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Harouna Camara dit Haroune Dou, Artiste Peintre : « Je suis maître de ce que je fais avec le sable »

Né à Koutiala où il a grandi, après le DEF, Harouna, dont le père est de la caste des griots, founè originaires de Ségou Dougounikoro a choisi le dessin comme moyen de subsistance.

Mali-Tribune : Comment  s’appelle l’art que vous pratiquez ?

H.C. : Le sable. Je suis touche à tout, je ne travaille pas uniquement le sable, je fais la sculpture, les monuments, le modelage, je peins les murs, peinture de bâtiment, les décorations…

 Mali-Tribune : Pourquoi le sable ?

H C : J’ai aimé le sable, car c’est un matériel pas facile du tout et rares sont les artistes qui s’y hasardent. Il faut de la patience, c’est la chose qu’elle demande le plus et il faut essayer d’être soi-même. Ce n’est pas facile le sable raison pour laquelle je l’ai choisi pour faire quelque chose de différent. Au Mali ici, je connais des grands artistes sableurs comme Maître Diané depuis mon bas-âge, ce dernier fait du sable. J’ai aussi aimé le sable étant donné que ce n’est pas un métier aussi facile. On ne s’y habitue pas que ce soit pour des raisons allergiques ou les maux qu’il cause. Le sable fait mal aux dents, au cœur par ce que même marcher dans le sable n’est pas facile encore moins être dedans tout le temps.

 Mali-Tribune : Qu’est-ce qui vous inspire ?

H C. : C’est bizarre et beaucoup ne vont pas comprendre, mais la solitude est ma source d’inspiration. Quand je suis seul, mon inspiration vient car c’est dans la solitude que je parviens à réfléchir convenablement. C’est un peu fou et c’est la raison pour laquelle on nous traite de fou, car il m’arrive d’oublier quand je suis en pleine réflexion de crier fort, de parler à haute voix dans ma chambre sans m’en rendre compte. Et certains me posent la question de savoir si tout va bien.

 Mali-Tribune : Pouvez-vous nous parler de votre art ?

H C. : Le sable ou le sablage est un travail qui n’est pas facile, c’est pourquoi nous avons toujours besoin de la tranquillité et d’être à l’aise pour pouvoir bien travailler et être inspiré à la fois. Raison pour laquelle je suis obligé de m’éloigner, voire m’isoler pour bien travailler, car j’ai des amis qui ont besoin de ce que je fais. Ils sont là et me suivent un peu partout dans le monde.

 Mali-Tribune : Parvenez-vous à vivre de votre art ?

H C. : Depuis tout petit à l’école Catholique de Koutiala, j’étais le meilleur dessinateur au premier cycle. J’étais le meilleur artiste que soit en musique, en dessin, math, et non le premier de ma classe. J’aurai pu devenir premier, j’étais appelé le surdoué de la classe. Mon temps ne me permettait pas de devenir premier de la classe, j’ai toujours été occupé par les travaux familiers. Ma maman m’a obligé à étudier la comptabilité à l’Ecica, mais j’ai dit maman, je ne serais jamais comptable, je voulais faire le dessin bâtiment à ce moment à l’Ecica. Maman n’a jamais voulu que je devienne dessinateur, car elle pensait que c’était un travail de paresseux, elle avait une mauvaise image des artistes et que l’art ne nourrit pas son homme. Mais pour moi un vrai artiste son art le nourrit mais pour ça il faut être un bon artiste mais elle n’a jamais été d’accord avec mon opinion. Pourtant c’est cet art qui me nourrit aujourd’hui car je suis artiste. Je fais beaucoup de choses. Je passe souvent du temps au champ, il y a une chaleur qui se dégage de l’humain alors les travaux champêtres permettent de suer et d’évacuer toute paresse. Et je fais souvent du manœuvre en passant la journée avec la pelle car gagner sa vie à la sueur de son front est aussi un art. C’est tellement bon de manger le fruit de sa sueur de son front.

Mali-Tribune : Depuis combien de temps pratiquez-vous cet art?

H C. : je fais ce travail du sable, il y a plus de 20 ans car c’est une vraie passion pour moi. J’ai beaucoup voyagé grâce à mon art.

 Mali-Tribune : Avez-vous déjà participé à des expositions ?

H C. : J’ai fait des expositions mais je n’ai jamais exposé ici au Mali, car le temps me fait défaut ici. Une fois à Dakar, j’ai le temps. Je fais des expositions au Maroc, en Mauritanie là où l’art n’a pas trop de valeur. Au Sénégal, j’étais à l’île de Gorée presque tous les artistes de là-bas connaissent Haroune Dou. J’ai également tenté d’entrer en Espagne clandestinement mais j’ai failli y laisser ma vie. Dès lors je me suis résigné à ne plus mettre pied dans la mer et c’est là que je me suis dit Haroune : tu es obligé de travailler et gagner ta vie dans l’art aujourd’hui. Au Maroc, j’ai fait beaucoup d’expositions pour être reconnu. Après, je suis retourné au Mali car mon passeport était abîmé. Il me fallait revenir et le coronavirus n’a fait qu’empirer la situation.

Mali-Tribune : Quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?

H C. : C’est énorme les difficultés liées à mon travail, le sable fait mal aux dents et au cœur. Il faut aussi des démarches pour avoir du bon sable.

 Mali-Tribune : À combien vendez-vous vos œuvres ?

H C. : il y a tous les prix, ça dépend juste de l’œuvre commandée par le client.

 

Propos recueillis par

Aminata Agaly Yattara

 

Source: Mali Tribune

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