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Lettre ouverte de l’ancien ministre Lanceni Balla Keita au président de la république

Après une première lettre à l’attention du Président de la République Ibrahim Boubacar Keita, faisant cas  de ses profonds regrets suite aux récentes nominations aux Aéroports du Mali et à l’Autorité Routière, l’ancien Ministre Lanceni Balla Keita remet encore le pied dans le plat. Avec la même détermination et l’envie obstinée d’en savoir davantage, selon lui,  sur les réelles motivations du président de la république IBK pour qu’il soit ainsi traité, l’homme, dans une ire orageuse et une meurtrissure étouffante ne manque pas, au passage, de faire des révélations plus que troublantes.

ibrahim boubacar keita ibk

Monsieur le Président, une dizaine de jours après ma première lettre ouverte, je reviens vous réitérer ma demande de publication du rapport de la commission en charge de l’évaluation des candidatures au poste du Directeur Général de l’Autorité Routière et celui des Aéroports du Mali. Je constate qu’en dehors des critères contenus dans les termes de référence, vous vous êtes servi de deux autres critères pour faire les nominations aux postes de Directeur Général de l’Autorité Routière et de Président Directeur Général des Aéroports du Mali, qui ne figurait pas dans les dits termes de références, à savoir :

1) Etre militant du Parti Rassemblement Pour le Mali (RPM)

2) Etre une proche relation du Président IBK. Parlant de ces critères, je les trouve injustifiés si ce n’est une volonté manifeste d’empêcher ma nomination au poste de Directeur Général de l’Autorité Routière : Concernant le premier critère, j’ai été l’un des acteurs principaux de la création du RPM après votre départ de la primature. Toutes les premières copies du texte explicatif de la création du Mouvement ‘’Alternative 2002’’ ont été faites à ma charge. Avec mes moyens modestes, j’ai pu faire des milliers de copies qui ont été distribuées à travers le Mali pour expliquer le bien fondé de votre combat au peuple Malien.

Ensuite survint la création du RPM le 30 juin 2001 au Stade Modibo KEITA. Je me rappelle encore de quelques phrases de votre discours magistral lors de la clôture du congrès constitutif à savoir : ‘’Nous ne sommes donc pas ici par souci de nous-mêmes. Y sommes-nous pour créer les conditions de prise en compte effective de la vox populi ? Assurément oui ! Croyons-nous aux hommes providentiels ? Certainement pas ! Mais au rôle que des hommes peuvent jouer, en raison de contextes particuliers, à des moments précis de l’histoire de leur peuple.’’ Un slogan rassembleur certainement à l’époque. Egalement la quintessence du discours du Président du Groupe Parlementaire des Indépendants en la personne de l’honorable Pr. Koungarma KODIO est resté en mémoire à travers quelques paragraphes, à savoir : ‘’Le vaste mouvement des Alternatives et des Clubs de Soutien à IBK qui a abouti à ce jour mémorable que nous vivons aujourd’hui est né du constat de divorce avec les valeurs qu’incarne notre peuple et qui ont toujours fait sa fierté, à savoir : la dignité, la probité morale, l’amour du travail, le respect de la personne humaine, etc. … A partir du moment où ces valeurs cardinales ne sont pas respectées, il appartient à chacun de prendre sa responsabilité devant l’histoire et le peuple.

Nous, militants du mouvement Alternative 2002, avons opté pour le respect, la défense et la sauvegarde de ces valeurs à travers lesquelles notre peuple se reconnaît en disant non à leur négation.

Il ne nous semble pas possible de choisir une autre voie. Nous avons souhaité l’émergence d’une nouvelle Société qui rassemble le peuple malien et qui incarne ces valeurs.’’

Cher grand frère, de cette date à votre élection à la Présidence de la République du Mali, ces valeurs en vous étaient une réalité, mais de nos jours, je me pose sincèrement la question de savoir si j’ai à faire à la même personne ? Cela m’amène à me poser la question de savoir si on peut être à la fois grand politicien et homme honnête ? Ce débat ne date pas d’aujourd’hui dans le milieu politique. Certains, les plus optimistes, disent que c’est possible, tandis que les pessimistes disent le contraire.

