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Le Cherif Ousmane Madani HAIDARA sur la transition: ‘‘il nous faut des hommes dignes de confiance ‘‘

Dans une interview accordée à la ‘’Voix de l’Amérique’’ dans la nuit du samedi au dimanche 6 septembre 2020, le président du Haut conseil islamique du Mali (HCIM), le Cherif Ousmane Madani HAIDARA, guide spirituel de Ançar-dine International, s’est exprimé sur plusieurs sujets, parmi lesquels, la future transition, son bilan à la tête du HCIM, la crise scolaire et la situation sécuritaire du pays. Pour ce leader religieux, la transition doit être à mis profit pour mettre en place un dispositif qui puisse nous permettre de voter dans la transparence, de choisir des femmes et des hommes dignes de confiance pour conduire les destinées Mali. Pour la durée de la transition, il est sans apriori et estime qu’il faut prendre le temps nécessaire pour réussir cette transition qui doit nous permettre d’aller vers la refondation d’un État de droit. Nous vous proposons ici, la transcription libre de cette interview…

 

Nous avons contribué ensemble à la mise en place du Haut conseil islamique du Mali. J’ai été toujours présent dans le bureau du Haut conseil, depuis à sa création à nos jours. Il fut un moment où j’étais très chargé. Je n’avais pas le temps matériel pour participer pleinement aux activités du HCIM. Face à cette situation, j’ai rendu ma démission. Mais quand notre frère DICKO est devenu le président, il m’a demandé de rester dans le bureau. Je lui ai fait savoir que je ne pouvais pas assumer mes fonctions au sein du HCIM compte tenu de mes occupations. Malgré tout, il m’a demandé d’accepter de rester dans le bureau sans être obligé de prendre part à toutes les réunions. C’est de cette manière que je suis resté au sein du HCIM jusqu’à ce stade.

Je n’étais pas candidat
Un moment donné, ils ont annoncé le congrès. Parce que dans les statuts du HCIM, on doit quitter ses fonctions au bout de deux mandats. Notre frère a fait ses dix ans. Il y a plusieurs membres du HCIM, notamment mes partisans, qui m’ont demandé de présider aux destinées du HCIM. Mais face à cette sollicitation, j’ai tenu à rappeler mes contraintes. Mais ils n’étaient pas d’accord avec moi. On a eu beaucoup de discussions à ce sujet. Dieu est mon témoin, Lui qui va me demander des comptes après la mort ; je n’étais pas au courant qu’ils ont mis mon nom sur la liste des candidats. Alors que la clôture des dossiers était prévue pour minuit, on a demandé de déposer mes dossiers à 11 heures sans que je ne sois mis au courant. C’est Taha qui a mis mon nom sur cette liste de candidature au poste de président du HCIM. Après avoir écrit, il m’a informé. Je lui ai répondu qu’il m’a trahi. Mais Dieu a fait que les membres du HCIM, contrairement à la procédure habituelle (vote), ont décidé de me désigner dans un consensus unanime. Tous les délégués étaient d’accord pour que je sois le président. Une première dans l’histoire du HCIM.

Le HCIM est au travail
Dieu merci, depuis que je suis le président, le HCIM est au travail. Nous nous sommes mobilisés plusieurs fois face à certaines situations. Nous sommes allés voir les familles fondatrices de Bamako ainsi que toutes les notabilités de notre islam. Au cours de ces visites de courtoisies, j’ai expliqué à tous mes interlocuteurs que le HCIM était là pour eux. De ce fait, je les ai invités à nous interpeler à chaque fois qu’ils estiment qu’on avait fait des erreurs. Toutes les personnalités auxquelles on a rendu visite ont salué notre initiative qui, de leur avis, était une première dans la gestion du HCIM.
Dieu merci, nous avons toujours agi ainsi. À chaque fois que le besoin se faisait sentir, et à chaque action que le gouvernement veut poser dans le cadre de la religion, nous avons toujours été là pour avertir, conseiller et orienter s’il le faut. Il y a eu au moins trois cas dans ce sens sans que le grand public ne soit informé. Nous faisons de notre mieux pour que les choses aillent mieux dans ce pays. Et puis, nous avons cherché de l’aide pour les réfugiés. Nous avons mené beaucoup d’actions dans ce sens. Ançardine islamia a estimé sa contribution à plus de 40 millions de F CFA investis dans les habits, savon, vivres.

