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Oumou Sangaré : Je dénonce avec force le mariage précoce et les mariages d’intérêt

Oumou Sangaré, la diva du Mali, grande chanteuse et femme d’affaires brillante reconnue par l’Unesco et la FAO pour son sens de l’entreprise, a pris part au Festival des musiques sacrées du monde, à Fès.

Libé : Parlez-nous de vos origines africaines.
 oumou sangare chanteuse musicienne wassoulou hotel
D’abord, je suis très contente d’être chez moi ici à Fès et au Maroc. Africains ont tendance à oublier leur passé, mais nous les artistes, on essaye de  s’attacher à nos origines à travers la musique et on veut que tout le monde fasse comme nous, l’Afrique est très riche.
Personnellement,  je ne  suis pas d’accord quand on nous dit que l’Afrique est pauvre, la richesse est en nous, c’est dans la culture. Je trouve qu’en Afrique on a ça, on est très riche en culture, et on peut réussir et faire avancer les choses.
 
Vous êtes une habituée du Festival d’Essaouira et vous avez également participé au Festival des musiques sacrées à Fès.  Si vous nous parliez de votre lien avec le Maroc.
Je suis très contente d’être chez moi au Maroc qui a des liens avec nous en Afrique noire.
J’ai de la chance de participer à beaucoup de festivals à travers le monde, mais franchement le festival de Fès, il faut le reconnaître, est un festival qui a un esprit électique et qui fait beaucoup pour la culture africaine.
 
Souvent dans vos chansons, vous évoquez la situation de la femme, on dirait qu’elle est votre source d’inspiration.
Mon  inspiration vient de la femme africaine car sa situation m’inspire beaucoup. J’ai été touchée par mon enfance dure, j’ai beaucoup souffert à cet âge, ce qui m’a aussi inspirée dans la vie.
Je pense qu’on doit être tous fiers de la femme africaine d’aujourd’hui, au moins, nous les femmes. On est là, on est présent partout pour montrer au reste du monde qu’on peut compter sur nous dans notre société et qu’on est assez intelligentes pour  accompagner et être aux cotés de nos hommes et que nos pays désormais peuvent compter sur nous.
Par ailleurs, je suis très satisfaite de ce que fait la femme ici au Maroc, ce qui montre que l’esprit africain est très ouvert aujourd’hui. Je remercie nos papas, nos frères et nos maris car ils nous accompagnent dans tout ce qu’on entreprend.
 
Vous continuez dans vos chansons à défendre inlassablement  la cause de la femme.
Je suis quelqu’un qui dénonce dans mes chansons ce qui ne va pas et je dis ce qui me dérange et ce qui dérange toutes les femmes. Je dénonce avec force le mariage précoce.
Il faut laisser les filles mûrir avant de se marier. Comme je dénonce les mariages d’intérêt, car mon but est de laisser à la femme de faire son choix. On peut l’assister mais  ne pas la traiter comme un objet.
 
Est-ce que vous êtes pour un artiste qui chante seulement pour de l’argent ?
Non, un artiste qui chante seulement pour de l’argent finit par perdre son âme, et sera prêt à faire tout pour de l’argent. On chante d’abord pour essayer de changer les choses qui ne plaisent pas dans la vie. En plus, un artiste est un messager, car il n’est pas donné à tout le monde d’être devant des centaines de personnes pour chanter.
 
Est-ce que votre mère de guider a guidé vos pas dans la chanson surtout qu’elle chantait elle aussi ?
Au fait, je suis née dans une famille d’artistes, ma grand-mère était une grande star dans notre région de Wassoullou, et les gens l’invitaient à chanter dans des baptêmes et mariages les vieilles chansons de sa mère. Alors moi petite-fille, je la suivais dans ces baptêmes et mariages.
A cette époque, elle n’avait pas rencontré de difficultés dans la vie, mais quand elle s’est retrouvée abandonnée par son mari, toute seule avec six enfants, elle n’avait pas beaucoup de temps pour chanter. C’est à l’âge de douze treize ans que j’ai commencé à chanter pour gagner de l’argent, parce qu’il y avait des jours où on ne trouvait pas de quoi manger, et petit à petit j’ai continué à chanter jusqu’à ce que les choses aient changé. Mais quand j’ai fait mon premier album, le succès est venu.
 
Vous vous considérez comme étant la voix des sans voix. Expliquez-nous ce point de vue
Dans la famille, les hommes étaient prioritaires, et les femmes, généralement, n’avaient pratiquement pas de voix. Par mes chansons, j’ai essayé de réveiller la conscience féminine, pendant presque trente ans mais en vain.  Entre-temps, je me suis lancée dans les affaires : j’ai acquis un hôtel, j’ai créé ensuite une concession de voitures, puis je me suis lancée dans l’agriculture. C’était le déclic pour nombre de  femmes qui se sont senties motivées et voulaient m’imiter.
 
Est-ce que vous arrivez à travers votre musique à donner confiance à la femme ? 
C’est ce que je fais. Quand j’invite la femme et que je lui fais comprendre qu’elle doit être fière et sûre d’elle. D’une façon générale, j’invite tout le monde à être sûr de soi-même, car quand on n’est pas sûr de soi-même, on ne peut pas être fier.
Vous avez réussi votre carrière d’artiste, puis vous vous êtes lancée dans les affaires. Peut-on s’attendre à vous voir faire de la politique ?
Moi, Oumou Sangaré, je suis apolitique, car je parle avec franchise et en politique les vérités ne sont pas toutes bonnes à dire. De ce fait, j’aimerais rester du côté  des femmes qui souffrent et des gens qui n’ont pas de parole.
Propos recueillis par Nour-Eddine Oulabbes
Lundi 8 Juin 2015

Source: libe.ma

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