Pour la petite histoire, j’ai lu dans le livre de Dale Carnegie ‘’Comment se faire des amis. ’’ Sur une pierre tombale, il était une fois écrit ceci : ci-gît  ‘’Monsieur DURAND LE JEUX, Grand homme politique et honnête homme’’ Un homme de passage à côté de la tombe s’est posé la question de savoir s’il n’y avait pas deux hommes dans cette tombe, parce qu’on ne peut pas, selon lui, être grand homme politique et honnête à la fois.’’ Cher grand frère, après un tel ‘’coup’’ contre votre jeune frère, êtes-vous encore l’homme que j’ai fréquenté pendant des années, trempé dans un honneur, une dignité de haute portée, une valeur morale à toutes épreuves ?

Je me pose également la même question que l’homme cité ci-dessus parce que, en politique la vérité et le mensonge ont tété à la même mamelle.                           Cher grand frère, en 2001, pour la création du RPM, lorsque je venais à votre secours, victime d’Alpha Oumar KONARE, nous nous sommes retrouvés dans le cas de la Fable de ‘’L’aveugle et le Paralytique’’ de Floran : à savoir ‘’Un individu isolé dans l’obscurité peut avoir peur, mais s’ils sont cent, cela change tout. Dans ce cas, on voit que l’addition des ‘’peurs’’ engendre le courage collectif’’. On peut encore l’exprimer sous forme de loi psychologique en ces termes : ‘’Si à l’échelle individuelle, la ‘’peur’’ dépasse le ‘’courage’’, à l’échelle collective la somme des ‘’courages’’ dépasse la somme des ‘’peurs’’.

Je crois que c’est cette idée qui est la base fondamentale de la création du RPM, pour laquelle d’ailleurs, vous aviez une peur bleue au début.

Ce n’est que lorsque trente deux Honorables Députés se sont joints au mouvement que vous avez commencé à avoir foi en notre projet.       Cela veut dire quoi ?  Cela veut dire que ma peur additionnée à la votre et à celles d’autres anonymes vous ont donné le courage d’aller à la création du RPM. Malheureusement, aujourd’hui, je suis l’élément à abattre par le fait que j’ai quitté le RPM lorsque j’ai douté de votre capacité à gérer les militants et les structures du parti.            Le RPM seul peut-il construire le Mali ? Si cela était possible, l’ADEMA-PASJ l’aurait fait avant, parce que l’ADEMA est le parti des grands cadres qui ont fait leurs preuves dans différents contextes.

Afin de rafraichir votre mémoire, retardons-nous sur quelques détails intéressants qui servent encore de point de repère pour moi dans la création du RPM.

Au moment où l’Alternative 2002 naissait, il y avait des mouvements initiés par vos adversaires politiques de l’époque pour vous déloger de la Présidence du Parti. Pendant tout ce temps, je suis resté l’un des deux fidèles compagnons, toujours à vos côtés, souvent à des moments tardifs les nuits, autour de quelques bouteilles de VIN d’appellation AO-VDQS, termes que j’ignorais totalement. Vous m’avez développé ce que voulait dire ces termes AO-VDQS : Appellation d’Origine – Vin Délimité de Qualité Supérieure. Cependant, il faut reconnaitre qu’au cours de ces instants de solitude animés par des dégustations de vin, j’ai beaucoup appris sur le vin à vos côtés.       C’est ainsi que vous m’avez fait savoir que la France est le premier pays exportateur de vin en Europe, devant l’Espagne.

Que la France est le premier pays producteur, avec l’Italie, et en plus que ces deux pays sont les premiers consommateurs de vin en Europe.

J’ai également appris avec vous que les Français préfèrent le vin rouge (58% des achats) suivi du vin blanc (23% des achats) et du vin rosé (19% des achats) J’ai été totalement émerveillé à l’époque par vos connaissances sur le vin, qu’une fois arrivé à la maison, pour ne pas oublier l’essentiel, je l’ai tout de suite écrit dans un bloc note que j’ai encore avec moi.

Je me souviens de ces leçons sur le vin, comme si c’était hier sous le grand manguier de la cour à Sébénikoro.

