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L’hypogée de Safo : NÉCESSITÉ D’ÉTUDES COMPLÉMENTAIRES POUR ÉCLAIRER UN PAN DE NOTRE HISTOIRE

En ce début du mois de novembre 2017, l’équipe chargée des travaux de terrassement Bancon-Diallakorodji-Safo-Nosombougou a dégagé la superstructure d’un monument creusé dans la latérite à seulement 100m des locaux de la Mairie de Safo. Considéré par le citoyen lambda comme «une cache de trésor», les populations ont rué sur le trou «peu ordinaire» dont l’ouverture était soigneusement blindée par une grosse dalle de pierre. Il a fallu que des touristes de passage, témoins de la scène, viennent informer le directeur de l’Institut des sciences humaines (ISH) qui a immédiatement dépêché une équipe d’archéologues sur place.

Le site de l’hypogée se trouve sur un plateau latéritique qui occupe les environs. Il jouxte la route Bamako-Nonsonbougou en construction à environ 15 km au nord du District de Bamako. Les chercheurs, avant même d’arriver, savaient qu’il s’agissait d’un hypogée. De l’avis des spécialistes, l’hypogée est une tombe, creusée généralement dans un sol rocheux (latéritique ou gréseux,). Il comporte une ouverture carrée (40-50 cm de côté) ou circulaire (50cm de diamètre), donnant sur un couloir ou un puits d’accès, qui à son tour, débouche sur un compartiment appelé chambre funéraire, de forme rectangulaire de 2,25m de long sur 1,75m de large avec une hauteur de 0,80m». Une prospection sommaire menée dans les environs immédiats du site n’a pas permis de découvrir d’autres vestiges archéologiques. Toutefois, de concentrations de gravillons se trouvent à l’Est de l’hypogée.
Toujours selon les archéologues, les hypogées sont des monuments funéraires préislamiques qui ont été repérés pour la première fois dans les environs de Bamako (Banconi, Quartier sans fil, Sénou) pendant la période coloniale. D’autres ont été recensés entre 2008-2010 par l’ISH dans la zone aéroportuaire, Gouana, Sénou, Yirimadio, Dougourakoro, etc.. Mais il convient de préciser que les plus importantes concentrations de ces monuments se trouvent à Dogo dans le cercle de Bougouni. Il ressort des études réalisées à Dogo, que ces monuments dans lesquels on trouve des squelettes humains et divers objets rituels (poteries, parures, outils, etc.) datent du XIe, XIIe siècles de notre ère.
Revenons à l’hypogée de Safo, où les chercheurs ont procédé à une mini-fouille dans l’espoir de trouver des éléments susceptibles de livrer des informations. Ils ont constaté que la terre de remblai était déjà dégagée. A l’issue d’un léger grattage à la truelle du plancher de la chambre funéraire, il a été constaté une extrême pauvreté en mobilier archéologique. Seule une boucle d’oreille a été trouvée dans l’angle sud-ouest. Il peut s’agir ici d’une parure ayant accompagné son propriétaire.
Avant l’avènement de la décentralisation en 1996, Safo appartenait à la circonscription administrative de l’ex arrondissement de Kalabancoro dans le Cercle de Kati. La commune rurale de Safo, créée à la faveur de la décentralisation, constitue un espace géographique, économique homogène situé au nord du District de Bamako et partageant des limites avec trois communes du District (Commune I, Commune II, Commune III).
D’après la tradition orale collectée sur place, le village de Safo fut fondé au XIXè siècle par un chasseur guérisseur du nom de Dotian Coulibaly. A sa mort, il fut remplacé par son frère cadet Nyamanto Coulibaly. Auquel ont succédé des fils et neveux : Kolaba, Diéssé Boua N’Tji, Dogniriba N’Golo, Djokolo, Samakono, Dienfa, Guagnon Babo dit Nyamanto et N’Guassama COULIBALY, Tiekoura Coulibaly, l’actuel occupant du trône.
Selon les résultats du Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) de 1998, la population de la commune de Safo est estimée à 7.923 habitants. Cette population est majoritairement constituée par les Bamanan auxquels s’ajoutent quelques Bozo, Dogon, Buha, Malinké, Kasonké, Sénoufo, etc. Ces peuples allogènes sont répartis entre les différents villages de la contrée. La religion la plus pratiquée majoritairement reste l’islam. On note également la pratique du christianisme et d’autres croyances traditionnelles du milieu.
On peut donc retenir que le monument découvert à Safo est un hypogée, bien qu’on n’ait pas retrouvé de squelettes et autres mobiliers. Il s’agit d’un élément important du patrimoine culturel qu’il convient de protéger. Il est aussi nécessaire que des prospections complémentaires soient réalisées dans les environs, ce qui permettra d’établir une cartographie de ces monuments, mais surtout des études approfondies qui permettront d’éclaircir un pan important de l’histoire de notre pays. Un pas a été fait en ce sens que la Mairie de Safo a déjà pris des mesures de protection du monument.

(Source :
Institut des sciences humaines)

 

Source: Essor

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