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Disparition : Adieu Me Mamadou Gakou, sommité du droit !

Intelligence, amabilité et empathie… ont caractérisé feu Me Mamadou Gakou qui, en plus d’avoir été un des ténors du Barreau malien, a formé toute une génération de hauts cadres de l’Etat au sein de l’Ecole nationale d’administration (ENA) de Bamako en son temps. Une sommité du droit s’en est allée.

Le dimanche 26 juin 2022, la nouvelle est tombée tel un couperet, elle avait aussi la brutalité d’une averse d’hivernage : Me Mamadou Gakou, avocat émérite, est décédé à Bamako après un combat épique contre la maladie. Innâ lillahi wa innâ ilayhi râji’ûn (Nous sommes à Dieu, à Lui nous retournons), stricte vérité sur la fragilité du destin de l’homme !

Me Mamadou Gakou repose désormais pour l’Eternité aux côtés des siens dans un cimetière du cercle de Banamba (région de Koulikoro) où il a été inhumé le lundi 27 juin 2022 dans un concert d’éloges par une foule des grands jours.

Jeune bachelier en 1973, le regretté Me Mamadou Gakou a bénéficié d’une bourse d’études de l’Etat du Mali. En France, il a décroché plusieurs diplômes de droit dans de prestigieuses universités et écoles et a eu comme maître de stage au Barreau de Paris… un certain Me Jacques Verges.

La disparition de Me Gakou presqu’à la fleur de l’âge (les avocats exercent longtemps leur métier et se bonifient au fil des années) à un moment charnière de l’histoire du Mali, est une perte immense pour notre peuple au vu de ses qualités intellectuelles, humaines et professionnelles. L’Histoire retiendra tout d’abord, qu’aux côtés de son mentor (Me Jacques Vergès, avocat français, décédé depuis une décennie), il a joué une belle partition dans la défense de l’ancien général-président Moussa Traoré et ses compagnons, alors accusés de crimes de sang pendant les événements de janvier-mars 1991.

Ce procès d’un ancien chef de l’Etat, une première dans l’histoire contemporaine du Mali, a tenu en haleine toute la population entre la fin 1991 et le début de l’année 1992. Il a surtout fait éclore beaucoup de talents et suscité de nombreuses vocations pour le métier d’avocat en raison de la compétence des uns et des autres.

Quand bien même les “avocats du diable” n’ont pas eu gain de cause (Moussa Traoré et ses principaux lieutenants ont été condamnés à la peine de mort), nul doute qu’ils ont fait preuve de grande conscience professionnelle et de talent varié qui faisaient douter, par moments, le président de la Cour d’assises spéciale (l’expérimenté Mallé Diakité) et le parquet général, représenté par la redoutable Manassa Danioko.

Homme politique

Finesse d’esprit, éloquence, pertinence, pondération… Telles étaient quelques-unes des qualités de Me Gakou, qui laisse à la postérité l’image d’un avocat chevronné, respectueux de l’adversaire et déférent vis-à-vis des cours et tribunaux.

Acteur politique de premier plan, Me Mamadou Gakou a créé la Convention parti du peuple (COPP) au milieu des années 1990. Cela lui a permis d’être député, élu à Banamba, pour le compte de la législature 1997-2002. La COPP fit également son entrée au gouvernement d’Ibrahim Boubacar Kéita sous le président Alpha Oumar Konaré. Sa secrétaire générale à l’époque, Mme Ascofaré Oulématou Tamboura, a occupé le poste de ministre de la Communication.

Spécialiste du droit constitutionnel, Me Mamadou Gakou a été sollicité en avril 2012 par la junte du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat (CNRDRE), qui a renversé le président de la République Amadou Toumani Touré à 45 jours de la fin constitutionnelle de son mandat, pour la rédaction d’une Loi fondamentale.

Il est effectivement l’un des rédacteurs de la Charte de la junte de Kati qui n’a pu prospérer sous les coups de boutoir de la communauté internationale et des forces locales hostiles. Finalement, le capitaine (devenu général de corps d’armée) Amadou Haya Sanogo, chef des putschistes du 22 mars 2012, fut contraint de rétablir la Constitution du 25 février 1992 et les autorités légitimes.

En quête d’une nouvelle Constitution, le Mali ne se serait certainement pas priver des services de Me Gakou. Ne serait-ce que pour ses conseils et avis éclairés. Hélas ! L’homme propose, Dieu dispose !

La mort est parfois inattendue, mais toujours inexorable. Dors en paix digne fils du Mali !

      El hadj A. B. HAIDARA

 

Feu Me Mamadou Gakou :

Finesse et courtoisie dans l’approche de l’autre

La date du dimanche 26 juin restera à jamais gravée dans la mémoire de ceux qui auront côtoyé un tant soit peu Me Mamadou Gakou tant l’homme en imposait par la finesse et la courtoisie dans son approche de l’autre.

Homme de radio, j’ai eu l’opportunité de recevoir l’illustre disparu sur le plateau de l’émission “Dimanche Hebdo” sur Radio Liberté. Pour partager avec les auditeurs son projet de société relatif au parti politique qu’il s’apprêtait à porter sur les fonts baptismaux. La Convention parti du peuple (COPP) est le fruit d’une mûre réflexion tirant sa source et son essence de multiples compagnonnages politiques dans le but de créer et d’asseoir les fondements d’une société véritablement plurielle et démocratique, soucieuse des droits de l’Homme. Suite à cet entretien, le politique m’a fait l’honneur insigne (nous ne nous connaissions pas auparavant), d’être le maître de cérémonie au lancement officiel du parti COPP à l’hôtel de l’Amitié. C’était devant un parterre de personnalités politiques, de la société civile, de ses confrères du Barreau.

