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Une transition de cinq ans au Mali ? Un nouveau test pour la Cedeao

La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a annoncé la tenue d’“un sommet extraordinaire sur le Mali” ce 9 janvier 2022 à Accra, au Ghana. Le site burkinabé Wakat Séra interroge le test que constitue pour l’organisation l’annonce par le pouvoir malien d’une prolongation de cinq ans de la période de transition.

 

La durée de la transition politique au Mali passe de six mois à cinq ans ! C’est la principale décision, sinon la plus scrutée par la communauté internationale, sortie de la marmite géante des Assises nationales pour la refondation de l’État (ANR), grand rassemblement convoqué par les autorités de la transition.

Sans dénier aux Maliens qui y ont pris part la valeur de leur participation, il faut reconnaître que ce qui prenait par moments l’allure d’une grosse foire a été boycotté par ce que le Mali compte de réellement crédible comme leaders et associations sociopolitiques.

C’est donc en toute logique que le “Cadre d’échange des partis et regroupements politiques pour une transition réussie” [ou “Cadre d’échange”. Composé d’une soixantaine de partis politiques et regroupements, le Cadre d’échange avait décidé de boycotter les Assises nationales pour la refondation] s’est abstenu de répondre au tocsin sonné par la junte militaire au pouvoir à Bamako.

Une couleuvre à avaler

Dans cette logique, le Cadre [d’échange] n’a pas tergiversé pour dire son refus d’avaler la couleuvre proposée au président en exercice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, le Ghanéen Nana Addo Dankwa Akufo-Addo, par les hommes de la transition malienne, à l’issue des ANR.

“Le Cadre informe l’opinion nationale et internationale que ce chronogramme transmis par le colonel Assimi Goïta, président de la transition et chef de l’État à la Cedeao, outre qu’il viole la Charte de la transition, n’a pas fait l’objet de discussion au Mali et ne saurait être en aucun cas une aspiration profonde du peuple malien”, affirme le Cadre [d’échange]. Ce dernier, “par conséquent, rejette ce chronogramme unilatéral et déraisonnable”.

La messe est donc dite en ce qui concerne le Cadre [d’échange] qui, dans sa lancée frondeuse, “appelle l’ensemble des forces patriotiques ayant pris part à ces assises de bonne foi, pensant pouvoir donner la chance à des discussions franches et sincères à se mobiliser afin que leur présence physique ne soit pas une caution pour la réalisation d’objectifs inavoués”.

Un dessein prévisible

Le dessein caché d’Assimi Goïta et des siens n’avait plus, en réalité, rien de secret. Il ne fallait pas être expert en analyse politique ou liseur de cartes, ou un quelconque devin, pour savoir que les maîtres de Bamako, à la suite de leur double putsch en dix mois, n’ont pas d’autre but que la confiscation du pouvoir pour aussi longtemps qu’ils le voudraient.

Mais pour éviter le marteau des menaces et sanctions de la communauté internationale, notamment de la Cedeao, il fallait, pour les militaires qui ont déposé Ibrahim Boubacar Keïta un certain 18 août 2020, emballer autrement le colis !

Le chantage sous forme de partenariat avec la société russe Wagner, accusée par les Occidentaux d’être composée de mercenaires, ne faisant pas l’affaire à lui seul, la trouvaille des hommes en kaki a été de faire faire la sale besogne par des Assises nationales présentées comme ointes de la volonté populaire.

Toutefois, la ruse cousue de fil blanc ne pouvait pas passer comme lettre à la poste. La réaction de la Cedeao, qui se réunira le 9 janvier en sommet extraordinaire, ne laisse pas le moindre doute sur son opposition à ce funeste projet de donner une longévité de six ans six mois à une transition qui durera ainsi plus qu’un quinquennat constitutionnel.

Au profit de qui tournera le bras de fer entre les putschistes et la Cedeao ? Bien malin qui prédira l’issue de ce duel qui pourrait même se jouer avec prolongations, les sanctions habituelles prises contre les auteurs de prise du pouvoir par les armes portant peu ou prou les résultats escomptés. Surtout pour un Mali qui est en mesure de se tourner vers des frontières autres que celles avec les pays de l’espace ouest-africain. L’Algérie par exemple !

La Cedeao attendue sur plusieurs fronts

Par ailleurs, la Cedeao et le reste de la communauté internationale sont sur plusieurs fronts, elles qui se retrouvent avec plusieurs dossiers de transition après putsch, comme en Guinée, au Tchad et aussi au Soudan, où les manifestations contre les généraux ont fait au moins 56 victimes fin octobre, et deux morts le [2 janvier].

La situation qui ne cesse de pourrir à Khartoum a même poussé le Premier ministre Abdallah Hamdok à la démission. L’homme venait pourtant d’être remis en selle par les généraux qui l’avaient mis aux arrêts et dépouillé de ses pouvoirs de Premier ministre civil de la transition. Et l’armée continue de tuer en toute impunité, et à huis clos, des manifestants dont l’engagement pour le retour du pouvoir aux civils ne faiblit pas malgré la répression sanglante des militaires.

L’Afrique retournera-t-elle inexorablement à la case coups d’État militaires ? Question à la Cedeao et à la fameuse communauté internationale, qui, dans une large mesure, sont responsables de ce recul démocratique par leur silence coupable sur les dérives et l’incurie des dirigeants qui se couvrent, pour la plupart, du manteau troué de parodies d’élections pour prendre le pouvoir ou s’y accrocher comme des sangsues.

La rédaction
Source : Courrier international

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