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Le Mali sous IBK : Six ans après l’état de la nation !

Le Mali qui est réduit à une existence douloureuse avec la parenthèse IBK venue conspuer les nombreuses chances de notre pays, n’en finit pas d’égrener ses morts et ses destructions. Le  dialogue national mort-né, est depuis devenu une stratégie de sa propre légitimation, voire une opération pour sa de survie politique ratée. Le DNI s’est en vérité transformé en un déni de réalité, dans lequel, seules les préoccupations de l’étranger et des forces hostiles au pays n’ont été prises qu’en compte. Le dialogue social y a été éconduit, la crise sociale n’en sort que renforcée, ainsi que l’illustrent la situation de l’école et des hôpitaux publics.

En 2016 dans cette chronique, il avait été traité de « L’Etat Azawad, l’imposture en marche », l’étape qui sera franchie cette semaine  avec l’arrivée de la prétendue « armée reconstituée » à Kidal et qui n’est en fait que la reconstitution légale de l’armée rebelle, sans désarmer les groupes rebelles qui fournissent le gros des troupes terroriste,  est  non seulement le début de la partition du Mali, mais  une étape majeure de la ruine de l’Etat.

Ainsi, devant l’impuissance  feinte du régime qui a conduit dans l’impasse par la signature de l’Accord d’Alger 2015, les variables cachés au peuple, l’assujettissement à l’ordre étranger et la démolition de son pays, sont en œuvre. Le pays s’est davantage affaibli et menace la Nation de déconstruction.

Le pouvoir IBK, n’a jamais eu la bonne lecture de la situation de notre pays dans cette crise. A-t-il d’ailleurs été porté au pouvoir pour ce faire ?

Principal  garant de l’Accord, l’Algérie est en retrait depuis la crise qui a débouché sur  la démission forcée du président Abdelaziz Bouteflika. Ce qui a donné à la politique  française plus de marge de manœuvre dans la zone, le Sommet de Pau en a été une des illustrations.

Mais, il y a fort à parier que  le retour progressif à la normalité dans ce pays pourrait  remettre Iyad Aghali en selle et rassurer davantage son homme de main dans la profondeur stratégique du djihadisme maghrébin dans les régions centre du Mali rendant tout dialogue avec l’un ou l’autre hypothétique. Les récentes déclarations attribuées à Iyad Aghali confirment pour tous ceux qui en doutaient les liens structurels entre le chef terroriste et les rebelles de la CMA. Il est resté l’invariant de la rébellion au Mali et du terrorisme dans le Sahel. Ses lieutenants sont restés les enfants gâtés de la république et les seuls interlocuteurs de l’Etat.  Pour quels résultats ?

C’est dire que  le véritable interlocuteur et véritable soutien des Etats du Sahel n’est pas la France, mais bien l’Algérie. Il est affligeant que personne en Afrique ne veut intégrer cette donnée pour la solution.

L’Algérie défend son périmètre dans l’espace sahélo-saharien, elle sent la présence française, comme tout autre Etat à sa place, comme une menace à sa souveraineté. La guerre du terrorisme se passe  en partie au Mali par procuration. Que diable, la France le sait pourquoi pas nous ? Il nous faut changer de grille de lecture et d’analyse de la crise multidimensionnelle que nous vivons.

Mais, de l’état de la nation, plutôt que de la réflexion, un pouvoir bouffon et narcissique entretient le chaos, conforte les intérêts étrangers, renforce les réseaux qui structurent le narco-Etat qu’est devenu le Mali.

Le Mali est menacé…

Les discours sur la grandeur passée du Mali montrent paradoxalement l’insignifiance de la direction nationale du pays, ainsi que l’a si bien dit José Marti  la « grandeur des chefs n’est pas dans leur personne, mais dans la mesure où ils servent la grandeur de leur peuple ».

De l’état de la nation ? Tous les analystes et observateurs de notre pays, remarquent et peuvent  même le toucher des mains que devant l’épuisement de l’élan démocratique, un vent de repli identitaire souffle sur le Mali.

Dans un pays comme le Mali où l’identification ethnique est le plus souvent artificielle, le pouvoir IBK y compris dans la dernière nomination du Premier ministre, a fait reposer la question de l’unité nationale sur les  promoteurs des identités spécifiques. Quelle imposture !

Résultat, du fait de l’Accord d’Alger, le conflit touareg continue d’infecter  le Mali, sous nos pieds tout se dérobent, les communautés se dressent les unes contre les autres, l’Etat ou ce qui ressemble à sa mue, détourne le regard au mieux, pire il  encourage ou provoque l’affrontement.

