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Sécurité: la menace terroriste plein sud

Au moins cinq attaques attribuées aux groupes armés terroristes ont été enregistrées depuis le début du 2ème trimestre 2021 dans certaines régions du sud du Mali, selon les informations cumulées de la Direction de l’Information et des relations publiques des armées (Dirpa). Des régions qui étaient encore, quelques années plus tôt, à l’abri du joug djihadiste. Comme dans les cas des régions du nord et du centre, où le terrorisme a progressivement gagné du terrain au fil du temps, Koutiala, Sikasso ou encore Bougouni font de plus en plus face aujourd’hui à  la menace de groupes armés radicaux.

 

Il y a dix jours, dans la nuit du 13 au 14 septembre 2021, aux environs de 2 heures du matin, le poste Fama de la localité de Mahou, dans le cercle de Yorosso, situé dans la région de Koutiala, a été l’objet d’une attaque par un groupe armé, à laquelle ont répondu rigoureusement les Fama. Bilan, deux  morts du côté des assaillants, deux blessés parmi les soldats,  quatre-vingt-onze (91) motos, une radio, deux maillons de fusil mitrailleur PKT et quatre boîtes de chargeurs récupérés par l’armée.

Un mois plus tôt, le 17 août, aux alentours de 3 heures du matin, c’est le poste de contrôle de Koutiala (PK11), stratégique puisqu’il sert d’entrée et de sortie de cette région, qui a attaqué par des individus armés non identifiés qui ont brûlé des matériels de bureau du poste et des motos. Si aucune perte en vie humaine n’a été enregistrée, les dégâts matériels ont été importants.

Trois Chinois et deux Mauritaniens travaillant pour les entreprises COVEC et ATTM ont été également enlevés le 17 juillet 2021 par un groupe armé terroriste à 55 km de Kwala, dans la région de Koulikoro, en plus de cinq véhicules pick-up emportés. Le lendemain, selon la Dirpa, des individus armés à moto ont effectué des tirs de harcèlement à la devanture du Camp de Koulikoro et se sont enfui par la suite vers Banamba.

Par ailleurs, en avril dernier, des djihadistes ont exigé la fermeture de 57 écoles de l’académie de Koutiala, selon des sources locales, des informations confirmées par le Directeur national de l’Enseignement fondamental.

L’État visé

L’une des particularités des groupes armés dans les régions du sud du Mali repose sur le fait que la plupart d’entre eux ne s’attaquent pas pour le moment directement aux populations civiles qui ne travaillent pas ou sont en lien avec l’État. Selon des témoignages recueillis sur place, ces groupes s’en prennent surtout à l’armée et aux représentants des services de l’État.

Cela explique d’ailleurs pourquoi l’on n’observe pas pour l’heure de déplacements de populations de ces zones, alors que plusieurs autorités administratives et des enseignants, se sentant menacés, ont abandonné certaines localités.

« On peut tout de même dire que c’est une situation inquiétante comparée à celle qui prévalait il y a encore quelques années. Le seul fait même que la population pense qu’elle vit avec des groupes armés est déjà inquiétant. Et à plus forte raison quand il y a eu des cas d’enlèvement, des tueries, des saccages de véhicules et autres. La population n’est donc pas paisible », affirme Mme Kadiatou Dembélé, représentante d’Amnesty International Mali à Koutiala.

Le 30 mai, entre 3h30 et 4h du matin, cinq personnes, un policier et quatre agents des services forestiers, ont été tuées dans une attaque menée par des hommes armés non identifiés mais présumés djihadistes, contre un poste de contrôle des Fama à Bougouni, à une centaine de kilomètres des frontières ivoirienne et guinéenne.

Pour le chef de la Dirpa, le Colonel Souleymane Dembélé, si les groupes armés terroristes descendent vers le sud, c’est parce qu’ils sont acculés dans leurs zones de prédilection au centre et au nord du pays.

« Ils sont de plus en plus en manque d’espace pour agir et ils attaquent dans le secteur de Sikasso en profitant des mouvements de déplacements des Famas », dit-il, relevant la complexité de la situation sur le terrain quand on lui pose la question sur l’état sécuritaire actuel dans ces régions du sud.

« On ne sait plus qui est l’ennemi et qui ne l’est pas. Les mêmes populations qu’on défend sont parmi celles que les terroristes sont infiltrées. C’est ce qui fait l’asymétrie de la chose. On peut dire que la situation est calme, mais à tout moment il peut y avoir quelque chose. On ne peut pas non plus mettre un militaire à chaque kilomètre, cela est impossible », répond le chef de la Dirpa.

Au même moment, à en croire une autorité locale de l’arrondissement dont relève le village de Tièrè, qui a voulu garder l’anonymat, la population de la zone coopère souvent avec les officiels.

« Quand les gens sentent la présence d’individus suspects, ils nous le signalent. Certains donnent des informations que nous vérifions pour les faire remonter », assure-t-il, précisant par ailleurs  que la population n’est pas organisée pour s’auto-défendre.

