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Centre du Mali : Succession de massacres…

Le Centre du Mali devient, de plus en plus, une tombe à ciel ouvert. En effet, après les atrocités perpétrées contre la communauté peulh, notamment à Koulongo, Hèrèmakono, Ogossagou… C’est la communauté Dogon, précisément dans le hameau de Sobane Da (cercle Bandiagara), qui vient d’être la cible, dans la nuit du dimanche à lundi dernier, d’individus armés. Bilan ? Près de 100 morts, des blessés et des disparus. Retour sur une spirale de violence au Centre.

Mardi, le flou persistait sur le bilan de la tuerie. Celui, “provisoire”, de 95 morts et 19 disparus, donné par le gouvernement sur la base d’une mission de militaires, a été  revu à la baisse.

« Avec les éléments de la protection civile, nous avons minutieusement fouillé, et nous avons sorti 35 corps », a indiqué le gouverneur de Mopti, faisant état de « 11 adultes et 24 enfants » inhumés. Pour le général Touré l’écart entre les deux bilans s’explique par des extrapolations des villageois à partir du nombre de membres de chaque famille, en présumant que tous avaient péri.

Mais le maire de la commune de Sangha, dont dépend le village, Ali Dolo, a maintenu l’estimation d’une centaine de morts, soulignant que certains corps avaient été calcinés.

 

Le Centre s’embrase !

Le lundi 13 mai 2019 vers 9H, un groupe individus  « chasseurs Dozos » a attaqué, un hameau peulh de Hèrèmakono à 8Km de la ville de Niono (Ségou). Ils étaient sur une quinzaine de motos avant de faire irruption dans le hameau situé dans la commune de Hèrèmakono. Selon des sources locales, les assaillants ont d’abord encerclé les habitations. « Ils ont ensuite commencer à tirer dans tous les sens », rapportent les mêmes sources. Un premier bilan faisait état de 15 personnes tuées et sept blessées dont trois en situation grave.

Le samedi 23 mars 2019 : L’une des plus meurtrières attaques contre des populations civiles (peulhs) a été celle d’Ogossagou,. En effet, la localité de Ogassagou-peulh, commune de Dialassagou (région de Mopti) avait été  le théâtre de graves atrocités qui ont fait de nombreuses victimes. Bilan : près de 174 morts  et de nombreux blessés. Aussi, de nombreuses pertes matérielles sont signalées : cases brulés,  greniers  détruits, enclos de bétails détruits…

Selon des sources locales, cette paisible localité peulhe a été investie, tôt le matin, par des assaillants armés jusqu’aux dents. Ceux-ci, ont, dans leur furie meurtrière, tiré sur  tout ce qui bougeait. Ainsi, parmi les victimes, l’on dénombre de nombreuses femmes et des enfants. Cette atrocité a également fait plusieurs dizaines de blessés dont certains ont été évacués vers Bankass et Dialassagou. Cette attaque a également visé un camp du DDR où étaient regroupés des éléments  appartenant  à la milice de Sékou Boly, un déserteur de l’armée qui avait créé sa propre milice, il y a quelques mois. La totalité  des cantonnés de ce camp aurait été tuée.

Le 1er janvier 2019, une centaine d’individus armés, identifiés comme des chasseurs traditionnels (dozos), et appuyés par autres individus venant des villages avoisinants, ont mené une attaque planifiée, organisé et coordonnée à l’encontre de la population peulh du village de Koulongo Peulh », selon le rapport définitif de la mission d’enquête de la Minusma…

Au cours de l’attaque, les dozos ont sommairement exécutés 39 civils, tous membres de la communauté peulh, dont une femme et quatre enfants (deux filles et deux garçons), au moyen de fusils de chasse et d’armes automatiques et semi-automatiques. « Huit des 36 victimes ont d’abord été exécutées puis brûlées dans leurs cases. Trois corps ont été mutilés. Au cours de cette attaque, neuf personnes ont été blessées, parmi lesquelles une femme très âgée qui a succombé à ses blessures, le 14 janvier. Un assaillant a également perdu la vie au cours de l’attaque. De plus, quelques 173 cases et 59 des 61 greniers, ont été volontairement incendiés ou pillés, privant ainsi les survivants de l’attaque des denrées indispensables à leur survie. Les deux seuls greniers restant ne pouvant nourrir que 62 familles du village pendant 15 jours». Tels sont les détails de l’horreur, qui s’est produit le premier jour de l’année à Koulogon-Peulh, selon la mission d’enquête des Nations-Unies.

