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Lutte anti-djihadiste: le rapport de force

Théâtre d’opérations devenu le point de convergence de plusieurs forces, dans le cadre de la lutte anti-terroriste, notre pays est à la croisée des chemins. Réussir ensemble ou prendre en main seul son destin ? L’enjeu reste la complémentarité face à un ennemi commun dont la capacité de nuisance n’est plus à démontrer. Mais quelle sera désormais le rapport de force entre les coalisés ?

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Face à l’imbroglio politico-sécuritaire, faut-il vraiment parler de guerre ? Les experts militaires sauront se prononcer sur cette question aux multiples facettes. Ce dont tout le monde peut s’autoriser de parler, par contre, c’est l’insécurité persistante qui n’est plus le fait de mouvements séparatistes, comme cela était le cas, mais de groupes terroristes avec un mode opératoire qui tranche nettement avec les méthodes classiques d’une guerre qui met en face deux ennemis défendant chacun une position.

Le contexte
Quatre ans après ce qu’il est convenu d’appeler la ‘’guerre de libération du Nord’’, ou ‘’opération de reconquête du Nord’’, les djihadistes, malgré la présence des moyens déployés n’ont pas déserté le pays. Malgré les Forces de défense et de sécurités maliennes (FDS) ; les Forces de l’ONU et l’Opération française Barkhane, ces groupes ne cessent de renforcer leur implantation, leurs capacités de recrutement et par conséquent de nuisance.
Du point de vue organisationnel, l’on retient la naissance d’un Groupe sous le nom de ‘’Jamaat Nasr Al Islam Wa Al Mouslimin’’ ou ‘’Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans’’, qui émane de la fusion d’AQMI au Sahara, Ançar-Dine et le Front de libération du Macina (ou katiba Ansardine Macina). Ce nouveau groupe qui a vu le jour en début mars de cette année est placé sous l’égide du chef historique d’Ansar Eddine, Iyad Ag Ghaly.
Peu après sa désignation à la tête‘’Jamaat Nasr Al Islam Wa Al Mouslimin’’, le chef djihadiste accordait sa première interview au journal Al-Mousri d’Al-Qaïda au Yémen, au cours de laquelle, il a dressé une liste de onze pays «ennemis» qui se trouvent sur les continents africain, américain et européen (États-Unis, Allemagne, France, Pays-bas, Suède, Tchad, Guinée, Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Sénégal, Niger).
Iyad Ag Ghaly a également dévoilé la stratégie militaire de ‘’Nusrat al-Islam Wal Muslimin’’ qui est «d’élargir sa présence dans un plus grand espace géographique, d’affaiblir l’ennemi et de le cibler partout où il se trouverait».
Selon le chef djihadiste, ‘’Nusrat al-Islam Wal Muslimin’’ va aussi «dresser les gens contre l’ennemi, chercher le soutien populaire, préserver et renforcer ses relations avec les populations».
Nusrat al-Islam Wal Muslimin va mener des «actions armées» basées sur un modèle de «guérira tout en utilisant, parfois, la méthode de guerre classique».
Pour ce qui est de la capacité de nuisance du Groupe djihadiste, il en a démontré la preuve dans l’attaque de Boulikissi, le 5 mars dernier, où 11 militaires ont perdu la vie. Il dit avoir détruit 5 véhicules et avoir emporté une grande quantité d’armement. Vrai ou faux ? En tout cas le bilan humain est incontestable.
Le contexte est par ailleurs marqué par le fait que le conflit, ou l’insécurité prend d’autres formes, s’étend comme une tache d’huile vers le sud du pays.
Les attaques djihadistes ne sont plus l’exclusivité de Kidal, Gao et Tombouctou. Les prises d’otages à Sévaré, à Bamako, en sont la plus parfaite illustration.
A cela, il faut ajouter les conflits intercommunautaires qui prennent des proportions inquiétantes avec le risque d’instrumentalisation desdits conflits. Bambara contre Peul ; Nord contre Sud ; le schéma est classique et a fait trop de mal dans d’autres pays, souvent pas très éloignés de nous. Cela représente aussi un péril en soi dont il faut se prémunir, d’autant plus que les terroristes sont en embuscade pour offrir un pont doré à des mécontents assoiffés d’aventure.

La riposte
Face à cette mosaïque d’acteurs loyalistes (Gouvernement et Mouvements signataires) et terroristes, la réaction est aussi diverse que variée.
La riposte, à ce que nous sachions, devrait être perçue en termes d’anticipation en ce qui est des mesures portant sur le développement des régions dont le socle est la paix et la réconciliation. C’est dans cet ordre d’idée que l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger trouve toute sa légitimité. Il représente indéniablement le fil conducteur du retour de la paix dans notre pays. D’où la mobilisation de la communauté nationale et internationale autour de ce document dont la mise en œuvre apparaît incontournable pour tourner définitivement la page des crises cycliques que connaît notre pays.
Mais, des divers types de réponses, celle militaire se trouve également en bonne place. En la matière, si les Forces de défense et de sécurité malienne ont pour mission régalienne d’assurer la défense de l’intégrité territoriale, la sécurité des personnes et de leurs biens, l’environnement sécuritaire a nécessité l’intervention d’autres forces. En cela, la Mission internationale de soutien au Mali (MISMA) a servi de précurseur à la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) dont le mandat vient d’être renouvelé à l’unanimité des membres du Conseil de sécurité.
Le plafond de troupes déployées reste inchangé avec près de 13 000 Casques bleus et 1920 Policiers. La Mission garde pour mandat essentiel la mise en œuvre des accords de paix, mais elle devra maintenant aussi appuyer les forces maliennes et la nouvelle force anti-djihadiste du G5 Sahel (FC-G5).
Mais elle devra aussi, sur recommandation du secrétaire général, appuyer le redéploiement des forces de sécurité maliennes sur l’ensemble du territoire pour réinstaurer l’autorité de l’État.
Grâce à cette aide logistique et opérationnelle, le Conseil de sécurité espère combler le vide sécuritaire qui profite aux groupes criminels et terroristes.
La Force française Barkhane, avec un dispositif de 3 000 hommes, composé en grande partie de forces spéciales, dont le commandement est basé à Ndjamena, au Tchad, est chargée de continuer le combat contre les cellules djihadistes sur un ensemble territorial qui rassemble plusieurs États Sahélo-Sahariens. Les résultats sont probants.

