribune des Nations-Unies, le 25 septembre 2021. En effet, il a assimilé le retrait de l’opération Barkhane à «un abandon du Mali en plein vol ».

Aussi, le Chef du Gouvernement a déclaré qu’en dépit du soutien international dont il bénéficie, « de mars 2012 à ce 25 septembre 2021 où je m’adresse à vous du haut de cette auguste tribune, la situation de mon pays ne s’est guère améliorée ». L’extension de la menace djihadiste bien au-delà du Nord du Mali et les violences intercommunautaires qui s’y sont greffées ne peuvent que confirmer ce constat d’échec.

Le PM avait déploré la transformation de l’opération Barkhane annoncée par le Président français, Emmanuel Macron, décidée sans consultation ni concertation avec nos Autorités, la nouvelle situation née de la fin de l’opération Barkhane plaçant le Mali devant le fait accompli,  « nous conduit à explorer les voies et moyens pour mieux assurer la sécurité de nos populations de manière autonome avec d’autres partenaires », a-t-il déclaré. Ces propos de Choguel K. Maïga ont provoqué l’ire de Paris.

Ainsi, la colère du gouvernement français s’est exprimée par la voix de la Ministre des Armées, Mme florence Parly. « Il n’y a pas de désengagement français, je tiens à commencer par rétablir des contre-vérités (…). Quand on a 5000 soldats et qu’on se désengage de trois emprises et qu’on a l’intention d’en laisser encore plusieurs milliers, lorsqu’on déploie au sahel des blindes du dernier cri (…), ce n’est pas l’attitude normale d’un pays qui a l’intention de s’en aller», a affirmé Mme Parly.  Après elle, c’est le président Emmanuel Macron qui avait réagi au discours de Choguel K Maïga. Sans aucune retenue le président français a qualifié de « honte » les propos du PM malien. Dans sa lancée Macron dira qu’il a été choqué par les propos du chef du gouvernement de la transition. En outre, le chef de l’Etat français a estimé que les propos (tenus par Choguel) sont « inacceptables »« C’est une honte et ça déshonore de ce qui n’est même pas un gouvernement issu de deux coups d’Etat », a déclaré le président français. Selon lui, la France s’est engagée à lutter contre le terrorisme et pour la sécurité au Mali. Et si elle est au Mali c’est « parce que l’Etat malien l’a demandé. Et sans la France, le Mali serait entre les mains des djihadistes », a-t-il martelé.

Au fil des jours, le Président Macron multiplie des déclarations acerbes à l’endroit du Mali et des autorités de la transition qualifiées de putschistes par certains responsables français. Ainsi, il déclare, entre autres, sur les antennes de Rfi, que « l’Armée française n’a pas à se substituer au « non travail », si je puis dire, de l’Etat malien ». Soulignant « qu’on ne peut pas demander à nos soldats de remplacer ce qui est le travail de votre Etat ». Une sortie que les Autorités de la transition n’ont pas digérée. C’est pour toutes ces raisons que le ministre, Abdoulaye Diop a convoqué l’Ambassadeur de France au Mali, le mardi 5 octobre 2021, au Département des Affaires étrangères à Koulouba. Le Chef de la Diplomatie malienne, après avoir exprimé le mécontentement des Autorités maliennes suite aux  “propos inamicaux et désobligeants”  tenus par Emmanuel Macron, a invité “les Autorités françaises à la retenue, en évitant des jugements de valeur ».

En outre, le Ministre Diop a exprimé une “vive protestation contre ces propos regrettables”.

Enfin, le Ministre des Affaires Etrangères  appelle la France à “se concentrer sur l’essentiel, notamment la lutte contre le terrorisme au Sahel”, indique un communiqué du département AE.

Mohamed Sylla

Source: L’Aube

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