Lundi 2 juillet 2018 : Des échanges de tirs ont eu lieu entre peuhls et chasseurs dans le village de Bombou  dans la commune de Madougou, cercle de Koro. Le village a été complètement détruit. Selon plusieurs sources, il y aurait des morts et des blessés. Au même moment, le fils du chef de village de Banagakou et un homme d’un âge avancé ont été assassinés par des hommes armés non identifiés.

Le samedi 23 juin 2018, 32 civils peulhs ont été tués dans le village de Koumaga (Djenné) au cours d’une attaque attribuée à des chasseurs traditionnels (Dozo), selon l’association peulh Tabita Pulaaku.

«Des gens habillés en Dozo, sont arrivés dans le village de Koumaga, dans le cercle de Djenné (Mopti). Ils ont encerclé le village, isolé les Peulhs des autres communautés et, froidement, ils ont tué au moins 32 civils. Dix autres sont portés disparus », a déclaré le président de cette association, Abel Aziz Diallo.

Par ailleurs, ces affrontements ont été déclenchés avec l’attaque, par des éleveurs Peulhs, de deux villages (Sabérré-Darrah et Diankabou) habités par des Dogons. Ce à quoi les chasseurs Dogons ont répliqué en attaquant et en incendiant le village peulh de Madougou, le dimanche 11 mars 2018Le lendemain (12 mars), de violents heurts ont opposé les deux communautés à Kewa, dans le cercle de Djenné (Mopti). Bilan : 10 morts (8 Dogons et 2 éleveurs Peulh) et plusieurs blessés. Dans le cercle de Koro, à Aama, village situé dans la Commune de Kassa à Diankabou, des affrontements intercommunautaires ont également été enregistré. L’incident s’est produit autour d’un puits à grand diamètre. Pas de perte en vie humaine.

A ce jour, on ne connait pas encore le bilan exact des affrontements qui ont endeuillé, le 12 février 2017, la commune rurale de Macina suite à des affrontements ethniques entre Bambaras et Peulhs. Le bilan officiel faisait état de 13 morts. Le correspondant permanent du quotidien national L’Essor avait donné le chiffre définitif de 20 corps, alors que des sources locales parlaient de 42 peulhs massacrés.

Tout était parti de l’assassinat d’un boutiquier de Diawaribougou, village situé à 5 km de Macina par deux individus présumés djihadistes. En représailles, les chasseurs de la localité ont investi tous les hameaux peulhs de la zone, laissant derrière eux des cadavres d’hommes, de femmes, d’enfants et d’animaux et des ruines de maisons incendiées.

Après coup, les autorités ont apporté leur compassion aux blessés et aux familles des victimes.

2017 : Les Etats-Unis avaient demandé au gouvernement de mener une enquête « crédible et transparente » après la découverte de 25 corps dans trois fosses communes dans la région de Mopti et la reconnaissance, par le ministre de la Défense, de l’implication de « certains personnels » de l’armée. Aussi, l’Union européenne a également fait part de sa préoccupation face à cette situation.

Les corps de 25 personnes ont été retrouvés dans le Centre du Mali après une série d’arrestations par l’armée malienne, selon certaines sources.

L’association de défense des droits des populations pastorales Kisal a affirmé dans un communiqué que, « lors d’une opération de l’armée malienne dans les localités de Kobaka et Nantaka, (région de Mopti), 25 personnes issues de la communauté peulh ont été arrêtées ».

« Les riverains alertés par les coups de feu ont effectué par la suite un ratissage dans les environs », découvrant « trois fosses communes contenant au total 25 corps », selon Kisal, qui a fourni une liste nominative de 18 personnes identifiées et « s’indigne contre cette énième exécution de trop ».

« Dans la première fosse, il y avait sept corps. Dans la deuxième 13, et cinq autres dans la troisième », a précisé Oumar Diallo, membre de Tabital Pulaaku.

