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Hôpital Nianankoro Fomba/ Ségou : Un malade abandonné à son sort

C’est un secret de polichinelle de dire que le système sanitaire au Mali est très défaillant. Tant nos hôpitaux manquent de matériels adéquats, de personnels et aussi des infrastructures. A ces difficultés s’ajoutent également le mépris des agents de santé vis-à-vis des patients. A Ségou, l’Hôpital Nianankoro Fomba ne déroge pas à cette règle. Une enquête de notre rédaction menée dans cet hôpital révèle qu’un malade était livré à son propre sort sans aucune assistance.

Le lundi 22 juin dernier, nous avons été informés d’un cas de malade qui serait abandonné dans le plus grand Hôpital de la région de Ségou. Aussitôt informé, une équipe a été dépêchée dès le lendemain mardi 23 juin aux environs de 17 heures sur l’hôpital pour vérifier les faits.
Mauvaise condition de l’hospitalisation du malade
Arrivé à l’hôpital, les informations nous ont conduits vers la chambre où se trouverait le dit malade. Le constat est pitoyable : un malade squelettique presque agonissant, tout nu abandonné dans une chambre isolée située vers la morgue de l’hôpital. La chambre, presque un mouroir, très dépravée et presque un lieu de rencontre des margouillats et lézards qui y défilent. Le lit, également très sale contenant des ordures sur lequel était déposé le malade. Pire, cette chambre, indique une source, est permanemment ouverte même s’il pleut. Comme pour dire au malade, « allez-y mourir de ta belle mort ».
Un « fou », se défend l’hôpital
Apres avoir visité le malade, notre équipe s’est rendue chez le personnel soignant de l’hôpital pour savoir davantage. Une infirmière nous a accueillis et s’est prêtée à nos interrogatoires. A la question de quoi souffre ce malade et pourquoi il est dans un tel état d’abandon, l’infirmière nous indique que le patient est un « fou ». A ses dires, le patient est arrivé à l’hôpital Nianankoro Fomba il y a une semaine et est régulièrement suivie. « Chaque jour nous passons le traiter. C’est un malade mental dont on n’a pas eu connaissance des parents. Néanmoins, nous le traitons bien et lui donnons à manger régulièrement » a affirmé l’infirmière. Mais, quel traitement lui fait-on subir ? L’infirmière répond : « il est venu avec des blessures au pied. Nous lui faisons des pansements et d’injection à chaque fois » indique l’infirmière, avant d’ajouter : « nous ne pouvons pas dire plus sur la maladie dont il souffre réellement. Car il y a eu un prélèvement de sang dont nous n’avons plus vu les résultats pour se situer de son état de santé » a répondu l’infirmière qui commençait à s’agacer. Elle nous a envoyé vers sa hiérarchie qui était déjà descendue.
Toujours le même jour (mardi), avant de quitter l’hôpital, des indiscrétions nous ont fait savoir que le malade est arrivé à l’hôpital depuis le ramadan passé. Et cette source d’ajouter que le malade était bien en possession de ses facultés mentales : « Je ne pourrais pas confirmer qu’il est fou. Car la première fois que je l’ai vu à l’hôpital, j’ai discuté avec lui et je lui avais même demandé son nom. Il m’avait répondu qu’il s’appelait Dramane Coulibaly. Mais actuellement, il a de la peine à parler, il ne répète que ce que tu dis » a témoigné cet employé à l’hôpital dont nous gardons l’anonymat.
Le lendemain, soit, le mercredi 24 juin dernier aux environs de 9h, nous avons poussé nos enquêtes jusqu’à la hiérarchie de l’hôpital. C’est d’abord par le service social, chargé de la prise en charge des patients en pareille situation, que nous entamons nos enquêtes. Là-bas, on préfère garder le silence : « Nous sommes pressés, et nous ne pouvons pas nous prononcer sur cette affaire. Allez-y voir le Directeur Général » nous a dit le major du service social de l’hôpital, colérique face nos questions.
Chez le D.G de l’hôpital, il y’avait une réunion dans son bureau. « Une réunion aujourd’hui aussi ? C’est bizarre » se demandait un médecin. Apres près d’une heure d’attente, le D.G, à sa sortie, nous a aussi fait conduire chez le chef du personnel de l’hôpital, le Dr Tiekoura Samaké.
