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Marcelin Guenguéré : « Les autorités maliennes ne peuvent pas sécuriser le pays dogon »

ENTRETIEN. Le mouvement des chasseurs Dan Na Amassagou se défend d’être derrière les attaques dans le centre du pays. Son porte-parole a répondu aux questions du Point Afrique.

Depuis le début de l’année, la région centre du Mali vit une nouvelle page particulièrement sanglante et sombre de son histoire, avec les massacres de Koulongo, Ogossagou ou Sobane Da, sans que l’on sache vraiment comment tout cela a pu arriver et quels nouveaux événements funestes viendront en noircir les pages.

Ces deux dernières années, certaines zones du Centre ont connu une multiplication des actes de banditisme, des pillages et des vols menant à une augmentation nette et dramatique des violences communautaires entre Dogons opposés aux Peuls, accusés d’héberger et d’être en collusion avec les islamistes. Dans le contexte de crise socio-politico-sécuritaire que vit le pays, le communautarisme est petit à petit devenu une norme, exacerbant les conflits et se concrétisant par des luttes fratricides qui opposent d’abord individu contre individu, puis groupe contre groupe et ensuite communauté contre communauté.

Des conflits qui ont occasionné de nombreuses victimes, poussé des milliers de familles sur les routes, provoqué la dégradation des champs de culture, la perte de milliers de têtes de bétail et qui ont permis, avec l’avènement des djihadistes, l’apparition de milices à caractère ethnique surarmées et de mouvements d’autodéfense, comme le mouvement des chasseurs Dan Na Amassagou (en dogon : « les chasseurs qui se confient à dieu »). Une profusion d’acteurs qui, dans une impunité quasi totale, due à l’absence de l’État, ont plongé les populations dans une insécurité quotidienne et inédite. Marcelin Guenguéré est le porte-parole national du mouvement des chasseurs Dan Na Amassagou, le seul, selon lui, à faire face aux menaces qui gangrènent ces zones.

Il a accepté de répondre aux questions du Point Afrique, au moment où certaines zones de la région de Mopti, comme les cercles de Koro, Bankass et Bandiagara, tendent à basculer dans un conflit général qui s’étend, alors que les solutions peu conséquentes et posées tardivement par le gouvernement malien sur le terrain ne donnent aucun résultat.

Le Point Afrique : Après les cercles de Koro et de Bankass, c’est maintenant celui de Bandiagara qui a basculé dans les affrontements entre Peuls et Dogons. Les attaques s’y multiplient. Les gens fuiraient Bandiagara, le chef-lieu du cercle, qui serait menacé d’une attaque imminente par des hommes armés. Que se passe-t-il à Bandiagara ?

Marcelin Guenguéré : Il y a toujours une stratégie opérante pour créer de l’amalgame et faire circuler de fausses rumeurs pour entacher la crédibilité du mouvement Dana Ambassagou. À Bandiagara vivent les populations Dogons, Peuls, mais aussi toutes les autres communautés. Nous avons appris qu’un message a été diffusé par la communauté peule pour informer tous les Peuls de quitter Bandiagara, parce qu’il y avait une menace d’attaque sur la ville. Une menace djihadiste, des Peuls veulent attaquer Bandiagara et il est dit dans ce message qu’ils vont attaquer Bandiagara porte par porte, donc, ils ont demandé via ce message à leur communauté de quitter Bandiagara avant l’offensive. Il y a même eu une réunion, et les autorités administratives de Bandiagara ont eu cette information par écrit. Nous exigeons que cette information soit montrée au public pour que la population, la communauté nationale et internationale sachent que cette rumeur est fausse. C’est la communauté peule qui projette d’attaquer la ville de Bandiagara, et ils ont demandé à tous leurs ressortissants de quitter la ville.

Pourquoi des Peuls voudraient-ils attaquer Bandiagara ?

La ville de Bandiagara, c’est la vitrine du pays dogon, ils veulent frapper fort en attaquant cette vitrine. C’est stratégique !

Ce conflit entre Dogons et Peuls s’est considérablement envenimé depuis ces trois dernières années, avec une nette aggravation depuis le début de l’année 2019. Comment expliquez-vous un tel conflit entre vos deux communautés, entre les frères d’hier devenus des ennemis aujourd’hui ?

