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Démarrage du DDR: le grand bluff

C’est parti depuis ce 6 novembre pour le processus de désarmement, démobilisation et réintégration pour 1600 ex-combattants membres des MOC de GAO, Tombouctou et Kidal. Le lancement officiel de l’opération fait par le ministre de la Réconciliation nationale, Lassine Bouaré, a tout l’air d’un grand bluff. Et pour cause ? Contrairement à l’assurance donnée par le président de la Commission DDD, en mis octobre, les candidats au désarmement ont tous déserté le camp et n’y étaient pas encore revenus hier. Faut-il encore rebeloter ?

Si lors d’une de ses récentes sorties sur Mikado FM, un 18 octobre 2018, le président de la commission DDR, Zahabi Ould Sidi Mohamed, rassurait de la présence des combattants sur les sites de cantonnement à Gao, Tombouctou et Kidal, ce 8 novembre, à l’heure de vérité, le camp de la Cité des Askia était déserte.

Pour ce DDR ‘’accéléré’’, la commission est à pied d’œuvre avec ‘’nos partenaires de la MINUSMA’’, avait-il confié.

Les combattants, a-t-il confié à nos confrères de Mikado FM, sont sur place, ‘’en tout cas, une bonne partie’’ : « À Gao, le MOC est pratiquement au complet, à Kidal, il y a la moitié qui est déjà présente et Tombouctou aussi a la moitié de ses effectifs. Nous allons commencer avec ces effectifs. Les autres éléments, s’ils arrivent avant le début de ces installations, ils pourront être inclus et s’ils n’arrivaient pas, il y aura une deuxième séance de rattrapage qui sera organisée pour eux du 15 février au 28 février », a affirmé Zahabi Ould Sidi Mohamed.

Le comble, après le lancement officiel de l’opération DDR, ce 6 novembre 2018, l’ensemble des ex-combattants massés ont tous disparu dans la nature, selon le constat fait par les confrères du Monde sur place.

« Dans le couloir cerné de fortifications de sable, il n’y a personne. Autour de l’entrée de la direction régionale de la police de Gao, quelques militaires juchés sur des tanks sécurisent le lieu. Mais, ce mardi 6 novembre, il manque l’essentiel. Aucun des 575 ex-combattants, membres des patrouilles mixtes, formant le Mécanisme opérationnel de coordination (MOC) de Gao, ne s’est présenté à la cérémonie ».

Le DDR accéléré s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale issu du processus d’Alger. Ainsi, 1 600 ex-combattants, membres des trois MOC stationnés à Gao, Kidal et Tombouctou, doivent être désarmés et choisir entre l’intégration dans les forces de défense et de sécurité ou la réinsertion dans la vie civile. Ces premières unités de la nouvelle armée malienne reconstituée ont toute leur importance. Ce sont elles qui seront chargées de sécuriser une opération DDR similaire, à plus grande échelle, concernant plusieurs milliers d’ex-combattants, selon les responsables sécuritaires.

« Mais à Gao, la tente chargée d’accueillir les ennemis d’hier est vide. Tout comme le container posé en face, où sont censées être stockées leurs armes.

« Les membres du MOC et le gouvernement négocient. Il manque un ingrédient à la sauce», rapporte le confrère.

Selon plusieurs sources, les officiers du MOC ont boycotté cette cérémonie médiatisée. Un moyen de faire pression sur le gouvernement pour obtenir ce qu’on leur refuse depuis trois ans : leur entrée dans l’armée régulière avec le grade qu’ils ont acquis au sein de leur groupe armé non étatique.

Autre point de désaccord, selon les mêmes sources, le nombre d’ex-combattants qui pourrait intégrer l’armée.

« Un premier quota de 4 000 a été discuté : 2 000 hommes pour les forces de sécurité intérieure et 2 000 pour l’armée. L’État a accordé cela, mais les mouvements en demandent plus encore », explique Zahabi Ould Sidi Mohamed, président de la commission DDR.

À Bamako, on affirme que les négociations seront bouclées dans les prochains jours. Mais à Gao, une autre réalité vient de poser problème : celle de la volonté de rendre les armes dans un contexte sécuritaire dégradé.

À quelques centaines de mètres du quartier général de la police de Gao, on aperçoit l’enceinte du mécanisme opérationnel de coordination. Le 18 janvier 2017, ce bâtiment a été le théâtre d’une des plus spectaculaires attaques de ces dernières années au Mali : 77 soldats du bataillon mixte y ont été tués.

Pour rappel, sur le papier, ce sont 36 000 combattants qui ont exprimé leur désir de se désarmer. Mais, ces listes sont gonflées et bien loin de la réalité, selon des spécialistes.

« Il y a des gens qui essaient de profiter des avantages du DDR, c’est clair. En réalité, il y a moins de 16 000 personnes réellement armées », glisse un officiel malien.

« On va tester les armes et demander aux combattants de les démonter, pour être sûrs que ce sont réellement des combattants », rassure le colonel Keïta, membre de la commission DDR de Gao, en achevant la visite du QG de la police.

« À la sortie, le combattant sera désarmé », poursuit-il, entouré d’observateurs. Mais autour du colonel, les 575 concernés manquent toujours à l’appel, tandis que dans les MOC de Kidal et celui de Tombouctou, seul un tiers des effectifs est pour l’instant réuni, trois ans après la signature de la paix.

Par Sidi Dao

Info-matin

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