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Trajet Bamako-Gao : Le voyage de toutes les peurs

Les braquages, les enlèvements ciblés, l’état dégradé de la route sont, entre autres, problèmes auxquels sont confrontés les candidats au voyage vers le Nord du pays.

La crise sécuritaire que traverse le Mali frappe de plein fouet certains secteurs comme le transport. Auparavant, 20 heures suffisaient pour rallier Bamako à Gao via la route nationale (RN 16). Mais actuellement, il faut compter en moyenne trois à quatre jours pour le même trajet. En plus de la dégradation de la route, les attaques contre les bus de transport ont augmenté de manière exponentielle. Un phénomène nouveau prend de l’ampleur : les enlèvements ciblés des travailleurs des services étatiques. Du coup, la peur et l’anxiété gagnent les candidats à ce périple de 1.200 km.

Sogoniko, 4 heures du matin, la pénombre réduit encore la visibilité sur Bamako. À l’auto-gare d’une compagnie de transport de la place, une cinquantaine de passagers attendent stoïquement devant un bus.

Les voyageurs, qui s’apprêtent à embarquer pour Gao, sont à l’écoute de l’appel de la liste des passagers. Déjà, les histoires des attaques quotidiennement perpétrées sur la route qui mène à leur destination animent les discussions. « Un de nos bus a été attaqué, hier soir, entre Gossi et Gao. Les bandits ont tiré sur les pneus du bus, mais heureusement personne n’a été touché », souffle un apprenti au cours d’une discussion avec un groupe de voyageurs. Les regards inquiets et la peur au ventre, ces derniers grimpent dans le bus pour le trajet séparant la capitale de la Cité des Askia.

De nombreux candidats au voyage. Malgré l’état dégradé de la route et l’insécurité de plus en plus grandissante, les voyageurs sont au rendez-vous. Ibrahim Touré, la trentaine, professeur d’université à Bamako, se rend à Gao chaque année pour fêter la Tabaski en famille. Mais cette année, l’enseignant reconnaît voyager la peur au ventre, compte tenu de son profil de professeur d’université, une cible potentielle pour un enlèvement. « Avant de venir, j’avais eu écho des enlèvements de certaines personnes ciblées. Cette année, c’était compliqué de venir par avion.

Mais je voulais aussi expérimenter et voir de visu tout ce que j’entendais sur l’état délabré de la route et l’insécurité », explique Ibrahim Touré. Bien que conscient du danger sur la route, il a pris le risque, avec femme et enfant, de faire le voyage.

«Je me suis bien sûr inquiété, mais je me suis aussi dit que personne ne pouvait m’enlever ma liberté de me déplacer chez moi au Mali », soutient l’enseignant. En plus des voyageurs qui partaient fêter à Gao, nombre de jeunes originaires de pays voisins (Guinée, Côte d’Ivoire, Burkina Faso) étaient du voyage. Ils se ruent vers le nouvel Eldorado des sites d’orpaillage récemment ouverts dans le Nord du pays.

Pour certains, l’objectif est de tenter leur chance de l’Europe via le Sahara, en passant par le Niger ou l’Algérie. David, jeune Guinéen, est de cette catégorie. Il arbore des cheveux peroxydés et une coiffure avec des petits « dreadlocks ». Accompagné de son ami, Guinéen lui aussi, il est en route pour Gao. «Mon objectif est clair dans ma tête.

Gao ne sera qu’une étape, je compte aller jusqu’en Italie», se projette le jeune homme. Mais il ne souhaite pas en dire plus sur la manière dont il va procéder, laissant tout de même comprendre qu’il a de la famille dans le pays transalpin. Ne dit-on pas que tous les chemins mènent à Rome ? Quelques jours plus tard, il nous indiquera que son bus n’a pas subi d’attaque sur le trajet.

Attaques systématiques. L’aventurier Guinéen a de la chance car les attaques et les braquages des bus sont devenus presque systématiques ces dernières semaines sur le trajet Bamako-Gao. « Notre bus a été attaqué à deux reprises à l’entrée et à la sortie de Hombori. Ils étaient une dizaine d’hommes armés circulant à motos. Ils fouillent les passagers et les bagages les uns après les autres.

Les gens qui nous ont arrêtés, n’ont rien pris avec personne, mais avaient horreur de voir les symboles de l’état sur les pièces d’identité ou autres documents des voyageurs », relate Issa Maïga, étudiant à la Faculté de droit, venu à Gao pour des vacances. Ces genres de témoignages sont monnaie courante ces derniers temps. Plusieurs témoins confirment qu’il n’est pas rare que certaines personnes suspectées d’être des militaires ou des agents de l’état soient enlevées. « Dans les alentours de Hombori, le plus sûr est de se débarrasser de sa carte professionnelle ou de tout autre signe d’appartenance à une structure de l’État », témoigne l’étudiant.

Cette situation préoccupe les organisations professionnelles des chauffeurs et transporteurs routiers de Gao. De leur côté, les routiers confient s’efforcer de faire leur travail en respectant les conditions qui leur sont imposées sur la route. La solution au problème ne peut venir que dans le cadre d’un dialogue avec les groupes auteurs des actes, évoque un responsable syndical, qui ajoute : « Après tout, nous sommes tous entre Maliens, seuls des pourparlers peuvent nous aider à résoudre nos problèmes ».

En attendant, un début de solution à la situation, l’angoisse continue de peser sur les voyageurs au moment de traverser les zones à risque. « Chaque fois qu’on aperçoit des motards et des véhicules s’approcher, un calme de cimetière s’installe dans le bus, décrit l’étudiant Issa Maïga. Tout le monde à peur de voir des hommes armés surgir de derrière un buisson ou une dune ».

Mohamed TOURÉ

Source: Journal l’Essor-Mali

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