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La Fédération de basketball aurait dissimulé des abus sexuels à l’encontre de joueuses mineures

Des joueuses de l’équipe nationale féminine de basketball des moins de 18 ans du Mali ont affirmé avoir subi des abus sexuels de la part de leur entraîneur principal mais la Fédération malienne de basketball, bien qu’ayant été informée, n’a pas réagi, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.

 

Amadou Bamba, âgé de 51 ans, entraîneur principal de l’équipe nationale féminine de basketball des moins de 18 ans depuis 2016, aurait agressé ou harcelé sexuellement au moins trois joueuses et contrarié leurs carrières quand elles ont refusé d’avoir des rapports sexuels avec lui, selon des survivantes d’abus interrogées par Human Rights Watch.

Après que Human Rights Watch eut écrit à la Fédération internationale de basketball (FIBA), l’instance dirigeante de ce sport au niveau mondial, détaillant les allégations d’abus sexuels commis au Mali, la FIBA a pris une première mesure importante en suspendant, dans l’attente des résultats d’une enquête, les entraîneurs et les responsables qui auraient commis ces abus ou qui en auraient eu connaissance. Le président de la FIBA, Hamane Niang, qui est de nationalité malienne, s’est retiré temporairement de cette fonction pour la durée de l’enquête.

Human Rights Watch s’est entretenu avec trois survivantes et avec les membres de leurs familles qui ont dénoncé les abus commis par Bamba à la fédération malienne de basketball. Or non seulement la fédération n’a pas agi en réponse à ces plaintes, mais elle s’est efforcée de dissimuler les abus de Bamba en promettant aux survivantes la sélection en équipe nationale en échange de leur silence.

Parmi les abus dénoncés, certains ont eu lieu lors de compétitions internationales, dont la Coupe du monde féminine des moins de 19 ans de la FIBA en 2019 et le Championnat d’Afrique des moins de 18 ans en 2020. La Coupe du monde 2021 de basketball féminin des moins de 19 ans de la FIBA se déroulera en Hongrie du 7 au 15 août et le Mali est l’une des 16 équipes engagées dans la compétition.

Au Mali, les survivantes et les membres de leurs familles ont dénoncé les abus sexuels commis par Bamba dès 2016, sa première année en tant qu’entraîneur principal. Ajara, une ancienne joueuse de l’équipe féminine nationale des moins de 18 ans, dont le nom, comme celui des autres victimes, a été modifié pour leur protection, a été sexuellement harcelée et agressée par Bamba, selon son père à qui elle a rapporté les faits. Il a indiqué que le harcèlement avait commencé quand Ajara, alors âgée de 17 ans, tentait de gagner sa place dans l’équipe: «Bamba l’a appelée et lui a dit qu’il voulait avoir un rapport sexuel avec elle et qu’elle devrait avoir une relation sexuelle avec lui pour obtenir une place dans l’équipe.» Ajara a refusé.

Lors d’un tournoi international de la FIBA, cet abus a dégénéré en agression sexuelle: «Il [Bamba] est venu dans la chambre d’hôtel [de ma fille] à 2h00 du matin… Il a pris sa main, lui a fait toucher certaines parties de son corps. Il a mis ses mains dans sa culotte.» Ajara s’est échappée de la chambre. Après cette agression, Bamba a considérablement réduit le temps de jeu d’Ajara dans l’équipe.

Deux autres anciennes joueuses de l’équipe ont décrit des expériences similaires. Mariama (pseudonyme) a raconté à Human Rights Watch que lorsqu’elle avait 15 ans, Bamba a essayé d’avoir un rapport sexuel avec elle dans sa chambre d’hôtel, lors d’un voyage de l’équipe pour un tournoi international de la FIBA, et l’a exclue de l’équipe après son refus.

Mariama a aussi affirmé que Bamba menaçait les filles de l’équipe d’emprisonnement si elles dénonçaient son comportement. Une troisième fille, Oumou (pseudonyme), a affirmé que quand elle avait 17 ans, Bamba a essayé de toucher sa poitrine et d’avoir des relations sexuelles avec elle : «Quand j’ai refusé, il ne m’a pas laissée jouer. Il m’a mise à l’écart des matches.»

Les joueuses ont affirmé à Human Rights Watch que Bamba avait des relations sexuelles avec d’autres joueuses de l’équipe nationale féminine des moins de 18 ans, échangeant des faveurs sexuelles contre du temps de jeu, de l’argent et des équipements sportifs.

Au Mali, les actes à caractère sexuels avec des personnes âgées de 15 à 21 ans sont illégaux quand l’auteur est un adulte ayant autorité sur la personne ou s’il est chargé de son éducation ou de sa supervision, ou s’il est son employeur.

Dans le cadre de sa fonction de surveillance et conformément aux règles de son adhésion à la FIBA, il incombe à la Fédération malienne de basketball de protéger les joueurs et les joueuses contre les abus et de tenir les entraîneurs abusifs responsables par des sanctions et le renvoi. D’après les «Cinq piliers de la protection des droits des enfants et des adultes à risque» de la FIBA, il y a une «tolérance zéro» pour le harcèlement et les abus sexuels à l’encontre des joueurs et des joueuses, y compris pour les abus commis contre des mineurs par leurs entraîneurs.

Le harcèlement sexuel et les agressions peuvent avoir des impacts à long terme sur la santé physique et mentale des survivantes comme l’anxiété, la dépression et le syndrome de stress post-traumatique. Le père qui a décrit l’expérience de sa fille, Ajara, a déclaré que celle-ci, joueuse très douée, avait abandonné le basketball après l’agression de Bamba. «Elle est généralement renfermée et ne fait rien de spécial pour le moment. Elle a été traumatisée.»

« Les filles ont peur de perdre leur place dans l’équipe ou de se heurter à d’autres conséquences, donc c’est une situation très difficile », a déclaré Ahmar Maïga, fondateur de Protection des Jeunes Sportifs en Afrique-Mali, une association de protection des joueurs et des joueuses. «Normalement, le rôle de la Fédération malienne de basketball devrait être de protéger les joueuses, mais personne ne se soucie de la position impossible de ces jeunes athlètes.»

Le manquement de la fédération à sa responsabilité d’enquêter ou de s’occuper des graves allégations d’abus date d’avant l’arrivée de Bamba. Mariama a indiqué que Bamba est le troisième entraîneur de l’équipe féminine de basketball au sujet duquel des allégations d’abus ont été rapportées à la fédération.

La violence sexiste est un problème très répandu au Mali, au-delà du monde sportif. Un sondage de 2018 de l’Institut national des statistiques a permis d’établir que près de la moitié des femmes et des filles maliennes âgées de 15 à 49 ans ont subi des violences de ce type.

«Avec les Jeux Olympiques au Japon et la Coupe du monde de basketball des moins de 19 ans de la FIBA qui approchent rapidement, la FIBA et le CIO doivent prendre des mesures rapidement pour congédier tous les entraîneurs qui commettent des abus et tous les dirigeants du basketball qui ont failli à leur devoir de protéger les joueuses du Mali. »

Source : Human Rights Watch

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