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4e audience publique de la CVJR : 17 victimes vident leurs cœurs

Des hommes et femmes victimes de violations graves des droits de l’Homme ont fait une descente en soi. Ce, pour extérioriser ce qu’ils ressentent comme maux au plus profond de leur être. C’était à l’occasion de la 4ème audience publique organisée par la Commission Vérité Justice et Réconciliation (Cvjr). La cérémonie qui a mobilisé du monde s’est tenue au Centre international de conférence de Bamako ce samedi 18 septembre 2021.

 

Des larmes extérieures des victimes qui ont témoigné et celles intérieures de la majorité de l’assistance ont tenu en haleine la presse nationale et internationale des heures durant dans cet espace d’expression, ce forum de reconnaissance des victimes en vue d’une possible réconciliation.

Tradition respectée. Après avoir donné le ton à travers une conférence de presse à la Maison de la presse, les responsables de la Cvjr ont donné rendez-vous aux 17 victimes et toute l’assistance au Centre international de conférence de Bamako. Il s’agit pour eux de rendre aux victimes leur dignité et faciliter un début de guérison en reconnaissant publiquement ce qui leur est arrivé.

La 4ème audience a mis son thème « Les atteintes au droit à la propriété » aux vestiaires pour rappeler ceux des trois premières. Il s’agit respectivement de « atteinte au droit à la liberté », « atteinte au droit à la vie et à l’intégrité physique » et « les disparitions forcées ».  Au total, il y a eu 17 témoignages en 13 passages. Le septentrion et le Centre du Mali étant des parties chaudes du Mali, les victimes qui se sont exprimées sont partagées entre ces deux zones.

Les victimes du Coup d’Etat du 19 novembre parlent

Devant le panel de 5 commissaires et présidé par le patron de la Cvjr, Ousmane Oumarou Sidibé, le témoignage collectif des victimes du coup d’Etat du 19 novembre 1968 a ouvert le bal. Il s’agit des ayant-droits de Modibo Kéita et 40 autres personnalités membres de son gouvernement. Gaoussou Diarra, Mariam Daiwara et Aboubacar Sissoko ont tour à tour pris la parole pour briser le silence autour des conditions difficiles dans lesquelles leurs parents ont vécu ou sont morts.

Selon Gaoussou Diarra, après le coup d’Etat de 1968, une chasse à l’homme des membres du régime déchu a eu lieu. De son point de vue, Modibo et ses compagnons ont été partagés entre les différentes prisons du Mali. Partant, il dira que quatre parmi eux sont morts en détention et ceux qui ont été libérés ont vécu l’enfer sur la terre.

Toujours selon lui, Modibo Kéita a fait 9 ans d’emprisonnement à Kidal, de 1968 à 1975, il n’a goûté à aucun fruit ; Mamadou Diarra a été privé de médicament et de nourriture jusqu’à ce que mort s’en suive ; Jule Traoré rend l’âme et David Coulibaly a eu la colonne vertébrale brisée par les commandos. « Pendant dix ans, il a fait l’objet de séquestration arbitraire, privé de viande, victime de violations des droits de l’Homme. Quelle indignité étatique ! », s’exclame-t-il. Et d’ajouter que la présomption d’innocence a été sacrifiée sur l’autel du coup d’Etat militaire. Il ajoutera que malgré les appels d’amnistie internationale, le régime d’alors est resté sourd.

Pour sa part, Me Mariam Diawara a affirmé qu’après le coup d’Etat de 1968, ses jeunes frères n’ont pas bénéficié d’éducation. « A la libération en 1975, mon père n’avait que le quart de son salaire. Il est parti à Koutiala, toutes ses entreprises ont été détruites et ce sont des violations graves », a-t-elle expliqué.

A sa suite, le fils de Bourama Sissoko, Aboubacar, a dit avoir fait une enfance très  difficile après le coup d’Etat. Pour lui, lorsque le président Modibo Kéita a été arrêté, les militaires sont partis tirer dans leur famille. A ses dires, le président et les autres détenus ne buvaient pas de l’eau potable. Il fera savoir que les conséquences ont été lourdes pour eux. « Nous les enfants avons été dispersés. Pour nous éloigner de Bamako, notre père a été envoyé à Dioïla. Le coup d’Etat du 19 novembre peut allumer le feu sur le fleuve. David a été maltraité à mort. C’était le feu, la force, la mort, la dictature qui régnaient. Nous avons notre droit avec le Mali », a narré cette victime qui n’a pas manqué de préciser que la vie de 600 enfants étaient en danger au lendemain du coup d’Etat.