Du fait de l’absence organisée de l’Etat dans les territoires et les terroirs, tous  les orgueils communautaires sont chatouillés, les esprits chauvins se réveillent, les communautés ou régions contributrices dans le développement du pays, ne veulent plus subir en victime expiatoire, l’arrogance de quelques  groupes armés, d’où la pression sur la régionalisation.

La rébellion de 2006 a beaucoup inspiré ce mouvement, la signature de l’Accord d’Alger 2015 l’a consacré dans nos sociétés et surtout dans nos têtes.  De fait, la bête irrédentiste se cache derrière tous les prétextes possibles et suit sa marche inexorable, menaçant d’embrasser l’ensemble du pays. Le Mali est menacé dans ses fondements.

C’est l’anarchie en fanfare ! Le pays se défigure, le Mali figure désormais, en pole position mondiale des tueries de masses.

Ce chaos est entretenu par un Etat en faillite, invertébré et entretenant les conflits entre les communautés pour de raisons de sa propre survie politique. Ce que les élections présidentielles de 2018 ont largement démontré. Pendant ces élections, la CMA dans tout le nord et les milices communautaires dans le centre ont contrôlé au profit du candidat IBK, l’ensemble du scrutin.

Le pouvoir IBK, installé par la France après avoir déstabilisé le Mali en 2012, est incapable de rassembler les Maliens.  Inapte à toute forme de production d’idées afin de donner une boussole à la nation, il a utilisé plutôt, le chaos actuel pour faire de la lutte contre le terrorisme une ressource politique et de recettes financières au sens propres comme au figuré. L’illustration parfaite est donnée par l’affaire l’achat des équipements militaire, des hélicoptères cloués et des Super TUCANO non opérationnels…

Alors vint, le temps des clercs, véritables griots de fonction dans la nouvelle architecture de la  partition du pays.

Condorcet  disait à juste titre que « toute société qui n’est pas éclairée par des philosophes est trompée par des charlatans ».

Ceux des politiques ou de ladite société civile qui s’agitent  dans  cette architecture  mise en place pour la  partition notre pays, agissent en véritables crapules. Ils ne méritent même pas le qualificatif  « d’idiots utiles » car cette qualification ne s’applique pas aux hommes et femmes qui servent sans y croire une politique ou une cause dans leur propre intérêt, pour de l’argent, la notoriété ou le pouvoir. « L’idiot utile » est sincère et croit à la cause dont il se fait l’avocat…

Nos Clercs quant à eux, sont utilisés dans la mise en œuvre de ce tableau fort complexe. Ils ont pour mission d’abrutir davantage le petit peuple avec le concours des esprits simples, des élites affairistes et des politiciens véreux ne répondant qu’à l’appel de leur ventre. Il en est ainsi  de tous ces gens qui ont troqué leur lucidité contre une misère de situation et de position politique.

L’illustration parfaite de la maxime de Condorcet  concernant la tromperie des charlatans, a été l’agitation autour de la foule des per diem pour atteste de la réussite du fameux DNI pour les esprits simples. Mais, les faits sont têtus l’autonomie à Kidal, conformément aux engagements de IBK avec la France et peut-être ses propres engagements avec la rébellion, est en marche.  L’armée reconstituée à 80% des effectifs de la rébellion, n’est pas les FAMAs, ne conforte pas la présence du Mali à Kidal.

Il nous faut être clair sur ce point, le dire pour ceux qui veulent comprendre pour mieux défendre le Mali et pour la postérité.  Dans ce débat pour le Mali, le sort des esprits simples, des cadres affairistes et des politiciens véreux  qui ne répondent qu’à l’appel de leur ventre et s’extasient devant l’imposture,  importe peu.

Il nous  faut répondre à l’attente de ceux qui pressent depuis des années, de proposer de meilleures  analyses et de constats pour la compréhension de l’état de la Nation. Cela permet de se tenir loin de la mentalité de caste de fonction bourrée de niaiseries. On le voit,  c’est l’histoire de la sagesse chinoise du « doigt, la lune et les imbéciles ».

De l’état de la nation ? L’état d’esprit des Maliens se résume en deux mots : la lassitude et l’indignation.

Que peut-on espérer du Mali sous IBK en 2020 ? Les six  longues années  de ce règne ont consacré la continuité d’un immobilisme incroyable, de l’inertie politique et économique, de la détresse sociale et par-dessus tout la trahison du pays.

Souleymane Koné

Ancien Ambassadeur

 

Source : L’Aube

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