Du côté du gouvernement, une source au ministère de la Défense avait démenti « ces accusations d’exécutions sommaires », ajoutant qu’une enquête avait été ouverte.

Selon un habitant de Nantaga, Hama Kelly, à leur arrivée dans le village des militaires ont commencé par arrêter toute personne qu’ils rencontraient. « Ils ont récupéré leurs téléphones portables et cartes d’identité. C’est après que les Songhaï ont été libérés, mais tous ceux qui sont peulhs sont restés avec eux », avait-il déclaré.

Le président de Tabital Pulaaku, a confirmé : «… une milice armée à la recherche d’animaux volés est tombé dans une embuscade dans un petit village du nom de Tekere Finadji. Echanges de tirs. Cinq personnes sont tuées et au moins sept autres blessées ».

Dans les journées de dimanche et lundi mai 2016,  un conflit ethnique entre Peulhs et Bambaras de Maléimana, village situé à 42 km de Dioura, commune rurale du même nom, cercle de Ténenkou, région de Mopti a causé entre 38 et 50 en fonction des sources.  Comme à Ké-Macina, le récit des événements montre clairement et de manière regrettable que l’amalgame a (encore) fait des ravages et que les Djihadistes ont gagné un autre combat, celui de verser ou faire couler largement le sang…

Que s’est-il passé ? Sur la base d’une dénonciation, des Djihadistes (qui parleraient peulh) ont abattu deux villageois bambaras de Maléimana, supposés être des indicateurs pour les Famas et les « Blancs ». Les Bambaras ont conclu que c’est sur dénonciation des peulhs que les Djihadistes (eux-mêmes taxés d’être des peulhs) ont repéré et abattu leurs cibles. En guise de représailles, ils ont tué 4 Peulhs. La tension monte dans les deux camps. Chacun de son côté se réunit pour dégager la conduite à tenir. En route pour la réunion des Bambaras (présidée par le maire), le 1er adjoint du maire et non moins responsable des jeunes, est intercepté et assassiné par les Peulhs (qui venaient de perdre quatre parents). Ce qui mit le feu aux poudres. Les réunions sont écourtées pour faire place à l’affrontement. Mais, le duel était inégal. Et pour cause : les Bambaras, en majorité des chasseurs ont envahi le quartier des Peuls et tiré à bout portant sur tout ce qui bouge. Ce n’est pas tout. Durant le reste de la journée du dimanche 1er mai 2016 et le lendemain, les Bambaras ont constitué des groupuscules qui ont investi les coins de brousse pour exterminer tous les peulhs qu’ils croisent ou dans les campements. Le bilan est lourd, et même très lourd.

Dans l’après-midi du lundi 18 mars 2013 : des forains, sur l’axe Dioura-Léré, ont été interceptés dans la plaine dite de Ngagna par des bandits armés enturbannés, à bord de deux véhicules.

Ils furent dépouillés  de tous  leurs biens, puis, attachés, les yeux bandés, transportés au lieu-dit Neenga, à une dizaine de kilomètres du village de Doungoura (commune rurale de Toguéré Coumbé, cercle de Ténenkou, région de Mopti).

Dans une furie indescriptible, les bandits (ou terroristes)  fusillent 25 d’entre eux qu’ils  jettent  dans les profondeurs d’un  vieux puits…

Massacre de populations civiles…

Seule la Minusma, à travers son département chargé des droits humains, s’est rendue à Doungoura du 2 au 4 avril  2014,  pour observer  les  faits et échanger avec les populations.

Le silence d’Etat sur le massacre de Doungoura a engendré un sentiment de frustration et de révolte intérieure, parce qu’il apparait comme un quitus octroyé aux malfaiteurs qui ont commis beaucoup de crimes plus tard. Ainsi, de nombreux citoyens, administrateurs et notabilités furent ciblés puis assassinés… Dans ce lot, il y a Boubou Tiello Tamboura, accusé d’excès de loyauté  et froidement abattu dans sa concession, devant ses femmes et ses enfants  à Saré-Kouyé (commune rurale de Toguéré Coumbé) le 4 mars 2015 ; le chef du poste forestier de Diafarabé (cercle de Ténenkou),  criblé de balles  sur son lieu de travail le 6 avril 2015 ; le chef du village de Dogo (cercle de Youwarou), Amadou Issa Mody Dicko,  assommé pour refus de se soumette au diktat des djihadistes,  le 22 avril 2015.