Autres témoignages poignants sur les violations des droits de l’Homme au Nord et Centre

Amidi Ag Kani, 2017 à Ménaka

«Je suis le chef de village de Tinbawe. Notre campement a été attaqué par un groupe d’hommes armés faisant beaucoup de victimes. Tous les hommes ont été tués. C’était en 2017. J’ai perdu 4 frères, mon père et mon oncle. Beaucoup ont fui, ils ont tout brûlé. Nous sommes allés à Ansongo à pied. J’ai perdu plus de 15 millions FCFA. J’adresse Aux Maliens un message de paix et de soutien pour secourir les victimes des exactions ».

Un témoignage anonyme victime en 2019 à Yoro

« Le 16 juin 2019 à Yoro dans le cercle de Koro, région de Mopti, des groupes armés ont tiré sur les gens. Ils ont tué beaucoup de personnes. Après l’enterrement des corps, les hostilités ont recommencé à 14 heures. Le marché, le dispensaire, tout a été brûlé.  Le soir ou le matin, ils viennent nous soumettre à leur loi. Les djihadistes frappaient les femmes, les enfants car il n’y a personne pour nous aider ».

Fousseyni Diallo et Binta Dembélé à Kologon dans la région de Mopti

Selon Fousseyni Diallo, le 1er janvier 2019, à 5 heures du matin, les tirs ont commencé. « On ne voyait rien. Des hangars et plus de 30 personnes ont été brûlés dont le chef de village. Tout le village est dispersé en ce moment », dit-il.

Binta Dembélé est une femme âgée de 41 ans, mariée et mère de 9 enfants. Selon elle, au moment des faits, elle venait d’accoucher et attendait le lendemain de ce jour fatidique pour faire le baptême. « Quand les tirs ont commencé, j’ai reçu une balle perdue. Ils ont tué toutes les personnes dans la mosquée, coupé les parties génitales d’un homme devant moi. L’enfant dont je venais d’accoucher a été brûlé et enterré dans la chambre. De ce fait, nous n’avons pas pu rester. Nous sommes allés à Mopti », a-t-elle dit.

Korotimou Sangaré, victime en 2012 à Gatji

A Gatji dans la commune de Youarou, région de Mopti, Korotimi Sangaré, âgée de 28 ans, aide-soignante, est témoin de ce qui est arrivé à sa mère. « Un lundi matin, des hommes armés ont enlevé ma mère qui n’a rien fait. La seule raison qu’ils ont évoquée est qu’elle est une belle femme. Comme nous étions indexés dans le village, nous avons décidé d’aller à Niono. Ma mère est restée avec ses ravisseurs pendant une année. Au moment où elle a réussi à s’échapper, elle était devenue méconnaissable. Du dispensaire de Niono à Ségou jusqu’à Bamako, la Cvjr a joué sa partition pour sa prise en charge. Mais elle est finalement décédée », a-t-elle relaté.

Abdoulaye Yattassaye, éleveur et culitivateur de 47 ans à Niono

« Suite à un différend au sein du Collectif des éleveurs de Niono en 2013, mon oncle a été tué. Il s’appelle Ousmane Yattassaye. Il fut enlevé d’abord, ensuite caché et tué enfin. Il était marié, père de beaucoup d’enfants et employeur de plus de 100 personnes. Ils ont cherché à le tuer parce qu’on (les membres du syndicat) demandait une certaine amélioration dans la coopérative des éleveurs. Entre la gendarmerie et la préfecture, il a disparu le 16 janvier 2013. Le 23 avril de la même année, sa tombe a été découverte derrière la préfecture.

Pour rappel, à l’arrivée devant le public et au départ, le président de la Cvjr et le panel qu’il présidait se levaient pour saluer les victimes disposées à pardonner à condition que la justice et la réparation soient garanties.

Bazoumana KANE

Source : L’Alerte

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