La gestion de la Compagnie Malienne des Textiles (COMATEX) fait l’objet d’un rapport explosif du Bureau du Vérificateur Général (BVG) du Mali. L’audit financier et de conformité portant sur les exercices 2023 et 2024 met en lumière de graves irrégularités administratives et financières, révélant des pratiques douteuses et une gestion déficiente qui compromettent l’avenir de cette entreprise stratégique pour l’industrie textile malienne.
Un contexte difficile pour une industrie essentielle
Bamada.net-Créée en 1968 pour dynamiser l’industrie textile et soutenir la filière cotonnière, la COMATEX a connu des années fastes avant de sombrer dans une crise aiguë depuis les années 2010. Fermée en 2020 pour cause d’insolvabilité, elle a été relancée en 2023 grâce à un soutien financier de l’État malien à hauteur de 922 millions de FCFA. Toutefois, malgré cet appui, les difficultés financières persistent. En 2023, la société a enregistré une perte de plus de 300 millions de FCFA, les charges d’exploitation étant principalement absorbées par les coûts élevés de l’énergie, représentant plus de 80% des dépenses.
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Une gestion administrative entachée d’irrégularités
L’audit du BVG met en évidence plusieurs défaillances dans la gouvernance de la COMATEX :
- Double immatriculation de l’entreprise : Le ministère de l’Industrie et du Commerce a irrégulièrement constitué une nouvelle COMATEX SA, alors que l’ancienne entité existait toujours sans avoir été liquidée ni radiée du registre du commerce.
- Absence de comité de gestion : Alors que les statuts de l’entreprise prévoient un comité de gestion pour associer les travailleurs à l’administration de la société, celui-ci n’a jamais été mis en place.
- Dysfonctionnements du Conseil d’Administration : L’absence d’un règlement intérieur et d’un registre de délibérations prive l’instance dirigeante de toute traçabilité et d’un cadre de fonctionnement clair.
- Procédures comptables non respectées : Les achats ne sont pas enregistrés à la bonne période, et la gestion des stocks se fait en violation des règles comptables de l’OHADA.
- Audit interne compromis : Le chef du service audit interne est rattaché directement à la direction générale, compromettant ainsi son indépendance.
Des irrégularités financières préoccupantes
Les détournements et fraudes financières relevés par le rapport du BVG sont tout aussi alarmants :
- Détournement de revenus issus de la vente des déchets d’usine et de ferrailles : Sur un montant total de 31,9 millions de FCFA issus de ces ventes, seuls 11,6 millions de FCFA ont été reversés sur le compte bancaire de l’entreprise, laissant un écart de 20,3 millions de FCFA non justifié.
- Paiement irrégulier des indemnités des administrateurs : Les administrateurs ont perçu un montant de 13,5 millions de FCFA en indemnités de fonction, au lieu des 9 millions de FCFA autorisés, générant un écart indu de 4,5 millions de FCFA.
- Non-retenue des impôts sur les rémunérations des administrateurs : Le Directeur Général et le Chef des Opérations Financières n’ont pas retenu l’Impôt sur les Revenus des Valeurs Mobilières (IRVM) sur 38,2 millions de FCFA versés aux administrateurs, ce qui représente un manque à gagner de 6,6 millions de FCFA pour le Trésor public.
- Non-retenue de l’Impôt sur les Bénéfices Industriels et Commerciaux (IBIC) : Des paiements ont été effectués sur 71 factures fournisseurs sans numéro d’identification fiscale, entraînant une perte fiscale de 10,9 millions de FCFA.
Des sanctions et des recommandations pour redresser la situation
Face à ces constats accablants, le Vérificateur Général a saisi la Section des Comptes de la Cour Suprême et le Pôle National Économique et Financier. Des poursuites pourraient être engagées contre les responsables de ces malversations.
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Par ailleurs, le rapport du BVG recommande plusieurs actions pour redresser la COMATEX :
- Régulariser la création de l’entreprise afin d’éviter les conflits juridiques.
- Mettre en place un comité de gestion et adopter un règlement intérieur du Conseil d’Administration.
- Renforcer l’audit interne en garantissant son indépendance.
- Rétablir les principes comptables en enregistrant correctement les transactions et en mettant à jour les procédures internes.
- Appliquer strictement les règles fiscales pour éviter toute nouvelle perte pour l’État.
Quel avenir pour la COMATEX ?
Alors que l’industrie textile représente un secteur clé pour l’économie malienne, la mauvaise gestion de la COMATEX illustre les défis structurels qui freinent son développement. Entre corruption, manque de transparence et absence de contrôle rigoureux, l’entreprise peine à retrouver son lustre d’antan.
Le rapport du BVG constitue une opportunité pour le gouvernement malien de prendre des mesures correctives fermes afin d’assurer la viabilité de cette société stratégique. L’avenir de milliers d’emplois en dépend, ainsi que la place du Mali dans l’industrie textile régionale.
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Moussa Keita
Source: Bamada.net