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Édito : Le prélat et la patrie

Le mercredi 28 juin 2017 restera gravé d’une pierre blanche dans les annales de l’Eglise catholique au Mali. En effet, après plus de cent ans de présence évangéliste dans notre pays, le pape François, ce jour, a élevé l’archevêque de Bamako à la dignité de membre du Sacré-Collège en le créant cardinal. Nous joignons nos félicitations et nos vœux de succès à ceux des milliers de Maliennes et de Maliens afin que Son Eminence réussisse dans l’âpre mission qui est la sienne.

monseigneur jean zerbo Cardina mali

Âpre mission, en réalité. Et elle n’est pas que d’évangéliser. Certes, elle n’est pas politique non plus car Mgr Jean Zerbo ne saurait oublier cet enseignement du Christ : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est  Dieu. » Mais, s’abstenir de toute prise de position politique ne signifie nullement se désintéresser des choses de la Cité : prélat, Mgr Zerbo est également patriote et c’est bien un aspect qui a retenu notre attention le jour de sa création comme cardinal. En effet, une fois terminé le consistoire, il eut, profitant des micros que lui tendaient les journalistes de l’ORTM, ces mots, traduits du Bamanankan : « Nous ne sommes ni « camarade » ni  « monsieur ». Nous sommes frères. Que la semence de cette fraternité soit féconde dans nos champs. » Comment ne pas méditer ces paroles en ces temps-ci ?

En effet,  depuis le temps du COPPO, (Collectif des partis politiques de l’opposition) où un ensemble de partis politiques, du MPR au MIRIA en passant par l’US-RDA et autres formations que tout opposait, s’étaient dressés contre le pouvoir, jamais, nous n’avions connu une telle exacerbation des antagonismes.

« Majorité », « opposition » : des mots qui nous viennent de France. Mais, des mots auxquels, dans la pratique, les Français donnent un contenu que nous ne leur donnons pas. Tout se passe comme si, de nos anciens colonisateurs, nous avons retenu plus les défauts que les qualités. Un référendum est projeté pour faire approuver par le peuple une loi votée par l’Assemblée Nationale. En France, l’on se serait positionné pour faire triompher son point de vue par la voie des urnes. Ainsi firent, pour des motifs différents certes, Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand en 1969, lors du référendum gaullien sur la régionalisation et la réforme du Sénat.

Mais, nous ne sommes pas en France. Nous sommes au Mali, vivant une démocratie tropicalisée, imposée depuis La Baule. Les protagonistes de la scène politique savent tous comment sont organisées les élections chez nous, ce qu’il faut mettre en œuvre pour les gagner. Aux dernières municipales, le code électoral, dépoussiéré, a tenté d’introduire plus de transparence dans les consultations. Les acteurs du jeu politique l’ont compris. Ils n’ont investi ni dans les affiches ni dans les tee-shirts ou autres gadgets. Ils ont préféré une autre forme de campagne, plus discrète mais plus efficace, la campagne fondée sur l’achat des consciences avec plus de savoir-faire.

Aujourd’hui, l’opposition demande le retrait pur et simple du projet de loi contesté. Elle sait qu’elle n’a aucune chance, au terme d’une campagne référendaire, de faire triompher le « non ». N’est-ce pas papa Bongo qui le disait : « On ne peut pas organiser des élections et les perdre » ? Et c’est cela la réalité dans nos démocraties plus qu’imparfaites. La CMP a déjà établi son budget de campagne : 750 000 000 de nos francs ; 750 000 000 F à répartir entre des électeurs dont 2 sur 3 vivent au-dessous du seuil de la pauvreté ! Comment, dans ces conditions, douter du triomphe massif du « oui » ?

Dans une de nos précédentes livraisons, nous attirions l’attention sur la nécessité de ne pas occulter le seul combat qui doit être le nôtre en ces temps d’angoisse et de perplexité. La question est, aujourd’hui, de savoir si l’on a réellement besoin de nous dresser les uns contre les autres quand plus d’une force destructrice mine les fondements de la nation.

Assurément, rien ne réussit au pouvoir en place. L’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger a, dans sa mise en œuvre, déçu. L’Entente pour la mise en place des autorités intérimaires ne donne pas satisfaction. Le président veut renforcer l’ancrage démocratique au Mali. Louable volonté ! Mais ce qui est proposé pour ce renforcement laisse sceptique : renforcer ses propres pouvoirs, exclure à terme le peuple de la consultation référendaire, instaurer un Sénat pour nous faire revenir à l’archaïsme féodal, instituer une Cour des Comptes pour plaire à l’étranger au détriment de notre cohésion nationale, empêcher ce qu’en sous-mains on a activement encouragé jusqu’à présent afin de phagocyter alliés comme opposants dans sa boulimie du pouvoir : le nomadisme parlementaire.

 

Le Président de la République a été élu avec un score de 77, 61% des suffrages exprimés sur lesquels 39, 79% lui appartiennent en propre. 37, 82% de son score lui viennent des partis ralliés au second tour. Cela mérite réflexion. Il s’est plaint, un jour, de la mollesse de sa majorité : « Je ne vous sens pas ! » a-t-il laissé entendre. Pourtant, il ne peut s’en prendre qu’à lui-même car il n’a pas su valoriser ses alliés comme ont su le faire Macky Sall au Sénégal, Alassane Dramane Ouattara en Côte d’Ivoire. Dans la tourmente, ces deux chefs d’Etat peuvent compter sur l’appui des ténors politiques de leur pays : Moustapha Niasse, Tanor Dieng, Henri Konan Bedié. Hors d’Afrique, Emmanuel Macron a su ce que représente une assise politique élargie : dans la distribution des responsabilités, il n’a pas manqué de faire appel à ceux d’autres partis politiques qui l’ont rejoint avant ou après le premier tour. Son Premier ministre a été un fervent partisan de Juppé.

Chez nous, les alliés sont fragilisés, minimisés, voire méprisés ; d’où les fissures que d’aucuns ont constaté dans la CMP. L’opposition demande le consensus. Récemment dans un rapport sur la situation dans notre pays, le Secrétaire Général de l’ONU a appelé le gouvernement « à dégager des consensus et à se montrer ouvert avant la tenue du référendum. ». Le Chef de l’Etat peut sauver la situation en invitant au dialogue patriotique afin que le vœu du prélat se réalise, pour le bonheur et la dignité des Maliens.

 

LA REDACTION

 

Source: Le Sursaut

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