Ce sont les Peuls qui ont été les premiers à attaquer, à tuer, à incendier nos villages, et par la suite, nous avons été obligés de nous défendre en créant notre mouvement, Dan Na Ambassagou. Nous avons tout essayé auprès des autorités pour qu’elles sécurisent les populations, qu’elles ramènent l’ordre, mais aucune disposition sécuritaire conséquente n’a été prise, et nous avons continué à être la cible de tous ces ennemis de la paix qui viennent tout le temps pour nous envahir. Nous avons été obligés de nous sécuriser nous-mêmes. Les chasseurs sont traditionnellement chez nous les gardiens du terroir, ce sont eux qui protègent les populations, leurs biens et la faune, ils ont donc pleinement rempli leur rôle. Vous savez, les personnes qui nous ont attaqués, ces terroristes, ces djihadistes, je vous assure que ce sont des personnes que nous connaissons, ce sont nos voisins peuls qui sont avec nous sur le territoire dogon. Je n’incrimine pas tous les Peuls, mais ce sont les Peuls qui vivent avec nous qui sont à l’origine de tout cela, ils ont leur agenda. Ils ont ensuite fait une large campagne et un grand lobbying pour embobiner la communauté internationale, les institutions internationales, même l’État malien, afin de faire croire qu’ils sont une minorité qui est combattue par la majorité qui est dogon, mais c’est archifaux !

Vous parlez d’agenda, comme si tout cela était planifié, qu’elle serait l’agenda de ces Peuls autrefois au côté des Dogons, selon vos affirmations ?

Ils veulent un lieu de pâturage propre à eux, c’est pourquoi ils ont planifié de chasser tous les Dogons qui sont sur la plaine qu’ils appellent Seno pour les faire monter sur la falaise et réoccuper toute la plaine. Cette plaine conduit jusqu’au Macina où il y a la zone d’Amadou Kouffa, et ça continue dans le nord du Mali pour aller finir vers le Tchad et le Soudan, c’est une zone qu’ils veulent dégager pour leurs activités. Nous, nous sommes un peuple qui vivons sur nos terroirs et nous n’allons pas accepter de nous faire déplacer comme ça, car c’est nous qui les avons accueillis, c’est nous qui les avons installés et nous leur avons donné une partie de nos terres pour cohabiter avec nous, mais, maintenant, ils sont en train de faire croire qu’ils sont minoritaires et qu’ils sont là-bas depuis longtemps, que nous sommes devenus très nombreux et que l’on veut leur retirer tout ce qui leur appartient, tout ça est fait pour créer de fausses pistes et masquer leur agenda.Vous dites sécuriser le pays dogon, mais vos méthodes sont aussi très critiquées. On parle d’arrestations arbitraires, d’exécutions, d’assassinats, de contrôles récurrents sur des checkpoints placés sur les routes par vos hommes, faisant craindre à la communauté peule de se déplacer. Pourquoi de telles méthodes et en quoi aident-elles à sécuriser les populations et leurs biens ?

Vous savez, dans certaines zones, l’État n’existe pas et ces zones sont devenues les portes d’entrée des djihadistes. Nous avons identifié beaucoup de poches par lesquelles ils passent. Nous informons régulièrement l’État qu’il faut aller dans telle ou telle zone, malheureusement, les militaires maliens ne sont pas assez nombreux pour couvrir l’ensemble du territoire, et la Minusma ne fait que se promener et ces portes d’entrée utilisées par les djihadistes commencent à se multiplier, donc nous sommes souvent obligés de prendre des dispositions pour accroître notre présence dans certaines zones où se trouvent nos villages et pour empêcher qu’ils soient envahis. Nous ne montons pas nos checkpoints en brousse, nous restons près de nos villages et nous contrôlons les entrées et les sorties, parce que nous avons plusieurs fois constaté que les transporteurs qui circulent dans nos zones transportent des armes, des munitions, des mines antipersonnel et des combattants terroristes de tout genre. Donc, étant donné qu’il n’y a pas d’État pour contrôler et faire régner l’ordre, qu’il n’y a pas de douane, pas de gendarmerie, pas de police ni d’armée, nous sommes obligés de jouer ce rôle, pour notre propre sécurité, car mieux vaut prévenir que guérir.

Dans ce conflit larvé, qui affrontez-vous, quels sont vos ennemis directs ?