Sans prétention, et en toute humilité, j’ai tiré des enseignements forts de mes différentes rencontres avec Me Gakou. D’abord la fascination de l’homme pour la culture transversale, haut de gamme qui, toutefois reste imperturbablement sobre dans ses propos au ton et au timbre vocal mesurés. Des mots d’une clarté de roche cristalline, le tout en douceur. Ensuite à la surenchère, le politique préférait la pédagogie, le débat d’idées hors des sentiers tortueux de la vilenie verbale et des coups bas. Toute chose qui en fait à mon humble entendement (déjà depuis cette époque-là) une espèce à part sur l’échiquier politique national, une référence de politique humaniste. En dernier point, je retiens de Me Mamadou Gakou, ce métier d’orfèvre qui lui faisait polir, cisailler les mots pour dépeindre les événements et les choses de la vie sur leur vrai visage. L’homme était-il un surdoué ?

Dors en paix Me Mamadou Gakou ! Que la terre de Banamba te soit légère !

 Balla Tounkara

 

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Me Mamadou Gakou tire sa révérence :

Un vibrant hommage lui a été rendu par le Barreau

Le Barreau malien est en deuil. Me Mamadou Gakou, émérite homme de droit, ayant fait la fierté de l’Ordre pendant près de quatre décennies raccroche sa toge d’avocat à jamais. Il est décédé le dimanche 26 juin 2022 des suites d’un accident vasculaire cérébral (AVC) qui l’a fait hospitaliser pendant deux jours à l’hôpital Gabriel Touré. Me Mamadou Gakou repose désormais dans sa dernière demeure à Banamba, sa ville natale, depuis le lundi 27 juin 2022.

Le dimanche 26 juin 2022, un hommage mérité a été rendu à Me Mamadou Gakou par ses collègues du Barreau et de la grande famille judiciaire du Mali à son domicile à Bamako avant que le corps ne soit remis à la famille pour la suite du cérémonial à Banamba. Pendant l’oraison funèbre, le bâtonnier de l’Ordre des avocats du Mali, Me Moustapha Cissé, a qualifié le défunt d’homme pétri de valeurs et d’une densité intellectuelle remarquable. “Estimé confrère, cher aîné, tu pars bien trop tôt. Ton immense savoir, ton immense talent de plaideur hors pair, le latin du Barreau et l’orfèvre de la plume, tes confrères ont inondé le forum de qualificatifs dignes des grands esprits de ce monde […] Tu laisses un immense vide derrière toi, mon cher confrère”, déclare Me Cissé tout en présentant les condoléances du barreau malien à la famille du défunt. Dans les témoignages, le riche parcours de l’illustre disparu, qui fut un brillant avocat, enseignant et homme politique, a été souligné. Me Mamadou Gakou a été l’un des pères fondateurs de la jeune démocratie malienne.

Après son baccalauréat en philosophie-lettres classiques au lycée Askia Mohamed en 1973, il s’est envolé pour la France où il a cumulé des diplômes dans de prestigieuses universités. Me Gakou a obtenu une licence en droit privé à l’Université de Besançon, puis une maîtrise à l’Université de Grenoble. Plus tard, il a fait un diplôme d’études approfondies (DEA) et un doctorat en droit privé à l’Université Jean Moulin de Lyon avant d’obtenir un Certificat d’aptitude à la profession d’avocat (Capa). Le défunt était aussi diplômé de l’Institut politique de Grenoble section : économie et finance et titulaire d’un diplôme d’études générales en commerce et marketing.

Avec ce bagage intellectuel et après deux ans de stage au cabinet de Me Jacques Vergès, il retourne au bercail et devient plus tard enseignant à l’Ecole nationale d’administration (ENA) en 1984. Me Gakou a été un enseignant émérite, professeur de droit qui a pétri de ses mains d’orfèvre plusieurs générations d’étudiants en droit.

Ecrivain, romancier du droit, critique littéraire, chroniqueur et éditorialiste, il faisait jaillir la lumière de ses analyses dans les colonnes du journal L’Indépendant et fut un défenseur inconditionnel des droits de l’Homme et de la liberté d’expression.

Me Kassoum Tapo, l’un des compagnons de longue date de l’illustre disparu indique qu’il était un ami pour lui. “Il fut un compagnon et véritablement un des plus grands du Barreau malien. C’est une très grande voix qui s’éteint. C’était un homme de talent, de grande culture et un grand humaniste. C’est un jour triste pour le Barreau malien”, martèle-t-il.

Me Boubacar Soumaré ajoute : “Je retiens de lui un grand intellectuel, un avocat modeste, une référence tant au Mali qu’en Afrique et dans le reste du monde”. Me Mamadou Gakou était également un homme politique, président de la Convention parti du peuple (COPP), il a été député de Banamba à l’Assemblée nationale en août 1997. Il a aussi été 4e vice-président de l’Assemblée nationale du Mali, membre de la commission loi, rapporteur général du nouveau code pénal, du nouveau code de procédure pénale, membre de la commission de défense nationale et de la sécurité et rappeur spécial sur la Haute Cour de justice.  De son côté, Boubacar Sidiki Diarrah, représentant du ministre de la Justice, a également salué la mémoire du défunt. “Me Mamadou Gakou a été un brillant et célèbre avocat qui a porté haut le flambeau. Nous l’avions connu en tant que grand frère. Il nous a beaucoup inspiré. C’est une grande perte pour la nation”, rappelle-t-il.

Père de cinq enfants, Mohamed Lamine Gakou, seul garçon de la fratrie, retient de Me Gakou, “un père aimant et bienveillant à l’égard de ses enfants et de son épouse. Il restera à jamais une étoile pour la famille”, mentionne-t-il sous le choc.

Marie Dembélé

 

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