Selon le Dr Tiekoura Samaké, le malade a été « ramassé » par l’ambulance en ville puis amené à l’hôpital il y a une semaine. Il soutient aussi que c’est un « fou » qui a été isolé des autres malades pour des raisons de sécurité. Et à la question comment un « fou »peut décliner son nom et dialoguer avec d’autres, le Chef du personnel de l’hôpital tente d’expliquer : « Les fous ne sont pas des personnes permanemment déconnectées. Souvent ils peuvent faire 30 minutes étant conscients et quand tu discutes avec eux pendant cette période, tu penses qu’ils sont normaux alors qu’ils sont fous ».
Concernant l’analyse effectuée comme nous a dit l’infirmière, le médecin répond : « Nous avons effectivement fait un prélèvement sanguin. Mais nous n’avons pas pris le risque d’amener son ordonnance à l’ANAM, car les parents du malade ne sont pas connus et nous ne serons pas remboursés après par l’ANAM » a-t-il signalé. Et d’ajouter : « Nous ne pouvons pas acheter chaque jour de médicaments à un malade dont les parents sont inconnus. L’hôpital n’a pas ce moyen. En plus l’hôpital Nianankoro Fomba n’est pas celui qui doit prendre en charge les « fous ». Il n’y a aucune infrastructure habilitée à le faire ici. C’est l’hôpital Famory Doumbia et le développement social qui doivent les accueillir. Mais à chaque fois, on les envoie chez nous » a-t-il martelé.
Le Chef du personnel Dr Tiekoura Samaké, visiblement gêné par nos interrogatoires, ne nous a pas donné les résultats de l’analyse du malade. « Il relève d’un secret médical » a-t-il dit. Il a aussi déploré le fait que notre reporter ait commencé son enquête par le malade sans autorisation de l’administration de l’hôpital. Comme si un journaliste doit attendre l’autorisation pour chercher une information.
Au sortir de l’hôpital Nianankoro Fomba après les échanges avec le Dr Tiekoura Samaké, nous avons été joints au téléphone par une source très proche de l’hôpital. Cette dernière a démenti toute thèse faisant croire que le malade est un « fou » et qu’il aurait été ramassé par l’ambulance comme l’a dit le chef de personnel. « Il n’a pas été ramassé. C’est une policière qui l’a percuté avec sa voiture. Quand je l’ai vu pour la première fois isolé dans sa chambre et tombé du lit, il demandait de l’aide pour le soigner et à s’occuper de lui. Je suis rentré dans sa chambre et l’aidé à se redresser. Nous échangions très bien, et il ne cessait de demander à manger et à boire. Je lui ai donné le peu que j’avais, et sorti chercher de l’aide pour le soigner ».
Cette source soutient que le malade a été abandonné à son sort pour « mourir discrètement », tout simplement parce qu’il n’a ni argent pour se soigner et encore moins personne pour s’occuper de lui.
Aux dernières nouvelles, à quelques heures après notre départ, l’hôpital a commencé à bien s’occuper du malade qualifié de « fou ». On l’aurait ramené, selon nos informations, dans une autre chambre ventilée et plus confortable. « Depuis votre passage, ils sont venus le laver et l’habiller. On lui donne des médicaments et à manger maintenant, contrairement avant votre visite où il passait toute la nuit sans habit, ni couverture, dans une chambre sale dont la porte ne se fermait pas… même quand il pleuvait », a témoigné notre source.
D’autres sources concordantes ont confirmé la thèse selon laquelle le malade aurait été victime d’un accident de circulation causé par une policière pendant le mois de ramadan. « J’ai été témoin de cet accident. C’est bien une policière qui l’a percuté avec son véhicule pendant le ramadan. La policière s’était même arrêtée pour appeler l’ambulance qui est venue en urgence pour le ramener à l’hôpital Nianankoro Fomba.
Plusieurs interrogations nous reviennent et qui demandent certainement des réponses: les responsables de l’hôpital ont-ils voulu se débarrasser du malade ? Voulaient-ils couvrir la policière qui l’a percuté ? Pourquoi nous ont-ils caché la durée de l’hospitalisation du malade et son état de santé ?
En tout cas plusieurs sources dénoncent le traitement inhumain des malades dans cet hôpital. La cause serait-elle du manque de ressources matérielles ? Humaines ? Financières ? Infrastructurelles ? Ou du simple mépris ?
A suivre…

Boubacar Kanouté, correspondant à Ségou.

Source: Figaro du Mali

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