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Une transition longue et à hauts risques

C’est officiel: le Mali est parti pour une Transition de 42 mois. Les 18 mois écoulés entre septembre 2020 et mars 2022 auxquels s’ajoutent désormais 24 mois au titre de la prorogation validée par les Assises nationales de la refondation de l’Etat (ANR) tenues d’octobre à fin décembre 2021.

 

Convoqué jeudi 21 avril dernier en Question d’actualité devant le Conseil National de la Transition (CNT) sur le bilan de son Plan d’action gouvernemental (PAG) en dix mois d’application, le Premier ministre Choguel Maïga a levé toute ambiguïté à cet égard. « A partir de cet instant nous engageons le processus de mise en œuvre de tout le plan de la Transition pour les deux ans qui ont été retenus par le président de la Transition  » a-t-il lancé en réponse aux nombreuses interpellations dont il a fait l’objet relativement à l’état d’avancement des discussions avec la CEDEAO, lesquelles buttent précisément sur la durée de la prorogation de la Transition. La dernière proposition de l’organisation ouest africaine, après implication de l’Union africaine (UA) étant de 16 mois alors que Bamako estimait avoir fourni un gros effort en ramenant son offre initiale de cinq ans soit 60 mois à deux ans soit 24 mois.

Le chef du gouvernement de Transition, qui a expliqué le retard pris dans la progression du processus électoral en partie par l’obstination du président Assimi Goïta à rechercher un accord avec la CEDEAO sur cette question centrale, a laissé entendre que les 24 mois, concédés à l’initiative du même Goïta, lors du dernier séjour à Bamako du médiateur Goodluck Jonathan, en mars, sont incompressibles. Car constituant, à l’entendre, « un minimum  » pour l’accomplissement des conditions incontournables pour la tenue des élections à savoir la rédaction et l’adoption par référendum d’une nouvelle Constitution, l’opérationnalisation de l’organe unique de gestion des élections, la révision et l’adoption des textes régissant le processus électoral, le débat sur le format de la tenue des élections. Auxquels il faut ajouter l’amélioration progressive de la sécurité, l’accélération du DDR, le redéploiement de l’administration et des services sociaux de base, le retour des déplacés et des réfugiés, le parachèvement de la réorganisation territoriale.

Ces conditions n’ont pas seulement le défaut d’être nombreuses, elles sont en plus difficilement réalisables. Quelques exemples. La réorganisation territoriale est en arrêt prolongé après un démarrage houleux, par endroits ponctué de violence meurtrière (cas de Ibrahim Ould Sidaty, signataire de l’accord pour la paix au compte de la CMA, assassiné à Bamako en avril 2021); le processus DDR s’enlise : 13 000 ex-combattants devaient être intégrés dans les FAMa avant fin 2021, il n’en a rien été, 13 000 autres sont annoncés pour  » les deux ou trois années à venir « , on peut toujours espérer; la sécurisation du territoire se présente comme un défi permanent, rendant aléatoires le déploiement de l’administration et des services sociaux de base, le retour des déplacés et des réfugiés, voire la tenue du référendum. Quant au débat sur le format de la tenue des élections, il reviendrait à ouvrir la boîte de Pandore.

Avec pareil champ de mines à traverser, la tenue des élections, même dans les deux ans finalement retenus, relèverait des miracles des Saintes Écritures.

Pour compliquer davantage la situation, ces deux années supplémentaires n’auront probablement pas l’onction de la CEDEAO si elles ne seront pas perçues par elle comme un intolérable affront. Ce qui laisserait la voie libre au maintien de ses sanctions économiques et financières, soutenues par les principaux bailleurs internationaux (Etats et Organisations). Cela dans un contexte de pénurie alimentaire et de hausse généralisée des prix à l’échelle mondiale, lié à la guerre russo-ukrainienne dont des spécialistes prévoient qu’elle durera beaucoup plus longtemps que prévu. C’est dire la mauvaise passe où se trouve le Mali.

Face aux membres du CNT, Choguel Maïga a prôné le sacrifice à ses concitoyens, rappelant qu’il est le prix à payer pour remettre le pays sur pied. Ce qu’il faudrait d’urgence, c’est réduire le nombre des conditions à satisfaire pour aller aux élections dans un délai supportable pour les Maliens et acceptable par la communauté internationale.

Saouti HAIDARA

Source: l’Indépendant

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