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Bounti : un rapport qui laisse songeur

Il y a une semaine la MINUSMA publiait un rapport concernant une frappe aérienne française survenue en début d’année à proximité du village de Bounti. A l’issue de son enquête, l’ONU y affirme que l’objectif visé n’était qu’un rassemblement de pacifiques villageois réunis pour un mariage. La France, vivement attaquée depuis cette diffusion, pointe les faiblesses de l’investigation, l’absence de preuve et réfute les conclusions de ce document. L’Etat malien confirme la version française. Alors de quelle manière a été conduite cette enquête et quelle crédibilité lui accorder?

Le 3 janvier 2021, l’aviation française visait un « groupe armé terroriste », formellement identifié comme tel, constitué « d’une quarantaine d’hommes adultes dans une zone isolée ».

Dès le lendemain de la frappe, avec un empressement qui pourrait surprendre les usagers des organismes des nations unies, la division des droits de l’homme et de la protection (DDHP) lançait une enquête sur « des allégations, relayées par des sources locales de la commune de Gandamia » faisant état de plusieurs civils de Bounti tués à la suite d’un bombardement, « dont des femmes et des enfants ». Une ONG annonçait avoir pris des blessés en charge, notamment des blessés par balle.

Après 48 jours d’investigation et plusieurs centaines d’entretiens, dont au moins 200 personnes lors de « réunions groupées », le rapport affirme de manière très précise que seuls 5 des 19 victimes appartenaient à un groupe terroriste, la Katiba Serma.

Pourtant, dans la quarantaine de pages du document onusien, aucun élément concret ne vient appuyer cette thèse. Un verdict sans démonstration. En revanche une longue présentation de l’approche de cette « recherche d’informations » et des considérations onusiennes qui sonnent de manière étrange dans le contexte sécuritaire actuel du pays.

Ainsi si l’on peut comprendre le maintien de la confidentialité de certains témoins, on reste déçu de n’en voir apparaitre aucun pour étayer le propos. De la même façon, le rapport ne cite aucun des témoignages recueillis.

Toujours avec la même conviction, les spécialistes de la MINUSMA affirment, de manière irréfutable, le caractère pacifique du rassemblement car « [ils n’ont] constaté sur le lieu de l’incident aucun élément matériel qui aurait pu attester la présence d’armes ou de motos » avant de préciser que les constations sur place n’ont été faites que 3 semaines après le bombardement. Qu’espérer trouver plus de 20 jours après les faits et donc quelle crédibilité donner à de telles affirmations ?

Le village de Bounti fait partie de la région de Douentza où opèrent de nombreux groupes armés, majoritairement affiliés au JNIM. Ce n’est pas un tabou de dire que de nombreuses interactions entre la population et les groupes terroristes existent. De gré ou de force, la population se retrouve fatalement imbriquée aux terroristes. Faute d’une présence suffisante de forces de sécurité, comment croire à la libre parole d’une population placée sous la menace permanente des djihadistes du JNIM ?

Alors que le rapport de la DDHP semble quelque peu mettre les acteurs du conflit sur le même pied, tels deux belligérants dans un conflit classique, on ne doit pas minimiser la nature sanguinaire de la menace. A ce titre, les récentes attaques massives d’Aguelhok, de Konna ou de Diafarabé menées par les djihadistes et visant l’anéantissement des garnisons, et en premier lieu celle des soldats de la paix à Aguelhok, nous le rappellent tragiquement.

De fait, une des dernières perfidies des GAT trouve une résonnance particulière avec le « récit » de Bounti : lors de la tentative contre Diafarabé, les terroristes ont utilisé un simulacre de mariage pour tenter de tromper la vigilance des sentinelles avant de lancer leur assaut !

Ainsi, si la MINUSMA contribue à une remarquable et particulièrement exigeante mission pour le retour de la Paix au Mali, on peut légitiment se montrer sceptique dans la manière dont ses « experts » ont traité ce dossier et établi de manière péremptoire ses conclusions. Les caques bleues n’auraient-ils pas été victime de la communication agressive du JNIM qui, à défaut de victoire sur le terrain, a massivement investi le domaine de l’information afin de valoriser ses actions et discréditer les forces ?

 

Idrissa Khalou

 

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