20 millions F CFA pour les déplacés
Dans le conflit au centre du pays entre Peuls et Dogons, nous avons mené une médiation au nom du groupement des Leaders spirituels musulmans ou nous avons dépensé plus de 20 millions F CFA.
De même, au nom du HCIM, nous avons effectué une mission au centre du pays où nous avons organisé une grande rencontre entre Peuls et Dogons à Mopti. C’est ça notre mission de tous les jours.
Dieu merci, il y a aujourd’hui la cohésion au sein de l’instance dirigeante du HCIM où toutes les obédiences (wahhabites, et soufi) main dans la main au sein d’un même bureau.
Je profite de cette occasion pour saluer et remercier mon grand-frère Mahmoud DICKO. C’est une obligation pour le musulman de rendre compte des biens faits de ses prochains, dont il est témoin. Car à l’issue de notre congrès, la première personne qui m’a appelé pour me féliciter fut l’imam Mahmoud DICKO. À travers ce coup de fil, il m’a expliqué que c’était une lourde tâche que de présider aux destinées du HCIM avant de s’engager à m’aider à réussir mon mandat.

« Je n’ai jamais voté dans ma vie »
Comme vous savez, je ne m’implique jamais dans la chose politique. D’ailleurs, je n’ai jamais voté dans ma vie. Une fois, mon grand-frère Mahmoud DICKO est venu me voir, il m’a demandé de soutenir et de voter pour un candidat dont je vais taire le nom. C’était la première fois que je voyais une urne dans m’a vie.
À l’issue des élections législatives de 2020, il y a eu une crise post-électorale. Ici, dans les rues de mon quartier, de retour de mon champ, j’ai constaté que les jeunes ont fait des barricades et brulé les pneus sur les routes. J’ai cherché à me renseigner sur les raisons de ces manifestations et on m’a expliqué. J’ai invité certains acteurs chez moi pour qu’on en discute. Ils m’ont donné leur version des faits. J’ai répondu que si vous estimez qu’on vous a volé vos résultats, je vous demande de me laisser faire des investigations. En attendant, je vous invite au calme.
Ils ont accepté de m’écouter. Pendant ce temps, d’autres députés sont venus me montrer les preuves de la falsification de leurs résultats. C’est ainsi que j’ai décidé d’intervenir auprès des autorités compétentes pour tenter de résoudre la crise. Toutes les victimes ont accepté ma démarche.
Face à cette situation, j’ai décidé de rencontrer le Chef de l’État lui-même. Mais ce que les gens ne comprennent pas, c’est que souvent notre demande d’audience peut faire trois mois sans que l’on puisse voir le président. J’ai été obligé d’expliquer cette situation au cours d’un de mes prêches. C’est comme ça qu’il a finalement accepté de nous recevoir.
Il (IBK) nous a reçus en présence du Premier ministre. J’ai proposé au président d’intervenir auprès de la Cour constitutionnelle pour qu’elle accepte de recevoir les députés contestataires afin de mettre fin au différend. Je crois que notre proposition n’était pas convenable au président.

« Si j’avais été écouté, on n’en serait pas là »
Tout de même, le Premier ministre a mis en place un Comité de crise et il a accordé une audience aux députés. À l’issue de cette rencontre, il s’est engagé à mettre toute la lumière sur cette question. Mais, je pense que ce travail n’a pas été fait. Et c’est ce qui a été à l’origine d’autres manifestations. Mais si j’avais été écouté, on n’en serait pas là. À chaque fois qu’il y a eu des problèmes dans ce pays, vous verrez que, dans la plupart des cas, les religieux n’ont pas été écoutés. Allah est témoin, nous avons fait de tout notre mieux même nos efforts n’ont pas été couronné de succès dans tous les cas.
Les responsables des syndicats étaient hier soir chez moi ici. Pour nous, cette crise scolaire n’est pas la seule responsabilité des autorités, mais de tous les parents d’élèves. Nous devons tous nous impliquer dans la recherche de solution à cette crise.
Je remercie tous les responsables syndicaux qui ont accepté notre invitation. C’était le 4 septembre dernier. Ils sont venus nous expliquer leur situation que nous savons tous d’ailleurs. Nous nous sommes toujours impliqués dans la recherche de solutions à cette crise. Dès le début même, on n’a pas été écouté par tous les acteurs. Mais les enseignants peuvent témoigner que nous avons fait de notre mieux pour tenter de trouver des solutions à cette crise. Je pense qu’ils ont raison sur le fond.
À mon avis, le pays doit faire le maximum pour trois catégories de travailleurs.

