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Kolongo, les quatre vérités du chef des ‘’donsos’’

Dans la zone Office du Niger, ce mardi 5 février 2018, nous avons vu à l’œuvre ces chasseurs qui se sont assigné la mission de veiller sur la population de la zone, en appui aux FAMa. Habillés en costumes truffés d’amulettes et de gris-gris de tous genres, coiffés de bonnets ornés de cornes de petits gibiers et portant des fusils de chasse en bandoulière, ces hommes font plus que jamais partie du décor des forêts de la zone de l’Office du Niger. Communément appelés ‘’conso’’ en langue locale, ils étaient au moins une trentaine à escorter et sécuriser notre mission. À la fin de cette opération, nous avons tendu notre micro à Séiny DIARRA qui commandait la troupe. Dans cet entretien exclusif, il dénonce une instrumentalisation du conflit communautaire au Centre et accuse l’État de faillir à ses responsabilités…

Info-Matin : à Bamako, les Donsos, notamment ceux du pays dogon, sont régulièrement indexés dans les violences et les exactions contre les civils peuls. Que répondez-vous à ces accusations ?

Séiny DIARRA : je pense que sur cette question, chacun ne peut que donner son opinion. Sinon, pas plus tard qu’hier soir, du pays dogon à Banamba, en passant par Kolongo, nous avons fait le point de tout ce qui se passe dans la zone. Nous nous concertons régulièrement sur toutes les questions. Je peux vous assurer que même dans le pays dogon, de même qu’ici chez nous, les donsos ne sont à l’origine d’aucune violence ni contre X ni contre Y. Mais, nous sommes régulièrement victimes d’agression, de violence de la part des certains groupes. Notamment à cause de nos biens, de nos champs, de notre vie. Je ne nie pas qu’il y ait des violences contre la communauté peule, mais vous pouvez constater avec moi que chaque fois qu’on parle d’exactions contre les Peuls, c’est généralement un Peul qui est à l’origine du message.

Info-Matin : qu’on soit Peul, Dogon, Bambara, nous sommes tous des Maliens. Selon vous, qu’est qu’on peut faire pour que les Maliens arrêtent de se massacrer ?

Séiny DIARRA : à mon avis, ce problème est du fait de nos autorités qui ne se sont pas assumées dès le départ de ce problème. Sinon, on n’allait pas arriver là. Nos dirigeants ne sont pas assez responsables pour dire la vérité entre les citoyens. À défaut de dire la vérité, ils devraient être capables de nous mettre ensemble autour de la même table pour qu’on en discute. De Léré (Tombouctou) à Banamba (Koulikoro), en passant par le pays dogon, dès que nous lançons un avis de réunion, tous les donsos peuvent se retrouver ici en un laps de temps. Mais, depuis 5 ans que cette situation perdure, les autorités ne sont pas parvenues une seule fois à mettre autour de la table les acteurs.

Info-Matin : on nous dit toujours que les donsos et les Peuls se regardent en chiens de faïence, pourtant, en venant ici à Kolongo, j’ai été agréablement surpris de voir partout des hameaux de Peuls, ici en zone office. Cela démontre que vous vivez ensemble ici en harmonie, malgré le contexte du Centre ?

Séiny DIARRA : tout à fait ; malgré tout ce qu’on vous raconte, je peux vous assurer que les communautés peules existent toujours dans toutes ces zones dites de conflit.

Ceux que nous combattons ici dans la zone, ce sont les Peuls voleurs et criminels. Autrement, il y a beaucoup de Peuls dans notre confrérie et nous travaillons ensemble sans problèmes. C’est pourquoi je vous dis que ce sont des Peuls de mauvaise foi qui sont en train d’instrumentaliser cette situation.

Info-Matin : comment arrivez- vous à assurer la sécurité des personnes et de leurs biens dans une zone aussi difficile d’accès ?

Séiny DIARRA : nous faisons tout ce travail avec nos propres moyens. Ni l’État, ni personne ne nous aide. Je profite de cette occasion d’ailleurs pour répondre à une rumeur selon laquelle, c’est l’Etat qui nous finance. À ceux-ci, je répondrais que nous, nous ignorons l’existence de l’État ici. Nous ne comptons que sur Dieu et notre engagement dans le cadre de cette mission.

Info-Matin : au cas où le Gouvernement vous inviterait au dialogue, est-ce que vous allez accepter de vous mettre autour de la même table que les Peuls ?

Séiny DIARRA : nous n’avons jamais refusé le dialogue. Depuis le début du conflit, il y a eu plusieurs tentatives. À chaque fois, nous sommes au rendez-vous. Mais ceux avec qui nous sommes censés discuter ne sont jamais là. En tout cas, pas les vrais acteurs. Tout le monde sait où se trouvent les vrais responsables de cette violence communautaire ; mais nos dirigeants n’ont jamais eu le courage d’aller les chercher pour qu’on dialogue réellement. Ce qu’il faut comprendre, c’est que cette situation de conflit profite à beaucoup de gens. Et ceux-ci ne veulent pas qu’on en finisse. Pendant ce temps, c’est nous qui mourons sur le terrain.

Info-Matin : quel appel avez-vous à lancer ?

Séiny DIARRA : j’invite les autorités à assurer leurs responsabilités. Nous ne refusons pas le dialogue, nous ne refusons pas la paix. En vérité, personne ne veut mourir bêtement, et je suis sûr que la violence n’a jamais résolu un problème sans conséquences déplorables. Cette situation de conflits communautaires relève de la responsabilité de nos dirigeants. Nous n’avons pas besoin de cette guerre qu’on nous impose.

Propos recueillis par Abdoulaye OUATTARA

Info-matin

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