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Bassidiki Touré, président de l’ASSEP : “La presse est un pilier de la démocratie et un indicateur clé pour juger de son Etat»

«Le financement public accordé à la presse par l’État doit être revu à la hausse et indexé au budget national”

Plébiscité président de l’Assep par 198 directeurs de publication à l’issue de l’Assemblée générale constitutive unitaire du samedi 23 Mars 2019, Bassidiki Touré (directeur de publication du journal ” Guido) et son bureau de 16 membres affichent des ambitions pour la famille de la presse écrite malienne. Dans l’interview qui suit, le désormais président de l’Assep parle du contexte de cette Assemblée, les procès contre des journaux, les difficultés auxquelles les journaux sont confrontés.

Aujourd’hui-Mali : Monsieur le Président, à l’issue de l’assemblée générale du 23 mars dernier, vous avez été plébiscité par 198 directeurs de publication. Pouvez-vous nous parler du contexte de cette assemblée générale ?

Bassidiki Touré : Tout d’abord, je tiens à remercier la rédaction du Journal Aujourd’hui-Mali qui, en un laps de temps, s’est classé parmi les plus grands titres de la place. Pour revenir à votre question, depuis le mois de juillet 2018 où nous avons procédé à la mise en place d’un nouvel organe dirigeant de l’Assep qui a vu notre élection au poste de président, un bicéphalisme a été créé de toutes pièces par un Chargé de mission du département de la Défense et des Anciens combattants. Ce dernier voulait gouverner l’ensemble des patrons de presse écrite depuis le Ministère de la Défense. Or, nous savons tous, dans un Etat normal, lorsqu’on accepte d’être Chargé de mission, on doit obligatoirement remettre sa carte de presse à la Commission d’attribution mise en place à cet effet. Malgré cette anarchie, mon bureau et moi avons accepté d’aller en négociations à la demande de la Maison de presse et de l’Urtel. C’est d’ailleurs le lieu de remercier les présidents Dramane Aliou Koné et Bandiougou Danté.

Malheureusement, toutes ces négociations entamées n’ont abouti à rien. C’est ainsi que la Maison de la presse a décidé d’organiser une nouvelle assemblée générale dite unitaire afin de mettre en place un nouveau directoire qui sera accepté par tous, sous l’œil vigilant du représentant du Département de la Communication. A l’issue de cette assemblée générale, 198 directeurs de publication sur 206 ont plébiscité notre liste composée de 16 membres. Ainsi prend fin huit mois de bicéphalisme. Et place désormais au travail !

Maintenant que vous êtes à la tête d’un bureau de 16 membres, que comptez-vous entreprendre pour la réconciliation et l’unification au sein de la grande famille des directeurs de publication ?

Tout responsable associatif doit travailler à l’apaisement des cœurs et des esprits et au rassemblement de l’ensemble des membres de son organisation. En ma qualité de président de la faitière de la presse écrite malienne, je suis conscient de cet enjeu hautement utile dont la prise en compte contribuera de manière déterminante à faire des avancées majeures sur les chantiers que nous avons ouverts à notre arrivée.

Vous avez pu constater, dans mon discours de Président élu le 23 mars dernier, l’appel que j’ai lancé à l’ensemble de la presse nationale en l’occurrence la presse écrite autour des grands défis de notre secteur. Vous savez, le contexte actuel de notre pays exige que nous soyons ensemble malgré certaines divergences de vues. Ce qui est d’ailleurs inhérent à la vie collective. Aujourd’hui, l’Assep que j’ai l’insigne honneur de diriger est le plus grand patronat de la presse écrite, fort de plus de 200 directeurs de publication. Pour toutes les initiatives que nous prenons, mon bureau et moi-même faisons en sorte que tous les directeurs de publication soient pris en compte et que leurs intérêts soient préservés.

Je reste convaincu que cette nouvelle gouvernance, que nous sommes en train d’imprimer progressivement au niveau de l’Assep, permettra de ressusciter l’espoir chez les directeurs de publication.

