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Grève au niveau de la santé: les hôpitaux et les centres de santé paralysés

Le Syndicat national de la Santé, de l’Action sociale et de la Promotion de la Famille (SNS-AS-PF) et la Fédération des Syndicats de la Santé et de l’Action sociale (FESYSAM) ont entamé, depuis jeudi dernier, une grève illimitée sur toute l’étendue du territoire national, paralysant, du coup, les centres de santé et les hôpitaux du pays au grand dam des usagers. Hier lundi, le constat était amer dans matinée à notre passage au CHU Gabriel TOURE, au CSRéf de la commune III et au CSCOM de Dravéla.

centre sante cscom kalaban coro

Devant le CSRéf de la commune III, le Dr CAMARA prenait tranquillement du thé à côté d’un tablier. Il nous a confié que la grève était bien suivie dans cet établissement.
« C’est le service minium qui est assuré ici, comme vous savez, c’est la grève illimitée ». Sur la question des négociations, le secrétaire général de la section syndicale de la commune III a indiqué qu’il n’y a aucun contact entre le syndicat et le gouvernement, depuis le déclenchement de la grève, le 9 mars 2017. « Nous continuons notre grève », a-t-il ajouté.

Les origines du mal sont lointaines
« Nous sommes désolés devant la situation. Ce n’est pas une situation qui date d’aujourd’hui, il y a eu des préalables. Il y a eu la grève de 48 heures suivie d’une grève d’une semaine, et maintenant, c’est la grève illimitée. Nos revendications datent depuis longtemps. Nous souhaitions, nous-même un dénouement rapide de la situation, pourvu que les autorités prennent l’initiative. Il faut qu’elles pensent à la souffrance des populations. Nous sommes prêts à travailler, mais pas dans les mauvaises situations », a martelé notre interlocuteur.
À la porte du CSRéf, une patiente qui a requis l’anonymat est préoccupée par sa situation. « Je suis opérée, et j’étais venue faire le pansement, mais d’après ce que je constate ici, ça ne sera pas possible. J’ai subi cette intervention depuis le mardi dernier, je pense que pour des cas comme le mien, on doit au moins assurer le service minimum, c’est vraiment déplorable. Je pense que ces gens-là ne veulent pas travailler, l’État doit recruter de jeunes médecins plus motivés pour les remplacer », se lamente-t-elle.
Au laboratoire, Demba COULIBALY pour faire une analyse pour le cas urgent d’une femme et s’empressait de fermer la porte. Mais une femme se présente avec une demande d’analyse, elle est vite renvoyée.
« Ton cas ne fait pas partie des urgences », lui répond le laborantin. Très déçue, elle n’a pas souhaité réagir à notre micro.
« Je suis un microbiologiste et je suis là en cas d’urgence pour faire des analyses. C’est le cas de cette femme qui souffre depuis quelques jours, donc, nous sommes obligés de la prendre en charge. Dans le cas contraire, toute personne qui n’est pas en situation compliquée, je ne la reçois même pas) plus forte raison de prendre. La grève est bien suivie chez nous et je profite de votre micro pour inviter les responsables du syndicat à la persévérance. On sait que ça fait mal, mais vu la situation dans laquelle nous sommes, il n’y a pas d’alternative.

