
Il parait que l’état de catastrophe nationale a conduit à l’activation de la composante 6 du Projet de Résilience Urbaine de Bamako PRUBA (Contingence Emergency Reponse Conpomet CERC) qui consiste ‘‘à mobiliser plus de 43 milliards de FCFA pour financer les dépenses d’intervention d’urgences et soutenir les opérations rapides d’intervention du gouvernement après les catastrophes’’.
Depuis, peu, toute la République est devenue distributrice de kits alimentaires, en d’autres termes, agence humanitaire dans un pays où tout le monde meurt de faim… ? Pardon, on va dire beaucoup. An ka Sabali doni ! Ces séances publiques de distribution de vivres qui font apparaitre notre peuple comme ‘‘sinistré’’ incapable de résistance et de résilience qui est obligé devant des caméras de mendier sa pitance, sont affligeantes, humiliantes et indignes du grand peuple du Mali.
C’est vrai que les inondations cette année ont fait des ‘‘populations sinistrées’’, et partout au Mali et surtout ailleurs aussi. Ces populations dans la détresse et le dénuement le plus complet ont besoin d’aide et d’assistance, mais surtout de respect de leur dignité et de leur honneur. Beaucoup veulent bien de l’aide, mais surement pas devant les caméras.
Mais, il n’est pas dans nos traditions d’exhiber les victimes quand on les aide, de les exposer à la lumière et la clameur populaire. Autrefois, on aidait les victimes dans le plus grand secret pour préserver leur intimité, leur dignité et leur honneur, sans tambour ni trompette.
Nos ancêtres avaient pour cela désigné quelqu’un chargé d’aider les nécessiteux dans la plus grande discrétion. Ce dernier était généralement établi en dehors du village. Donc, ceux qui étaient dans le besoin se rendaient nuitamment chez lui pour coïncider avec le dîner (‘‘Niaxame’’ ; Niaxamara (là où on dine), en langue soninké. Notons qu’en linguistique, le l et r ont la même valeur. Donc Niaxamara et Niaxamara, designent la même chose : lieu où on dîne). Et celui qui s’occupait de cette noble tâche humanitaire indispensable dans la société a fini par être appelé Niawamara qui a donné aujourd’hui Niamakala, une déformation linguistique du ‘‘xa’’ (kh) en ‘‘Ka’’ malinké et bamanan.
Cet hôte des lieux ne demandait à aucun de ses convives la raison de sa venue, mais il aide chacun lorsqu’il rentrait en lui donnant de quoi s’occuper de sa famille, dans la plus grande discrétion.
Mais aujourd’hui, on aide les populations démunies que devant les caméras.
PAR SIKOU BAH
Source : Info Matin