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Entre nous : Quelle alternance ?

L’élection présidentielle de juillet prochain est placée par certains leaders du landerneau politique sous le signe de l’alternance. Quelle alternance ? Pour ceux qui ont inscrit leurs actions dans l’opposition à la sortie de l’élection présidentielle de 2013, l’alternance signifie la fin du régime de l’actuel Chef de l’Etat. Par contre, certains jeunes qui prétendent briquer la magistrature suprême, estiment que 2018 est une occasion rêvée pour tourner la page de ceux qui, jusque-là, sont considérés comme des vieux crocodiles du marigot politique de l’ère démocratique.  En un mot, les vieux doivent laisser la place aux jeunes.

Le débat ne doit pas s’orienter sur cet angle. Car, à l’exception d’Ibrahim Boubacar Kéïta et de Dioncounda Traoré, tous ceux qui ont jusqu’ici géré les affaires de la République en qualité de président ou chef de l’Etat peuvent être considérés comme des jeunes. En 1960, Modibo Kéïta avait 44 ans. Le Lieutenant Moussa Traoré aujourd’hui général de corps d’armée n’avait que 32 ans au moment du coup d’Etat de la bande des 14 officiers. Lors des événements de mars 1991, Amadou Toumani Touré était âgé de 43 ans. Le premier président du Mali démocratique Alpha Oumar Konaré a pris en juin 1992 les commandes de la République à 46 ans.

Donc, il ne s’agit pas d’une question de jeunes ou de vieux. De tous ces présidents, Modibo Kéïta est sans aucun doute le plus grand bâtisseur. Dans un contexte particulièrement hostile né des conditions qui ont abouti à l’indépendance du Soudan français, lui et ses compagnons ont posé en quelques années des actes remarquables découlant de leur grande vision pour la jeune République. Avec le recul, les premières heures de l’indépendance sont considérées comme l’âge d’or de la République du Mali, devenu aujourd’hui la risée du monde entier par la faute de ses dirigeants.

Pour ce scrutin historique, les défis sont immenses. C’est l’existence même du Mali qui est gravement menacée. Ce n’est plus le nord du pays qui échappe au contrôle du gouvernement, le centre du Mali est en proie à une situation plus que dramatique. Quid de l’emploi, de l’éducation, de la santé, de la création des richesses à travers l’exploitation judicieuse de nos potentialités dans les secteurs de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche ? Tous ces défis nous incitent à faire preuve de lucidité. Tous les vieux ne sont pas mauvais. Aussi les jeunes ne sont pas de bons exemples.

Le rendez-vous de juillet prochain devrait être celui des idées et des combats autour des personnes. Il s’agit de permettre à l’ensemble du peuple de mieux analyser les propositions des prétendants à la magistrature suprême et surtout d’étudier la faisabilité de leur projet afin de décider, en âme et en conscience, pour qui voter. C’est cela une vraie démocratie. Pas une démocratie de façade comme celle en cours depuis plusieurs décennies. Pas une démocratie qui fabrique des fonctionnaires et des hommes d’affaires qui deviennent des milliardaires en un clin d’œil, une génération spontanée de milliardaires qui viennent narguer les citoyens avec l’argent volé. Pas une démocratie qui déshumanise le peuple qui confie à certains une partie de sa souveraineté.

Par Chiaka Doumbia

Le Challenger

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