Le marché des privés
À l’ASACODRAB, l’ambiance est la même. Ici, une infirmière vient de mettre la clé à sa moto pour quitter les lieux sans vouloir nous dire un mot. Plus loin dans la cour, la DTC (la directrice technique du centre) est en train de regarder la télé en cette matinée. Sans vouloir faire beaucoup de commentaires, elle assure que le service minimum est assuré. Au dispensaire, du centre, le major qui a un enfant sous la main assure que « nous sommes là pour orienter évacuer les patients vers les hôpitaux et les cliniques».
Autre centre hospitalier universitaire Gabriel Touré, c’est une autre ambiance. Aux urgences de l’hôpital Gabriel TOURE, pas de repos. Des accidentés arrivent partout de la ville et ça fait partie des urgences prises en compte par le service minimum. Selon le Dr Ousmane Yaya TOURE, médecin au service d’accueil des urgences du CHU Gabriel TOURE, malgré le mot d’ordre de grève, toute son équipe était sur place.
«On a pas le choix», s’est-il justifié. Pour cela, dit-il, le service d’urgence est en train de faire ce qu’il peut.
À tous les malades qui n’ont pas eu la chance de se faire consulter, le Dr TOURE en appelle à leur compréhension. Car, dit-il, la grève illimitée ne permet pas de prendre les cas où le pronostic vital du n’est pas engagé. C’est le cas notamment des accidentés qui sont admis aux urgences. C’est ce que prévoient les textes, a-t-il fait savoir, une fois que la grève est là, on n’est pas obligé de prendre tous les malades. Selon lui, malgré la grève, les médecins sont en train de faire de leur mieux. C’est pourquoi il a insisté sur le fait que c’est un problème qui ne doit pas être réglé à leur niveau, mais au niveau des dirigeants du pays.
«Tout ce que les médecins demandent au gouvernement, c’est de satisfaire leurs besoins. Une fois cela fait, nous allons travailler comme d’habitude», a conclu le Dr TOURE.

La sourde oreille du gouvernement ?
Aux environs de 11 heures, Oumar DEMBELE, un accompagnateur que nous avons rencontré dans les halles du CHU Gabriel TOURE, attend impatiemment depuis 7 heures un ami médecin qui veut prendre en charge son ami malade à titre privé. En attendant, il a déploré la grève.
«Il faut le ministre ou le gouvernement s’engagent à résoudre les problèmes des médecins, surtout en cette période de chaleur, car ça ne va pas», a-t-il dit. Car, a-t-il reconnu, les médecins sont dans les mauvaises conditions de travail. «Ils n’ont pas de matériel, ils n’ont rien», a-t-il plaidé.
Selon Idrissa COULIBALY du service de dermatologie, les médecins sont en train de faire cette grève, malgré eux-mêmes. «Trop, c’est trop», s’est-il insurgé. Pourquoi le gouvernement est en train de faire la sourde oreille, s’est-il interrogé avant d’ajouter que la santé passe avant tout.
Dans cette situation, a-t-il soutenu, ce sont les pauvres citoyens qui vont souffrir. Et c’est les pauvres qui constituent 80 % de la population.
Sinon, a-t-il dit, si un fils de ministre ou de riche tombe malade, on l’amène à une clinique privée ou à l’extérieur.
«Il faut que le gouvernement examine d’urgence la situation. Ce que les médecins demandent, ce n’est pas extraordinaire. Selon lui, en tant que musulman, il prie pour la bonne santé de tout un chacun et prie pour que les autorités reviennent à de meilleurs sentiments. Suite à cette grève, les dégâts sont calculables, a-t-il conclu.

Des malades couchés à même le sol
Venu enlever le plâtre de la jambe de son fils, le vieux Sambala DIARRA, au CHU Gabriel TOURE, ne sait pas à quel saint se vouer. Mais malgré tout, il soutient les médecins dans leur mouvement de grève. Car selon lui, il y a des milliards de F CFA provenant du budget national et des partenaires qui sont mobilisés en faveur de la santé, mais sur le terrain, on ne voit rien. Ici, à Gabriel TOURE, a-t-il fait constater, il y a des malades qui sont couchés à même le sol, faute de lits. Pire, quand on vous donne une ordonnance, les médicaments ne sont pas disponibles dans les hôpitaux. «Rien ne va ici», s’est-il révolté.
Contacté par nos soins dans la matinée, le secrétaire général du Syndicat national de la Santé, de l’Action sociale et de la Promotion de la Famille (SNS-AS-PF), le Professeur Mamady KANE, a souligné que la grève était bien suivie sur l’ensemble du territoire, depuis le premier jour. En raison du service minimum réglementaire observé, il a estimé le taux de suivi à 90 %. Il a exprimé sa satisfaction pour cette mobilisation de ses militants avant de les appeler à la vigilance.

Par Abdoulaye OUATTARA

 

Source: info-matin

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