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Décès de Me Abdoulaye Garbo Tapo : Un «monstre» de l’humilité et de l’humanisme s’est éclipsé

Un grand monsieur s’en est allé : Me Abdoulaye Garba Tapo ! En l’apprenant, j’ai vacillé un moment sur mes jambes, littéralement sonné par la brutalité de cette disparition, et j’ai dû m’asseoir pour reprendre mes esprits. Je suis particulièrement triste parce que ce véritable leader m’a pris en sympathie et en estime au point de se confier souvent à ma modeste personne. Ce vendredi 13 avril 2018, il s’est éteint à son domicile comme il y avait toujours vécu : dans la discrétion ! Et il repose désormais au cimetière de Sotuba où une foule de parents, d’avocats, de juristes, de compagnons de lutte, d’amis et d’anonymes l’a accompagné dans l’après-midi du samedi 14 avril.

 

Un grand leader ! Un homme d’exception ! Un monstre de l’humilité et de l’humanité ! Des qualités qui ne rendent pas, hélas, physiquement immortel ! C’est pourquoi la mort nous a pris Me Abdoulaye Garbo Tapo ce vendredi 13 avril 2018. Et cela, au moment où sa patrie a le plus besoin de lui pour éclairer le débat politique de ses analyses lumineuses, pointues et pertinentes.

Même te sachant mortel, je ne m’attendais pas à te perdre de si tôt mon très cher maître. Mais, en croyant, je m’incline devant cette volonté divine qui fait de la mort un rendez-vous inexorable pour chacun de nous.

Oui, en Me Abdoulaye Garba Tapo, je perds un modèle avec qui je partageais la passion de la littérature et un farouche attachement à la liberté, à la démocratie et à la justice. Une référence sur le plan de la générosité, de la tolérance de l’humilité, du patriotisme, de l’intégrité et de la probité morales. Sans doute l’une des raisons qui expliquent qu’il n’ait pas fait une longue carrière politique…

Brillant avocat et intellectuel engagé, Me assenait ses vérités et défendait ses convictions sans blesser, frustrer ou offenser son interlocuteur ou son adversaire. Je ne l’ai jamais vu élever sa voix au-dessus de celle de son interlocuteur. «Me Garba Tapo était un grand homme, bon et modeste qui se mettait toujours au niveau de son interlocuteur pour entretenir des conversations toujours riches et fructueuses… Il était d’un naturel ouvert pouvant converser avec n’importe qui, n’importe quand et n’importe où», retient-on des nombreux hommages qui lui ont été rendus sur les réseaux sociaux dès l’annonce de son décès.

Nous n’avons commencé à réellement nous côtoyer qu’en 2016 après la publication de mon compte-rendu de lecture (Le Reporter, août 2016) sur son roman intitulé “Les Epouses communes” paru aux Editions Jamana en 2010. C’est un auteur très ému qui m’a appelé ce jour pour me remercier et souhaiter me rencontrer, si possible, le même jour. Mais, j’étais en déplacement à Kadiolo.

Nous nous voyions rarement parce que nous échangions fréquemment sur les réseaux sociaux. Mais, chaque fois que je voyais ce discret philanthrope en face, je rentrais avec la satisfaction de quelqu’un qui venait de s’abreuver à une source pure du savoir, de la sagesse, du patriotisme… et de l’humilité. Très disponible, il est vite devenu un consultant dont les éclairages m’aidaient beaucoup dans la rédaction de mes chroniques politiques ou de mes dépêches d’agence. Et je n’hésitais plus à lui confier mes projets personnels et à solliciter ses conseils sur mes grands sujets de préoccupation.

Natif de Mopti, la Venise malienne, cet être exceptionnel a décroché son baccalauréat en philo-langues en juin 1973 avec la mention Assez-bien. Un succès qui lui ouvre l’année suivante (1974) les portes de l’Ecole normale supérieure de Bamako (ENSUP) d’où il sortira en 1978 avec un diplôme en anglais.