Priorité à l’éducation, la santé, et la sécurité
La première, ce sont les enseignants. Ceux-ci sont des gens qui n’ont aucune source de revenus en dehors de leur salaire. La seconde catégorie, pour moi, c’est le personnel de la santé qui est dans la même situation. Enfin, la troisième catégorie, selon mon analyse, c’est l’armée. Il s’agit de tous les porteurs d’uniforme. Voici pour moi les trois secteurs dans lesquels, le pays doit beaucoup pour que les acteurs ne manquent de rien, à savoir : l’éducation, la santé, et la sécurité.
Je sais que les enseignants ont raison. Mais en dépit de ça, ils doivent faire des concessions. Je demande aux deux parties de faire des concessions pour que l’école puisse reprendre. Ce que demande aux enseignants, c’est de constater l’incidence de cette augmentation de salaire sur les bulletins de paye tout de suite pour qu’ils puissent se convaincre que c’est une réalité. Pour ce qui concerne les arriérés, ils disent que cela est négociable. Ils sont prêts à accepter que les arriérés puissent être réglés par tranche. Pour moi, ils ont raison sur le principe.

Les enseignants ne croient plus en rien
D’après leurs explications, les autorités sont d’accord avec le principe, mais estiment qu’elles ne peuvent pas s’exécuter en septembre, mais plutôt en novembre. Mais il se trouve que les enseignants ne croient plus en rien. Car, jusque-là, les autorités n’ont respecté aucune promesse. Malgré tout, nous allons nous impliquer davantage pour qu’on trouve un dénouement heureux à cette situation pour que les enfants puissent reprendre le chemin de l’école.
Notre rôle est de faire en sorte que les gens puissent s’entendre et de dénoncer ce qui peut être préjudiciable à la paix et à la cohésion sociale. C’est ça le rôle des leaders religieux. Il s’agit d’interpeler et d’alerter les autorités face aux différentes situations.
Après ce coup d’État, je souhaite que notre pays puisse enfin avoir un bon dirigeant. Trop c’est trop. Il nous faut des hommes dignes de la confiance du peuple pour diriger le pays. Le futur président doit être un patriote qui va travailler pour sauver ce pays. Le Mali a beaucoup souffert. Nous avons connu beaucoup d’épreuves. Nous souhaitons avoir un dirigeant qui puisse faire le bonheur des Maliens. Nous prions jour et nuit pour ça.

Les conseils à la junte
Les responsables de la junte m’ont rendu une visite de courtoisie. Lors des échanges, ils ont demandé notre accompagnement. Nous avons fait des bénédictions pour eux et pour tout le pays. On leur a donné des conseils de profane que nous sommes.
Je leur ai demandé de tout faire pour que ce pays retrouve la paix, de faire en sorte que la transition puisse nous permettre d’avoir un bon dirigeant à la tête de ce pays. De même, je les également félicité pour le fait que jusque-là, il n’y a pas eu d’abus ou de violations des droits humains dans les actes qu’ils ont posés depuis ce coup d’État. Car, nous avons été témoins de beaucoup d’événements dans ce pays. Mais depuis qu’ils sont là, ils ont posé des actes qui rassurent les populations. Ils doivent percevrez dans ce sens afin que le pays retrouve la quiétude.
S’agissant des concertations, le Haut conseil a été convié. D’ailleurs, cet après-midi (5 septembre), il (CNSP) a rendu une visite de courtoisie au bureau du Haut conseil islamique. Je n’étais pas présent, car je ne me sentais pas bien. Mais on m’a informé qu’ils ont adressé 3 cartes d’invitation au HCIM. J’ai demandé au bureau de désigner des délégués qui peuvent mieux nous représenter à ces assises.

Sa vision de la transition
Je demande à la transition de mettre en place un dispositif qui puisse nous permettre de voter dans la transparence. Il faut que nous ayons un code électoral consensuel qui garantit la transparence des élections. Il faut mettre en place des garde-fous qui garantissent la crédibilité des scrutins, que tout le monde estime bons et rigoureux contre la fraude et le tripatouillage. Il faut que la sécurité et l’éducation soient des priorités pour les autorités de la transition. Si cela est possible en une année, ça sera une bonne chose.
Dans tous les cas, nous devons prendre le temps nécessaire pour la refondation d’un État de droit, même si cela doit prendre dix ans, ce travail doit être fait pendant la transition avant de donner le pouvoir aux hommes politiques.
Mon souci est que les élections n’aboutissent pas à de nouvelles crises électorales dans les prochaines années. Enfin, je prie Allah pour une transition réussie.

Transcription libre, Info-Matin

Source : INFO-MATIN

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