Vous nous avez appris par exemple que le Vin AO-VDQS était approximativement au nombre de 400 et provenait des terroirs les plus prestigieux.      Très souvent autour du vin, vous aimiez paraphraser le poète Alfred de Musset en disant ceci : ‘’Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’inverse’’. Vos causeries sur le vin m’ont permis de comprendre que le vin ne se boit pas dans n’importe quel verre. Que les vins de table, rouges ou blancs sont servis dans des verres à pied dont la forme varie selon l’origine du vin. Aussi j’ai  appris en ces instants de solitude à vos côtés que le champagne se boit dans une coupe ou dans une flûte, et que l’étiquette collée sur la bouteille de vin est sa carte de visite, elle apporte des informations utiles et légales (origine géographique, l’identité du metteur en bouteille, le titre alcoolique par exemple, etc. …)

Que les vins blancs  d’Alsace sont souvent servis dans un petit verre ballon, au pied fin et vert qui donne des reflets au vin et accentue l’impression de fraicheur.Que le vin rouge doit être servi chambré, c’est-à-dire à la température ambiante de la pièce dans laquelle il est servi. Par contre, que le vin blanc et le vin rosé doivent être servis frais. Le type de vin qu’on avait généralement sur notre petite table basse, c’était le Bordeaux ‘Terres Douces.’’       Vous m’avez également conseillé de ne jamais mettre de glaçons dans un bon vin.Ces instants nous ont permis à l’époque de savoir aussi que pour déguster un fromage dans les meilleures conditions, il ne fallait pas le mettre au réfrigérateur et qu’il est généralement servi avec du pain et du vin rouge.

Toutes ces leçons se faisaient entre une gorgée de vin, une bouffée de cigare de marque ‘’HAVANA’’ et des médisances à l’endroit de  Alpha Oumar KONARE qui nous avait tous limogés de nos postes respectifs. Notre devise était pratiquement ‘’Prolétaires de tous pays unissez-vous.’’ Je donne toutes ces informations pour vous rappeler, cher grand-frère, que j’ai été au commencement du RPM, pendant au moins 3 ans. Ce que vous semblez superbement oublier ou ignorer aujourd’hui. Tous ces efforts ne peuvent se retrouver dans le compte pertes et profits parce que vous êtes le décideur suprême aujourd’hui.

J’aurai pu tenir sécrètes toutes ces informations, mais puisque vous voulez me dénier toute responsabilité dans la création du RPM en m’écartant d’un poste auquel j’avais droit, alors, un rappel est obligatoire dans de tel cas pour rafraichir les mémoires. L’histoire du RPM est tellement récente qu’on ne doit pas la falsifier. Les autres acteurs sont encore vivants, ceux-ci sont des témoins de cette belle époque. Votre fréquentation à cette époque était tellement crainte qu’on pouvait compter du bout des doigts d’une seule main les cadres maliens, excepté les Députés, qui se faisaient voir dans votre cour à Sébénikoro.Je fais partie de ces cadres qui ont bravé toutes les menaces exhibées à l’époque contre vous à cause de votre fréquentation.

Vous le savez comme moi, TRETA qui est le maître d’œuvre du limogeage des cadres des autres partis de la majorité n’est venu ouvertement au RPM que tout juste à la veille du Congrès Constitutif du 30 juin 2001. Il avait craint le bâton exhibé par Alpha Oumar KONARE à l’époque par rapport à sa gestion de la CAMOPA. Il est donc resté pendant longtemps dans une position floue entre Alpha et vous IBK. Comme dans l’ancien régime socialiste de l’Union Soviétique d’antan, Treta est le monsieur ‘’SOUSLOV’’- l’idéologue- du RPM, tête pensante pour l’établissement d’une liste de 500 cadres devant quitter  leurs postes au profit des cadres RPM.

Autre fait important, lorsque vous avez senti votre limogeage de la Présidence de l’ADEMA-PASJ, à la veille du Congrès Extraordinaire, je faisais partie du cercle restreint de cadres qui ont donné leur avis sur votre lettre de démission. A l’époque vous aviez deux lettres en poche (une au cas où vous restez à la tête de l’ADEMA-PASJ, l’autre était celle de la démission dans le pire des cas). Se sont des moments qu’on a vécu ensemble pour vous soutenir et vous aider à laver l’affront de vos adversaires politiques, à commencer par Alpha Oumar Konaré.

Rappelez-vous de ces actes, non pas pour récompenser mais tout simplement nous faire accéder à nos droits.

Concernant le deuxième critère, à savoir être un proche de IBK,  et utilisé désormais à Koulouba lors de la nomination des cadres, je l’ai été depuis 1994 lorsqu’on causait à trois dans le bureau du Directeur Général de l’AGETIPE, quand vous étiez Premier Ministre, pendant vos heures de détente.

