INTERVIEW (PRESQUE) IMAGINAIRE

Bonnet blanc, et blanc bonnet, vissé sur la tête, lunettes noires posées sur le nez, IBK reste immobile devant la table à manger. Même son plat préféré, le riz à la sauce pâte d’arachide décoré de « fronto-bani », n’arrive à le sortir de son spleen, la tristesse passagère de Charles Baudelaire, l’auteur des « Fleurs du mal ».
En nous voyant franchir la porte du salon, il réajuste ses lunettes à grosse monture sur son nez. Avant de nous inviter, d’un simple geste de la main, à prendre place à ses côtés. C’est ici, que se déroulera, pour la première fois, cette interviou que le Chef de l’Etat nous a – de bien et bonne grâce – accordée. Sans concession.

Mr le président, comment peut-on rester aussi indifférent à un aussi bon plat de « Tigadégué » ?

Si tu y touches…

Mais il va refroidir, Mr le président…

Je dis « pas touche ! »

Pourquoi êtes-vous triste, Mr le président ?

Comment voulez-vous que je sois, après le carnage perpétré à Sobane-Dah par des criminels sans foi, ni loi ? Comment voulez-vous que ça aille chez moi, quand Soumaïla Cissé me sort un autre tour dans son sac, en déclarant devant les journalistes que le FSD n’est pas signataire de l’accord politique, dont il est le principal initiateur ?

Et alors ?

Et alors ? Ce n’est ni plus, ni moins qu’une trahison de sa part. C’est lui qui a insisté pour avoir cet accord politique. Et lorsque j’accepte, il me dit qu’il n’est plus dedans.

Selon lui, l’accord politique qu’il vous a présenté a été vidé de sa substance. D’où son refus d’y adhérer.

Je ne l’ai pas vidé de sa substance. Je l’ai juste amélioré.

Selon lui, l’essentiel du nouvel accord politique remanié concerne la révision constitutionnelle et la prorogation du mandat des députés.

Et alors ? N’ai-je pas le droit d’y ajouter mon petit grain de sel ?

Qu’allez-vous faire maintenant ?

Crois-moi : je n’ai pas encore dit mon dernier mot. Je m’en vais jeter cauris pour voir plus clair dans le jeu de Soumi. Car, j’ai l’impression qu’il se croit plus malin que moi.

C’est à dire ?

En me soumettant l’accord politique qu’il a rédigé, il s’attendait à me voir l’adopter tout de suite. Sans aucune modification. En d’autres termes, il voulait à travers cet accord politique de gouvernance prendre le contrôle de mon pouvoir. Une manière de prendre sa revanche sur moi, après sa défaite à la présidentielle de juillet 2018.

Selon lui, cet accord vise à fédérer toutes les énergies autour du Mali, en vue de le sortir de la crise…

Il peut toujours causer. Car moi, j’ai étudié les sciences politiques à la prestigieuse Sorbonne ; mais lui, Soumi, est ingénieur informaticien. Donc, de nous deux, qui connaît mieux la politique ?

Si le FSD n’est pas signataire de l’accord politique pour la gouvernance, alors à quel titre les Tiébilé Dramé et autres Amadou Thiam… sont au gouvernement ?

En leur nom. Ils ont accepté de s’associer à moi à l’effet de sortir notre pays de cette crise, qui n’a que trop duré.

Selon Soumaïla Cissé, la prorogation du mandat des députés est « une violation de l’accord politique ». Qu’en pensez-vous ?

J’espère juste qu’il va renoncer à son mandat, à son salaire et à ses indemnités. S’il ne le fait pas après cette déclaration, alors….

Alors quoi ?

Lors de la première prorogation du mandat des députés, Dr Oumar Mariko avait eu des mots durs à mon endroit. Avant que ses collègues députés ne le voient, un jour, débarquer à l’hémicycle, avec armes et bagages.
Soumaïla Cissé risque d’emboîter le pas à Dr Mariko : faire des déclarations fortes pour amuser la galerie, avant de revenir à l’Assemblée nationale, sans tambour, ni trompette.

Mr le président, êtes-vous sûr que votre « jeteuse de cauris » est fiable ?

Elle est plus fiable que n’importe quel autre voyant sur cette terre. Il lui suffit d’observer ses cauris pour vous prédire tout ce qui devrait vous arriver. En bien ou en mal. Soumaïla Cissé n’a pas de « jeteuse de cauris » à la hauteur. Voilà pourquoi il a, par deux fois, mordu la poussière.
Mais s’il a besoin des prestations de ma « jeteuse de cauris », il doit d’abord commencer par me masser les pieds. Car, la liste d’attente est longue. Très longue. Trop longue.

Propos recueillis par Le Mollah Omar

Source: Canard Déchainé