Dana Ambassagou fait face à toutes les autres milices qui sont sur le terrain. Toutes ces milices sont majoritairement peules. Certaines de ces milices ont été créées par le gouvernement malien, telle la milice de Sékou Bolly, il y a d’autres milices qui ont été créées par Tabital Pulaaku, la faîtière des Peuls. Il y a à peu près une dizaine de milices qui ont été enregistrées au niveau du processus de DDR. Nous sommes régulièrement attaqués par ces milices peules qui se sont renforcées avec d’autres Peuls venant de divers horizons. Nous sommes seuls face à toutes ces milices qui sont sur le terrain et qui ont le même objectif : faire dégager les Dogons et les autres communautés qui vivent sur leur territoire.

Au début du mois d’avril dernier, dans l’émission Le Grand Dialogue, vous débattiez avec maître Hassan Barry de l’association Tabital Pulaaku sur l’insécurité au centre du Mali. Durant ce débat, vous avez révélé qu’une grande colonne avait quitté la zone du Macina et faisait route vers le « pays dogon ». Quelles actions ont été commises depuis par cette colonne ?

C’est cette colonne qui est en train d’attaquer aujourd’hui partout. Nous l’avons signalé, et rien n’a été fait. Ils sont venus, ils sont passés par Somadougou et de Somadougou, il y a un village que l’on appelle Diallo qui est vraiment leur bastion, c’est l’endroit où ils se regroupent, où ils font leur recrutement, leur entraînement, leur logistique, tout ! Nous sommes les mieux renseignés sur le centre du Mali, nous avons toujours signalé ce qui se passe, mais, malheureusement, nos renseignements ne sont pas exploités, et rien n’est fait !

Ces renseignements, les faites-vous remonter aux services de sécurité maliens ?

Toutes ces informations, nous les envoyons à la Sécurité d’État, mais, malheureusement, les informations ne sont pas traitées, elles ne sont pas prises en compte. C’est pourquoi nous pensons que nous devons nous tourner vers les grandes puissances, telles que la Russie ou les États-Unis, l’Union européenne, etc.

Après Koulongo, Ogossagou, le massacre de Sobane Da a été un nouveau pas franchi dans l’horreur. Vous dites être très bien renseigné, quelles informations pouvez-vous nous apporter sur les auteurs de ce massacre ?

À Sobane Da, les assaillants sont identifiés et connus. Ce sont des Peuls voisins de Sobane qui sont venus attaquer. Ils ont été identifiés et on les connaît nommément. Avant ce massacre, la milice peule de Sékou Bolly avait déclaré que les Peuls voulaient une vengeance. Quelques jours après, ces hommes avec d’autres milices peules sont venus à Sobane Da attaquer le village et tuer tous ceux qu’ils pouvaient tuer. J’ajoute, après la grosse polémique autour du nombre des victimes, que ce sont les autorités locales, les populations et les rescapés qui nous ont remonté le nombre de victimes, et actuellement, on est à plus de 112 morts.

Concernant Koulongo et d’Ogossagou, des rapports d’enquête pointe la responsabilité des chasseurs dans ces massacres qui ont défrayé la chronique. Vous continuez à nier la responsabilité du mouvement Dan Na Ambassagou dans ces deux attaques. Donc, pouvez-vous nous dire qui étaient ces assaillants qui portaient, comme vos hommes, des tenues de chasseur ?

Je peux vous assurer d’une chose, aujourd’hui, tout le monde peut avoir accès à une tenue de chasseur. Ce ne sont pas des tenues difficiles à obtenir. Les chasseurs ont une déontologie, un pacte qui les lie à leur confrérie. En premier lieu, il leur est interdit de s’attaquer à une femme ou à un enfant, le chasseur ne combat que l’homme, un animal ou une bête sauvage qui devient un problème pour la population. Les chasseurs ne se lèvent pas pour attaquer, ils se défendent lorsqu’une partie de leur territoire est attaquée, et nous pouvons, dans ce cas, repousser l’attaque jusqu’à sa source. Dans un rapport sur Ogossagou, il y a clairement dit qu’il y avait des gens habillés en tenue traditionnelle de chasseur, des gens habillés en tenue militaire et des gens habillés en tenue civile, il y avait trois types d’habillement, ce qui ne correspond pas à ce que nous portons. Nous, quand on va sur le terrain, on est tous vêtus de nos habits de dozos, il n’y a pas d’hommes à nous en tenue militaire ou en tenue civile. Ces assaillants n’étaient pas des chasseurs de Dan Na Ambassagou. Les chasseurs de Dan Na Ambassagou ne vont nulle part sans ordre de mission. L’attaque d’Ogossagou est une attaque orchestrée pour faire capoter notre mouvement d’autodéfense. On a certainement habillé des gens en tenue dozos pour créer l’amalgame, faire croire qu’il y avait effectivement des dozos. On n’a jamais arrêté sur le terrain de ces massacres un chasseur de Dan Na Ambassagou les armes à la main, ce n’est jamais arrivé.

