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Abdou Ballo, étudiant en médecine : “Les aphrodisiaques par terre sont causes de faiblesse sexuelle”

Baisse de désir, panne sexuelle, éjaculation précoce… autant de maux qui coupent le sommeil à bon nombre de couples aujourd’hui. Pour beaucoup d’hommes, la solution se trouve dans l’utilisation de certains comprimés dits aphrodisiaques. Mais que dire de ceux qui se les procurent dans les pharmacies par terre ? Abdou Ballo, étudiant en 6e année médecine, nous éclaire sur le sujet.

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IR : Qu’est-ce qu’un aphrodisiaque ?

Réponse : Quand on parle d’aphrodisiaque, il s’agit d’une part de stimuler la sexualité en jouant sur la libido, d’autre part, il est question de créer l’érection chez l’homme. Et en disant aphrodisiaque, ça peut aussi bien concerner la femme que l’homme. C’est pourquoi il arrive que des femmes s’adressent à leur gynécologue parce qu’elles ont constaté à leur niveau une diminution de la libido (le désir sexuel). Cette situation leur paraissant anormale, elles préfèrent se confier à leur médecin afin de trouver une solution qui peut être l’utilisation de ces aphrodisiaques dont l’objectif est de recréer l’envie sexuelle perdue. Mais quand il est question de l’homme, on parle de médicaments contre l’insuffisance érectile.

IR : La plupart du temps ce sont les troubles sexuels qui poussent certains hommes à utiliser ces produits. Quelles peuvent alors être leurs causes sur la santé ?  

Réponse : Les causes peuvent être diverses. D’abord, est-ce que le sujet concerné souffre d’une maladie ? Exemple : a-t-il déjà subi des accidents neurologiques ou des chocs psychologiques ? S’agit-il d’une personne diabétique ou hypertendue ? Est-ce un patient qui prend un certain nombre de médicaments ?

En effet, toutes ces situations peuvent influer de façon directe ou indirecte sur la sexualité. Les maladies elles-mêmes ou les médicaments administrés contre elles peuvent être la cause de troubles érectiles. Dans ce cas, il faut expliquer au patient que la prise en charge sera différente. De même, lorsque la personne est en construction d’une relation amoureuse nouvelle, ça peut également jouer.

IR : En considérant tous ces paramètres, que pensez-vous de ceux qui achètent ces aphrodisiaques dans la rue au lieu de se rendre dans une officine ?

Réponse : Un médicament acheté dans la rue, peu importe lequel, accroît le risque d’accidents cardio-vasculaires, étant donné que personne ne connaît sa composition réelle. C’est toujours mieux de se rendre dans une officine où vous serez conseillé par des professionnels.

En matière de sexualité, les problèmes ne sont pas les mêmes. S’il s’agit de la panne sexuelle, c’est-à-dire d’une insuffisance érectile occasionnelle apparue juste de façon circonstancielle, on peut rassurer la personne concernée : en lui expliquant la situation et en lui faisant comprendre que ce n’est pas un drame.

Si on constate qu’il y a des problèmes secondaires ou qu’il s’agit d’une grosse insuffisance érectile, on peut diriger le patient vers un urologue, c’est lui qui est habilité à consulter, à orienter, à faire un bilan et à prescrire un traitement. Le gynécologue peut aussi intervenir en recherchant les causes réelles et en proposant un traitement.

IR : En cas d’abus de ces médicaments, qu’est-ce qui peut se passer ?

Réponse : D’abord, permettez-moi de dire qu’il est toujours mieux d’administrer la dose la plus faible pour avoir un effet suffisant. L’objectif n’est pas de battre des records ou de faire des performances. Il s’agit d’avoir une érection suffisante qui permette une sexualité épanouie et d’avoir une vie harmonieuse avec sa conjointe.

En matière de complications, on évoque le priapisme, qui est une érection incontrôlée de longue durée. Cela peut arriver, mais fort heureusement, ce sont des cas rares. Soulignons aussi que la prise successive de ces médicaments ne pose pas de problème. Cela dépend des produits utilisés, il y en a dont l’effet est prolongé pendant trois jours, et pour d’autres, c’est environ une heure avant l’acte sexuel qu’ils sont absorbés.

IR : On a parfois entendu que des gens auraient perdu la vie suite à l’absorption d’aphrodisiaques, qu’en pensez-vous ?

Réponse : Néanmoins, on peut imaginer que c’est le résultat d’un abus de ces médicaments chez des patients, un abus qui, associé à l’activité physique supplémentaire, a pu créer une défaillance cardio-vasculaire et causer ainsi le décès. Mais ce n’est qu’une hypothèse. Dans ce type d’accident, il faut souvent faire attention à se prononcer précipitamment.

Ce n’est qu’à la suite d’une autopsie qu’on peut se situer sur les causes réelles du décès. Tout le reste ne serait que spéculation. Ce qui permet de souligner une chose : si le client a des antécédents cardio-vasculaires, à savoir des problèmes d’hypertension ou cardiaques, il n’est pas conseillé d’administrer ces produits sans l’avis du cardiologue. Il y a des patients chez lesquels l’activité sexuelle n’est pas conseillée. En fonction de l’état du malade et du traitement qui lui a été indiqué, le cardiologue peut dire si oui ou non il n’y a pas de risque en prenant ces comprimés.

IR : Quels conseils pouvez-vous donner à ceux qui ont des faiblesses sexuelles ?

Réponse : Nous pouvons distinguer deux cas : à ceux qui auraient des pannes sexuelles occasionnelles, nous disons de ne pas s’inquiéter. A partir d’un certain âge, ça arrive à tout le monde. Mais pour ceux qui ont des pannes sexuelles répétées, et qui ont des relations sexuelles normales, nous trouvons que ce n’est pas la peine qu’ils se mettent sous traitement. Qu’ils ne courent pas à la recherche des pilules du bonheur, il faut qu’ils comprennent qu’à 50 ans, ils n’auront plus jamais la fraîcheur physique d’un jeune homme de 18 ans. Comme nous l’avons déjà dit, la sexualité, ce n’est pas une question de performance. L’épanouissement et le bonheur dans le couple ne passent pas forcément par ça. On peut vivre sa sexualité différemment, ce n’est pas une question de fréquence, c’est surtout une question d’entente.

Propos recueillis par Adama Diabaté

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