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Décryptage : L’information : un défi au Sahel

Ce matin, je ne traiterai ni du retrait du Niger de la force multinationale mixte du lac Tchad, ni de la présidentielle gabonaise du 12 avril prochain, ni de la remise en liberté de Dadis Camara, ni encore de la taxe douanière de l’AES. Mais il sera question du droit d’informer.

Indépendance d’esprit et aspiration à la vérité

Informer et s’informer s’apprennent. Ka Kunnafonidi en bambara, informer est une mission d’intérêt général pour collecter, traiter et diffuser des faits dans un média privé ou public. Informer, c’est recouper les sources d’informations sur un sujet donné pour transmettre des éléments factuels dans le respect des règles journalistiques.

Le 24 novembre 1971, la charte déontologique de Munich souligne l’importance du “secret professionnel”, la non divulgation de la source “d’informations obtenues confidentiellement”, etc.

C’est le cadre dans lequel le journaliste s’engage à rechercher la vérité en toute impartialité. Il ne peut être contraint à faire un acte professionnel. A ce titre, Albert Londres est une référence pour l’indépendance d’esprit et l’aspiration à la vérité. Informer, c’est dénoncer l’intolérable : abus, pauvreté, corruption, violence, impunité, etc. Informer, c’est donner à comprendre le monde.

Morts pour le droit d’informer

Contrairement à la rumeur se propageant sans fondement et sans retenue, l’information est sourcée. Elle se régule par sa maîtrise. En toute neutralité, le professionnel de l’information (journaliste) enquête, filme, photographie, réalise, enregistre des données sur les sujets de société. Objectif : éclairer le peuple.

Par ailleurs, il est souvent soumis aux pressions de tout poil. 13 décembre 1998, Norbert Zongo (49 ans) de L’Indépendant est assassiné par des éléments de la garde présidentielle à Sapouy, Burkina Faso. 2 novembre 2013, Claude Verlon (55 ans) et Ghislaine Dupont (57 ans) de RFI sont tués à Kidal par Aqmi. 29 janvier 2016, Birama Touré du Sphinx disparaît à jamais à Bamako. 22 juillet 2019, Precious Owolabi (23 ans) de Channels TV meurt par balle lors d’une manifestation du Mouvement islamique du Nigéria à Abuja. Morts pour le droit d’informer.

Ces meurtres rappellent le contexte fragile de l’exercice du métier de journaliste. Chapeau bas aux journalistes ! Pilier fondamental du progrès, l’information reste un défi à relever au Sahel.

A l’encre des valeurs universelles

S’agissant du mot s’informer, c’est l’apprentissage pour identifier la vraie information de la fausse. S’informer, c’est acquérir une compétence pour résister à la manipulation et à la bêtise humaine. C’est être en capacité d’apprécier les enjeux sociétaux : politique, social, économique, culturel, sanitaire, éducatif, juridique, climatique, etc.

Plus un peuple s’informe, plus est grande la tendance à former une conscience collective. C’est-à-dire une masse critique pour s’opposer aux dérives d’un vizir.

A l’autre bout du continent asiatique, depuis le 19 mars 2025, le peuple turc est dans la rue. Sur les bords du Bosphore, il manifeste contre l’emprisonnement du maire d’Istanbul, Ekrem Imamoglu, accusé de “corruption” par le régime en place. Quelle en sera l’issue ? Ce qui est sûr : quelque chose se passe dans le pays de Moustapha Kemal Atatürk, père de la nation ottomane. L’histoire d’un peuple s’écrit à l’encre des valeurs : justice, fraternité, liberté, égalité, dignité…

La désinformation en ligne, l’ennemi numéro un

Aujourd’hui, l’information est concurrencée par la désinformation dont les premiers conducteurs sont les réseaux sociaux : Facebook, Instagram, Signal, Snapchat, Tiktok, WhatsApp, X, YouTube, LinkedIn, etc. Evidemment, les réseaux sociaux sont utiles pour communiquer. Mais, ils peuvent vite devenir nocifs. Sur les plates-formes sont véhiculés des Fake news et des Deepfake. Le but ? La propagande, le complot, la diffamation, etc. Loin d’être une banalité, ils pénètrent les âges, les univers masculin et féminin.

Manière de falsifier les faits pour induire en erreur volontairement, la désinformation en ligne est un des maux du siècle. Fabriquée pour produire une réaction émotionnelle, elle est l’ennemi numéro un de nos sociétés. Au Burkina Faso, au Mali et au Niger, les spadassins du narcoterrorisme se servent des réseaux sociaux pour diffuser leurs abominations. La frontière entre le mensonge et la vérité s’effrite. Les charognards s’empiffrent. Les complotistes se frottent les mains. Mais la presse n’est jamais docile !

Le rituel sanglant

La controverse sur les exactions de Solenzo (Burkina Faso) entre les 10 et 11 mars 2025 renseignent sur le climat de terreur, ventilé sur les réseaux sociaux. Le rituel sanglant continue. Vendredi 21 mars 2025 à Fambita au Niger, 44 civils sont tués par l’EIS. La suite : des images dégoûtantes inondent les réseaux sociaux. Les auteurs des massacres bidonnent les images pour obtenir ce qu’ils veulent voir et entendre. Tout ça pour détruire. La souffrance rejaillit sur les familles endeuillées.

Dans la savane sahélienne, on hurle à la démocratie pour dorloter le peuple. Ailleurs, on crie sans discontinuer pour semer la haine. La cohabitation entre les peuples se complique. Bye-bye la raison. Bienvenue à la passion. L’information véritable, celle qui ne trompe pas, se raréfie.

Les vérités alternatives dominent l’opinion. A l’envie de comprendre, celle de liker et de partager. Sans discernement. Les uns paient pour protéger le pouvoir. Les autres tuent pour imposer un ordre, enkysté dans l’âge de fer. De part en part, la chose publique est utilisée pour protéger les intérêts individuels. On s’aveugle pour mieux dépecer la bête, l’Etat. Les appels à l’aide ne franchissent pas les casemates.

La plume des sans-plumes

Dans les tréfonds, l’information est malmenée dans ce qu’elle a d’impératif : l’indépendance et la liberté. “Je l’ai écouté sur WhatsApp”, c’est une des réponses servies en général dans les grins sur le continent africain. Les références à la presse officielle sont rares. Le caveçon veille. Le retrait des agréments d’exploitation d’Hadafo-Media et de Djoma Media à Conakry et la suspension de Djoliba TV à Bamako participent des mécanismes de fragilisation des médias.

Ils disent quelque chose du rapport trouble des gouvernants à l’information. D’autres purges, vite ! Le sort s’acharne sur les professionnels de l’information. Pour combien de temps ? Une chose est sûre, le peuple est privé d’un de ses droits essentiels, l’information. Il est tenu. Les âmes sont aspirées par les intérêts de quelques-uns. Une myriade de sycophantes veille au grain. Ne sacrifions pas les idées qui ont cours le lendemain. Le chemin sera long. Vive la plume des sans-plumes !

Certes, la vraie information dérange. Certes, les tensions sont consubstantielles à l’histoire de l’information. Certes, la géopolitique actuelle rebat les cartes des rapports entre Etats et médias. Mais, l’émergence d’un citoyen éclairé rime avec la production d’une information vraie et juste. C’est le socle de l’esprit démocratique. Dans le désert sahélien, car la vraie lutte est celle contre le narcoterrorisme et l’Etat de droit. Ecoutons Nahawa Doumbia dans Tinye de be laban, la vérité triomphera.

Mohamed Amara

(sociologue)

Source : Mali Tribune
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