« Je n’ai pas connaissance de cela et aucun des maires non plus ne me l’a signalé. Je ne peux donc pas dire qu’il y a de l’auto-défense au niveau de la population ».

Tièrè, base djihadiste

Situé à environ 80 km de Koutiala et 45 km de l’arrondissement central du cercle, le village de Tièrè, qui fait frontière avec le Burkina Faso, est devenu en quelques mois un sanctuaire de djihadistes.

Le 31 mars dernier, un véhicule des Forces armées maliennes a sauté sur un engin explosif improvisé, blessant deux soldats. Cela a entrainé l’intensification des actions militaires dans cette zone, ce qui a conduit plus tard, à la mi-juillet, à des frappes aériennes effectuées sur « des bases et sanctuaires terroristes » localisés dans cette zone de Tièrè, avec pour objectifs ciblés les chaines de collines de Loikina et de Koni. Huit terroristes ont été neutralisés, a annoncé la Dirpa, alors que les ratissages se sont poursuivis, dans le cadre de l’opération Keletigui, pour détruire toutes les bases localisées et « neutraliser les terroristes qui s’y cachent ».

« L’insécurité est toujours là. Mais, heureusement, nous avons, par la grâce de Dieu, eu des ratissages des Famas et des bérets rouges appuyés par l’aviation. Cela a ramené un peu la quiétude au sein de l’arrondissement », se réconforte notre source dans l’arrondissement de Molobala, près du village de Tièrè.

« Tièrè est à proximité de Bisanso, qui fait frontière  avec le Burkina. Il n’y a que la rivière qui les sépare. C’est un handicap et, en quittant Koury et Bisanso, les groupes armés ont facilement accès à Tièrè », explique celui pour lequel il faut impérativement continuer d’assainir la zone.

Selon lui, le passage des groupes armés est connu. Ces derniers, qui se sont un peu retirés vers Koury, descendent d’abord dans le village de Molobala, en passant par Dionina, avant de se retrouver à Bisanso. De là ils accèdent à Tièrè.

Si les récents ratissages des Fama dans la zone ont apporté de la quiétude aux populations voisines de Tièrè, où les foires hebdomadaires continuent de se tenir sans incidents, à en croire notre source, cela n’est pas pour autant synonyme de totale accalmie.

« Il va falloir accentuer les interventions pour totalement assainir la zone. Sinon, s’il y a un moment de passage à vide, cela leur permettra de revenir encore sur les lieux », souhaite-t-elle, rappelant que c’est un « coin stratégique » qu’il ne faut pas négliger puisqu’il donne aussi directement accès à Sikasso.

« En réalité, Tièrè c’est l’axe principal. Derrière la rivière, ils font leur regroupement. Il y a un pont qui sert d’accès. Donc ils l’empruntent pour venir à Tièrè. Et, ensuite, c’est sur la colline de Tièrè qu’ils viennent se regrouper et s’organiser pour lancer des attaques », poursuit notre source.

Terreau fertile

Les braquages des véhicules de transport entre Sikasso et Bamako et Sikasso et Zégoua, les vols de bétail à Danderesso et à Bambougou, ou encore l’attaque de la caisse d’épargne de Kelela, incidents tous imputés à des groupes armés non identifiés mais présumés terroristes, font dire à Dr. Aly Tounkara, chercheur au Centre des études sécuritaires et stratégiques au Sahel (CE3S), que les régions de Sikasso, Koutiala et Bougouni constituent aujourd’hui un terreau fertile pour les groupes terroristes.

De son point de vue, les facteurs qui sous-tendent la dégradation du tissu sécuritaire dans lesdites localités sont entre autres la mauvaise gouvernance des ressources naturelles, l’impunité généralisée, l’injustice sociale, le non contrôle du fait religieux,  le faible maillage sécuritaire, le sentiment d’abandon par l’État central et la criminalité transfrontalière dans les zones frontalières du Burkina Faso et de la Côte d’Ivoire.

En plus des régions du sud, la région de Kayes, à l’ouest du pays, fait aussi l’objet d’attaques terroristes. Parmi les plus récentes, le 13 septembre dernier, des éléments de la Brigade anti criminalité (BAC), en provenance d’une mission d’escorte de fonds du PMU Mali à Nioro, ont été pris dans un champ de tirs par des individus armés au carrefour de Nara, non loin de Diéma. Bilan de l’incident, trois blessés, dont deux cas graves occasionnés par les balles des assaillants. S’y ajoute la mort de deux camionneurs marocains à Diéma, le 11 septembre.

Le dessein des groupes terroristes présents au Mali est clair : gagner du terrain pour imposer progressivement leur loi dans tout le pays. Mais en face, la riposte de l’État, à travers l’engagement des Fama, est tout aussi déterminante, même si, sans trop s’y attarder, le scénario afghan est présent dans tous les esprits.

Mohamed Kenouvi

Source : Journal du Mali

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