Cher grand frère, rappelez-vous, en 2000 et 2001, également de nos quelques sorties nocturnes à partir de 2H du matin jusqu’à 5H du matin dans les environs de Bamako, après votre départ de la Primature pour bien cerner les chances de réussite du RPM et éviter les pièges tendus par Alpha Oumar Konaré.

C’est dans des conditions difficiles que survint la transformation de l’Alternative 2002 en Parti politique.

Cher grand-frère, Henri FAYOL, considéré comme le père de l’école classique du management et dont le travail a été repris dans les années 30 par la plupart des théoriciens dont Mayo, sur l’importance des ressources humaines, a établi que l’autorité est dans la fonction et non dans l’individu. On distingue dans un chef, l’autorité statutaire qui tient à la fonction et l’autorité personnelle faite d’intelligence, de savoirs, d’expérience, de valeurs morales, de dons de commandement, de services rendus, etc.

Cher grand-frère, avez-vous encore toutes ces qualités en votre homme comme c’était le cas de 1994 à 2000 ? Pour faire un bon chef, il faut bien que l’autorité personnelle soit le complément indispensable de l’autorité statutaire.

Après avoir lu ces explications, pensez-vous réellement que les deux critères ajoutés aux termes de référence de l’Appel à Candidature à Koulouba me concernaient, si ce n’est la volonté délibérée de nuire à un jeune frère qui ne se laisse pas marcher sur les pieds ? Dieu vous a totalement gratifié en 2013 en vous offrant le titre de Président de la République. Cela devrait être pour vous une occasion de pardonner à tous vos compagnons d’infortune, et par ce grand acte de pardon, rendre grâce à Dieu. En me trahissant de la sorte, vous semblez ne pas reconnaitre les biens faits de Dieu. Cela veut dire que si vous aviez les moyens nécessaires, même Alpha Oumar Konaré avec lequel vous venez de fumer le calumet de la paix n’aurait pas pu échapper à votre courroux. Par conséquent, Alpha Oumar Konaré doit donc rester sur ses gardes et tirer les leçons de ce que vous venez de me faire.

Nos relations semblent être donc à l’image de ce proverbe qui dit que ‘’Lorsque les béliers en se battant se tournent le dos, cela ne voudrait pas dire que la bagarre est terminée, loin de là. C’est par effets de surprise qu’ils réagissent désormais.’’

Toutes les gaffes de surfacturation dans les achats de l’avion présidentiel, des fournitures militaires, et les sanctions prises contre votre gouvernance m’ont fait honte. Votre échec est le mien, car j’étais là au départ en 2000 pour diffuser vos valeurs d’homme d’Etat, d’intégrité morale et de patriote convaincu. Malheureusement, pour le moment, les fruits n’ont pas tenu la promesse des fleurs, vous avez besoin de tous les cadres du Mali pour le relever, car ceux du RPM seuls ne pourront pas.

Mon souhait n’était pas de révéler cette face cachée de notre fréquentation. J’avais décidé de la garder sécrète jusque dans ma tombe, quelques soient nos rapports. Malheureusement, la trahison dont je viens d’être victime de votre part a eu raison de ma détermination à garder secret ce pan de notre vie politique.

N’est-ce pas que le proverbe bamanan qui dit que ‘’Lorsqu’on coince trop la chèvre, elle finit par mordre, chose qui ne fait pas partie de ses habitudes  courantes’’ sied  bien à cette situation créée  volontairement par vous pour me nuire ?

Cher grand-frère, j’attendrai encore s’il le faut pendant quelques jours, même plus d’une semaine pour voir le dit rapport publié dans le journal à ma demande, pour prouver aux Maliens que  j’avais tort de vous taxer de cette façon.

J’ai beaucoup d’arguments qui prouvent que j’étais au cœur de l’avènement du RPM de 2000 à 2003 et je ne mérite pas d’être traité de la sorte par vos soins.

Je vous prie de croire Monsieur le Président de la République à l’expression de ma très haute et fraternelle considération.

Lanceni Balla KEITA

Ancien Ministre

Ancien Député à Assemblée Nationale du Mali

Ancien Député au Parlement Panafricain

Militant de l’ADEMA-PASJ

Officier de l’Ordre     National du Mali

source : Pretoire

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