Sa perpétuelle quête du savoir va pousser Me Abdoulaye Garba Tapo à s’envoler en 1979 pour la France afin d’approfondir ses connaissances à la Faculté de droit d’Angers. Il y obtient un diplôme de maîtrise en Droit privé. Il intègre ensuite l’Université des Sciences sociales de Toulouse pour des études couronnées par un DEA en Droit des affaires. Suivra un Doctorat en Droit privé obtenu à l’Université Cheick Anta Diop de Dakar (UCAD, Sénégal).

 

Un parcours atypique pour un homme d’exception

Sur le plan professionnel, Me Abdoulaye Garba Tapo a occupé plusieurs fonctions de responsabilité de 1980 à ce fatidique 13 avril 2018. Ainsi, a-t’il successivement été assistant de Droit privé à la Faculté de droit de Dakar dans les années 1980 ; assistant en Droit privé à la Faculté de Droit de Niamey (1981-1983). Et, depuis 1983, il était chargé de cours à l’Ecole nationale d’administration (ENA) à Bamako, à la Faculté de Droit et à l’Université catholique de Bamako. Sa brillante carrière d’avocat d’affaires a débuté en 1986 avec son inscription au Barreau malien. Il a représenté avec brio plusieurs grandes banques de la place.

En 2002, sa carrure d’homme d’Etat intègre, travailleur et visionnaire n’échappe pas à la vigilance de l’ancien Chef de l’Etat, Amadou Toumani Touré dit ATT, qui le nomme à la tête du département stratégique de la Justice, Garde des Sceaux. Et, selon les observateurs, il est l’un des meilleurs à avoir occupé ce portefeuille depuis l’indépendance du Mali.

Ceux qui connaissent l’homme le décrivent comme une «personnalité modeste» et «un homme engagé» qui est à l’origine de «courageuses réformes pour combattre le dysfonctionnement de l’appareil judiciaire malien».

Illustre avocat, Me Abdoulaye Garba Tapo a aussi été un brillant écrivain. Passionné de belles lettres, il laisse une bibliographie spécialement bien fournie en ouvrages et en romans. Parmi les œuvres de l’homme au parcours hors du commun, on peut retenir “Cours de Droit des obligations – 1996” (Jamana) ; une thèse de doctorat sur la régulation dans le secteur des télécommunications du Mali.

“L’Héritage empoisonné” (L’Harmattan, 2004), “Fantankin” (Jamana, 2006) et “Les épouses communes” (Jamana, 2010) sont les romans que l’illustre défunt lègue à la postérité. Ses œuvres reflètent une farouche volonté de s’enraciner dans «la pure et stricte authenticité malienne pour mettre au goût du jour son expérience personnelle» !

Leader politique, il avait fondé le Rassemblement national pour la démocratie (RND) dans les années 2000. Une formation politique qui a fusionné avec l’Alliance pour la démocratie au Mali-Parti africain pour la solidarité et la justice (Admé-PASJ) le 29 avril 2008.

Homme engagé, il a récemment lancé le mouvement “Le Mali qui avance” pour encourager les citoyens à s’intéresser à la chose politique et à s’impliquer davantage dans la reconstruction du pays. Ce combat est désormais celui des milliers d’héritiers spirituels qu’il a formés et qui sont aujourd’hui présents dans de nombreux secteurs.

Jusqu’à son dernier souffle, l’illustre Me Abdoulaye Garba Tapo est resté très actif sur les réseaux sociaux, participant ainsi aux débats en éclairant les jeunes générations. Sa brusque disparition est une grande perte pour le Mali car elle intervient au moment où les démocrates sincères et patriotes ont le plus besoin de sa franchise, de sa sincérité et de son expertise.

Que ton âme repose en paix et que le Paradis soit ta dernière demeure. Le fait d’avoir été oublié par ceux qui distribuent les distinctions nationales à tour de bras n’enlève rien à ton mérite, à l’immensité du travail accompli. Cela prouve juste que nos dirigeants ne savent pas toujours manifester leur reconnaissance aux fils et filles les plus méritants du Mali.

Ces distinctions ne te remplaceront jamais pour notre épouse, nos enfants, ainsi que pour tous ceux dont le destin a croisé un moment le tien, mais les valeurs que tu as incarnées seront une source de consolation pour tous. Des valeurs qui te rendent immortel !

Moussa Bolly

Le Matin

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