 

Si ce ne sont pas des chasseurs qui ont commis ces massacres, selon vous, qui en sont les auteurs ?

Vous savez, il y a beaucoup de vérités cachées. Il y a des Peuls qui sont en conflit contre d’autres Peuls. Ils s’arrangent pour s’entretuer et faire croire que ce sont les Dogons qui les ont tués. Ils en profitent pour éradiquer leurs ennemis dans leur communauté avec qui ils sont en conflit et nous mettent ça sur le dos. Nous, Dan Na Ambassagou, nous avons été approchés par certains gros cadres peuls pour nous demander d’aller assassiner certaines personnes, ils avaient des listes. On leur a dit que ce n’était pas notre rôle, on ne fait pas ça, on n’est pas là pour gérer les divergences qu’ils ont entre eux, pour cibler des gens et les tuer, nous ne sommes pas des tueurs à gages. Nous, nous sommes là pour protéger les populations de nos terroirs.

En dehors de l’atrocité de ces massacres, un autre fait grave est l’immobilisme des forces de sécurité, de l’armée qui n’intervient pas pour protéger les populations de ces attaques. Comment l’expliquez-vous alors que cela relève de son devoir régalien et que le gouvernement, après chaque attaque notable et médiatisée, fait des promesses de désarmement et de protection des populations ?

Nous sommes vraiment très déçus par rapport au comportement et à l’attitude de l’armée.

Comment se fait-il qu’une attaque puisse se faire sur un village pendant des heures, que les assaillants viennent par dizaines, voire par centaines, commettent ces carnages et disparaissent dans la nature, sans que personne ne sache d’où ils sont venus et où ils sont repartis, alors qu’à moins de 20 kilomètres, il y a des positions militaires ? À Ogossagou, c’était le cas, à Koulongo, c’était le même cas, à Sobane Da, c’était pareil et à Yoro et Gandafani aussi. À chaque fois qu’il y a une menace, nous alertons l’armée, malheureusement, ils ne viennent que de nombreuses heures après les attaques et ils justifient ça par beaucoup de raison : le manque d’équipement, d’effectif, le fait qu’il fasse nuit, le manque de visibilité, des raisons que nous trouvons choquantes. Les populations ne sont pas du tout assistées, défendues, sécurisées, il n’y a pas d’État, le terrain est abandonné à ses malfrats qui sont dans les champs, qui sont en train de guetter toute personne qui voudrait quand même vaquer à ses activités quotidiennes. Il faut le dire aujourd’hui sans hésiter, les autorités maliennes ne peuvent pas sécuriser le pays dogon, c’est très clair, ils ne peuvent pas. L’armée ne peut rien !

Si l’armée ne peut rien, dans ce cas, comment ramener la sécurité dans ces zones ?

Le seul espoir que l’armée ou l’État malien peut avoir, c’est la présence de Dana Ambassagou. Notre mouvement joue le rôle de l’État, le rôle de Barkhane, le rôle de la Minusma, nous faisons le rôle du G5 Sahel, bref, de la lutte contre le terrorisme ! Toutes ces forces qui sont déployées pour cette lutte contre le terrorisme ont failli et la seule force actuellement sur le terrain avec de maigres moyens, c’est Dana Ambassagou, et seul Dieu sait le secret que nous avons et utilisons pour parvenir à résister autant. Les assaillants, sachant que Dana Ambassagou est la véritable puissance sur le terrain, sont en train de faire un grand lobbying pour déstabiliser Dana Ambassagou afin de pouvoir avoir le terrain libre, parce qu’ils savent que l’État n’est pas en mesure de les empêcher d’atteindre leurs buts. Nous sommes sur notre terroir, que nous connaissons bien, et nous connaissons les méthodes à utiliser pour empêcher toute invasion. En faisant pression sur l’État, sur la communauté internationale, ils essaient de nous affaiblir, d’affaiblir le mouvement qui est capable de les stopper afin de pouvoir mieux opérer sur le terrain. Aujourd’hui, sans Dana Ambassagou, il faut reconnaître que le Mali même est menacé, le Burkina Faso est menacé, c’est grâce à Dana Ambassagou que la zone Burkina-Mali-Niger arrive encore à résister, donc, nous sommes une force à ne pas combattre, mais à encadrer, à renforcer pour que le combat contre le terrorisme puisse être réellement effectif au niveau du Sahel. Je pense que la communauté internationale doit approcher Dana Ambassagou pour voir ensemble comment restructurer ou, en tout cas, encadrer ce mouvement qui ne fait que se défendre. Ce que nous souhaitons aussi, c’est que ce lobbying que ces terroristes-djihadistes sont en train de faire au niveau international soit démasqué, que leurs complices, certains cadres qui sont parmi nous ici, soient démasqués, soient arrêtés et punis. Nous avons toutes les informations sur les personnes qui sont à la base de tout cela.