Le 31 décembre 2015, Souleymane Bah dit Kouragal a été assassiné entre Nampala et Dioura. Le 7 janvier 2016, Dioura a été attaquée et les locaux de la mairie saccagés.

Le lendemain, 8 janvier 2016, Ténenkou a été prise pour cible à un moment où le Gouverneur de la région y tenait une conférence de cadres. Les assaillants reviendront à Ténenkou, le 16 janvier 2016. Ils y seront chassés par les forces de défense et de sécurité malienne.

En avril 2016, un homme âgé, Nabé Tamboura, est assassiné à son domicile, à Samina. Le samedi 27 août 2016, quatre personnes ont perdu la vie à Falada, à 20km de Dioura.

En réaction à ce silence coupable des autorités, les communautés des secteurs concernés, meurtries dans leur chair et dans leurs âmes, ont décidé d’organiser la riposte. À l’issue d’une grande rencontre qui a regroupé le mercredi 26 février 2014, 46 villages après le massacre de Doungoura, une association de 120 membres avait été formée sur place pour suivre, encadrer et veiller à l’exécution d’une instruction: « Défendez-vous ! Financez-vous ! Préservez votre cheptel, vos biens, vos vies ! Un mauvais signe dans un pays.

Plus tard, naîtra un vaste mouvement armé peul appelé Alliance nationale pour la sauvegarde de l’identité peule et la restauration de la justice (Ansiprj). Dirigé par Oumar Aldjana, son objectif est de mettre fin aux exactions contre tous les Peulhs du Mali, mais particulièrement ceux du Centre du pays, victimes d’amalgame : « on les tue, on les agresse pour cela. Ils sont la cible de l’armée, mais aussi de milices proches du gouvernement. Dans la région de Ténenkou, le pouvoir a mis en place une milice bambara pour attaquer les Peuls. Cette milice a reçu des armes, et elle est dirigée par un capitaine de l’armée basé à Ténenkou. Il est temps de réagir. Des gens meurent. D’autres fuient dans des camps de réfugiés en Mauritanie. Nos familles sont dispersées. Les responsables maliens doivent mettre fin à cette barbarie. Tant qu’ils ne feront rien, nous nous battrons ».

Pour Oumar Aldjana, l’ennemi, c’est l’armée malienne, qui s’en prend à tous les Peuls. « Nous ne tolèrerons plus un seul mort. Nous ne sommes ni des djihadistes, ni des indépendantistes. Nous ne revendiquons pas un territoire. Nous ne sommes pas contrel’accord de paix d’Alger. Nous réclamons aussi la justice. En 2013, l’armée a tué trente Peuls à Léré, qu’elle a balancés dans des puits. Il n’y a eu aucune enquête. Le mois dernier, 90 Peuls ont été tués près de Ténenkou. Des hommes ont été arrêtés, puis ils ont été libérés. C’est inadmissible. Nous ne faisons que réclamer le droit de vivre, comme tout citoyen de ce pays. Et nous irons jusqu’au bout pour sauver l’identité peule. Partout où nous croiserons des soldats maliens, nous les attaquerons » etc.

Depuis, d’autres mouvements militaires non terroristes ont vu le jour tels que l’Alliance nationale pour la sauvegarde de l’identité peulh et la restauration de la justice au Mali. Ce dernier a notamment mené une offensive contre des milices à Karéri le samedi 27 aout 2016 causant la mort d’une dizaine de personnes. Face à ces violences, des centaines de civils de cette ethnie ont pris la route vers le Sud du pays. Plusieurs milliers de peuls ont quant à eux été contraints de fuir la région de Mopti en direction de la Mauritanie voisine…

Cependant, la dégradation de la situation sécuritaire au Centre du Mali se détériore quotidiennement avec son cortège de massacres en masse des populations civiles (peulhs et dogons), de crimes commis par des milices armés qui agissent en toute impunité et de déplacements des populations…

Mohamed Sylla

 

Source: L’Aube

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