Un renfort de taille
Dans la foulée de l’adoption de la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, notre capitale a abrité un Sommet extraordinaire du G5 Sahel, le dimanche dernier. Occasion de mettre sur la rampe de lancement la Force conjointe du G5 Sahel commandée par notre compatriote, le général Didier DACKO, anciennement chef d’État-major général des Armées.
Ce lancement, faut-il le rappeler, s’accompagne de l’annonce de mesures concrètes pour l’opérationnalisation de ladite Force dont on attend beaucoup dans le cadre de la lutte anti-djihadiste. Ainsi, les chefs d’État du G5 Sahel sont convenus d’un budget de 423 millions d’euros. «Chacun de nos États va faire l’effort de 10 millions d’euros», a souligné le Président Ibrahim Boubacar KEITA, lors du Sommet extraordinaire. L’Union européenne (UE) a déjà promis 50 millions d’euros, «l’amorce d’un engagement dans la durée» que compte favoriser Paris, selon le Président français, MACRON.
La France apportera, par ailleurs, 70 véhicules tactiques et un appui opérationnel, a indiqué le Président français. «Sur le volet militaire, c’est un effort équivalent à plus de 8 millions d’euros que nous consacrons d’ici la fin de l’année», a-t-il dit.
Emmanuel Macron a salué «une dynamique, un mouvement de fond que la France est fière d’accompagner», qualifiée d’»alliance pour le Sahel».
Le chef de l’État a ajouté avoir «bon espoir que le 13 juillet», le Conseil franco-allemand à Paris permette aux deux pays d’»annoncer des engagements communs autour de cette alliance». Outre l’Allemagne, le Président français pourrait tenter de convaincre Donald Trump de mettre la main à la poche.

La règle d’engagement
Une des règles d’engagement de toutes les Forces (FDS, MINUSMA, Barkhane et bientôt FC-G5 Sahel) est la complémentarité. Il est vrai, depuis le lancement de l’opération Serval qui avait pour but de libérer les villes du Nord, un sérieux coup a été porté, aux groupes djihadistes. Enthousiaste, le Président HOLLANDE disait à l’occasion de la prise de fonction du Président IBK, au Stade du 26 Mars, le 19 septembre 2013 : ‘’Chers Amis, cher Président, nous avons gagné cette guerre, nous avons chassé les terroristes, nous avons sécurisé le Nord (…)’’. Un enthousiasme qui se justifiait par la suite de son propos : ‘’(…) et enfin, et ce n’était pas le plus facile, nous avons- vous avez – réussi à organiser des élections de façon incontestable et le vainqueur est aujourd’hui Président du Mali’’.
Cependant, même si l’évolution de la situation sécuritaire ne lui donne pas nécessairement tort, force est d’admettre qu’elle se complexifie au jour le jour, faisant du Mali le point de convergence de nombreuses armées, sous différentes bannières et mettant en branle les pays du Sahel et la communauté internationale.
Outre la complémentarité dont le principe a été défendu par l’ambassadeur français, DELATTRE, au Conseil de sécurité des Nations Unies, chaque acteur a une partition à jouer ; et de quelle manière va-t-il la jouer ?
Pour les Forces de défense et de sécurité du Mali, il s’agit, par leur déploiement sur l’ensemble du territoire national, de réinstaurer l’autorité de l’État.
En ce qui est de la Mission onusienne, outre l’accompagnement du pays dans la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger, elle a pour mandat d’appuyer les Forces de défense et de sécurité maliennes et la nouvelle Force anti-djihadiste du G5 Sahel. Est-ce à dire qu’il reviendra désormais à celles-ci de faire le boulot pendant que MINUSMA s’occupe de sa propre sécurité ?
Une question d’autant plus pertinente que la stabilisation du Mali, désormais, revient à l’éradication des djihadistes qui sont les seuls éléments déstabilisateurs. Autrement, cette question appelle une autre qui est la pertinence de la présence de la Mission onusienne.
Pour Barkhane, tout comme pour le FC-G5 Sahel, l’objectif est clair : traquer les terroristes où qu’ils se trouvent dans l’espace sahélien.
La complémentarité doit être également perçue sous l’angle du renforcement de la confiance entre civils et militaires.
La foultitude d’intervenants et les moyens divers parviendront-ils à bout de l’hydre terroriste au Sahel, en général et au Mali, en particulier ?
Une certitude, il s’agit d’un combat de longue haleine où chaque baisse de garde revient à recevoir un coup foudroyant de l’ennemi.

Par Bertin DAKOUO

 

Source: info-matin

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