 

Comptez-vous rendre ces informations publiques ?

Nous comptons les rendre publiques, mais à des institutions véritablement qualifiées pour ça, parce que nous avons donné beaucoup d’informations dans le temps à nos forces de sécurité et nous avons vu que ces informations ont été exploitées contre nous, à cause de ce lobbying dont je vous ai parlé. Donc, ces nombreuses informations et preuves dont nous disposons, nous ne les remettrons pas à n’importe quelle organisation.

À quelles organisations pourriez-vous les confier ?

Si la CPI, les Nations unies, l’Union européenne, l’Union africaine, les institutions de la sous-région dont nous sommes issus acceptent de nous recevoir, nous avons aujourd’hui des arguments, des preuves qui peuvent aider à ce que la paix revienne. Malheureusement, nous avons été indexés comme des génocidaires ou je ne sais pas quoi, et on nous traite comme tels, tandis que la vérité est de notre côté.

La solution de sortie à cette crise passe-t-elle, selon vous, par une négociation avec ceux qui déstabilisent la région ?

Vous savez, nous, on a tout fait dans ce sens-là. Pour négocier, il faut avoir un interlocuteur fiable et ça n’existe pas chez eux. Ils sont dans la brousse, ils sont dans les champs, ils sont en train de semer la terreur, leur nid est connu, moi, je pense qu’il faut les traquer, qu’il faut les combattre. Il ne faut pas négocier, il faut que la justice fasse son travail. Nous sommes dans un pays souverain, si quelqu’un œuvre contre la stabilité du pays, on doit le considérer comme un ennemi du pays et le combattre. Si on nous laissait l’opportunité d’éradiquer ces gens-là, nous pourrions protéger tous les villages peuls qui ne sont pas partisans de ces terroristes, et nous pourrions nous attaquer directement à tous ceux qui sont dans la brousse et qui créent le désordre et la terreur.

Qu’est-ce qui vous empêche de saisir cette opportunité ?

Nous ne le faisons pas, parce que nous avons peur que l’on dise encore que nous sommes en train de perpétrer un génocide. Nous avons compris que l’opinion publique nationale et internationale a beaucoup plus confiance en ces terroristes qu’en nous, qui nous défendons. Leur système de lobbying est très puissant, ils se font passer pour une minorité en danger, tandis que cette minorité a été renforcée par des personnes dangereuses qui sont venues d’ailleurs, et les Peuls qui sont à nos côtés en sont les guides, les têtes pensantes, ce sont eux qui les orientent, qui les amènent sur le terrain, et ceux venus d’ailleurs font leurs opérations et tuent avec une violence inimaginable.

Le gouverneur de Mopti a été démis de ses fonctions. Comment accueillez-vous son départ ? Et quelle qualité devrait avoir son successeur pour tenter de gérer au mieux le chaos dans la région ?

Nous avons pris acte du départ du gouverneur de Mopti, pour nous, s’il a été limogé, c’est que l’on reconnaît les faits qui lui sont reprochés. Mais certains de ses hommes, comme le colonel Modibo Koné, sont toujours sur le terrain. Même s’il commence à mettre un peu d’eau dans son vin, il a contribué à beaucoup de choses et il faudrait qu’il s’explique, parce qu’il est le complice numéro 1 du gouverneur et d’autres hauts fonctionnaires qui sont à Bamako, dont nous avons les noms et les preuves des agissements, comme je vous le disais. Selon moi, son successeur devrait être un homme ouvert, très attentif, qui ne soit pas manipulable, qui n’aura pas un penchant pour une communauté, quelqu’un d’intègre, de loyal, un homme de vérité.

Un profil difficile à trouver ?

Oui ! je le pense.

 

Propos recueillis par Olivier Dubois

Le Point

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