Monsieur le Président, la presse écrite malienne est confrontée, depuis un certain temps, à des procès. Nous avons vu des cas comme celui de “Le Pays” contre la Cour constitutionnelle et récemment “Le Point” et “Mali-Horizon” attaqués par l’ex Pdg de la Pharmacie Populaire du Mali.

Que pensez-vous de ces procès ? Et que comptez-vous entreprendre pour éviter d’autres ?

Votre constat est pertinent. Depuis quelques temps, des plaintes se font régulières contre certains journaux.  Je pense que le Mali est un État de droit. Et déposer une plainte contre un citoyen ou une structure relève du fonctionnement normal de la vie publique. Mais je dois rappeler que l’un des objectifs fondamentaux de notre association est de travailler à préserver la liberté d’expression et de presse. Toute tentative de musellement de la presse, suscite notre réaction. C’est un principe sacro-saint pour nous d’apporter un soutien ferme à tout directeur de publication attaqué en justice à cause d’un article. Nous nous battons pour barrer la route aux intimidations ou tout procédé qui consiste à faire taire sur les dysfonctionnements de notre société. Cependant, nous sommes conscients des efforts à consentir pour faire en sorte que notre métier se professionnalise davantage. Nous y travaillons tous les jours en interpellant certaines pratiques et par le renforcement des capacités de nos membres de manière à éviter un certain type de traitement qui souvent peut être dangereux non seulement pour l’organe de presse, mais également pour le pays. Nous sommes des citoyens maliens et nous devons travailler à la construction du pays et non le contraire.

Les journaux maliens se débattent dans des difficultés de tout ordre. Que comptez-vous faire pour alléger les difficultés les journaux ? Que pensez-vous de la subvention que l’Etat accorde aux organes médiatiques ? Et quelles stratégies comptez-vous mettre en place pour exiger son augmentation, tel qu’on le voit dans certains pays de la sous-région où l’aide s’élève à des milliards de Fcfa ?

Aujourd’hui, il est impérieux d’améliorer les conditions de travail de la presse au Mali. Ces contraintes ont surtout trait aux conditions économiques difficiles dans lesquelles les journaux exercent aujourd’hui. Une amélioration de ces conditions impactera positivement sur toute la chaine. Nous nous battrons auprès de l’État et d’autres partenaires afin que ce soit le cas. La presse est un pilier de la démocratie et un indicateur clé pour juger de son état. C’est pourquoi, le financement public accordé à la presse par l’État doit être revu très à la hausse et indexé au budget national. Le Mali est la troisième économie de l’Uemoa et il n’est pas normal qu’il traine les pas derrière des pays qui font moins de performance économique. Ceci est un combat que nous allons mener et un plaidoyer que nous porterons au plus haut niveau de manière à ce que la pertinence soit reconnue et que les dispositions pratiques suivent pour le bonheur de la presse malienne et la consolidation de la démocratie dans notre cher pays.

Parlez-nous des perspectives de l’Assep ?

En termes de perspectives, il faut dire que nous prévoyons de réaliser, dans les meilleurs délais, une série d’activités diverses. La relecture des textes de notre association s’impose avec les évolutions que nous avons connues ces dernières années. Il y a donc un toilettage à faire de sorte que les documents qui nous régissent soient adaptés aux nouvelles réalités. Ce travail a déjà commencé et connaîtra son épilogue bientôt. Le projet “Une vie, une expérience” permettra à la jeune génération de directeurs de publication de bénéficier des conseils pratiques de leurs aînés. Toute chose qui participera aux efforts de professionnalisation des pratiques du métier et de prévenir certaines erreurs imputables souvent au manque d’expériences.

L’excellence sera reconnue et primée désormais avec l’Assep, à travers la distinction des meilleures plumes. Au regard des contraintes liées à l’impression des journaux, nous envisageons d’opérationnaliser la centrale d’achats pour le soulagement des organes de presse. Bref, nous avons tout un plan d’action dont la mise en œuvre, soutenue par les différents partenaires, permettra d’avoir une meilleure qualité de la presse écrite au Mali.

Réalisé par Siaka DOUMBIA

 

Source: Aujourd’hui-Mali

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