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Gouvernement Ouane: que retenir ?

Après plus d’une semaine d’attente, la liste du Gouvernement de transition a été rendue publique ce lundi 5 octobre 2020. À la première, lecture, la préséance est dominée par les militaires, tombeurs du régime d’IBK, avec 4 portefeuilles de souveraineté et d’importance majeure.

Le nouveau gouvernement est composé de 25 membres conformément aux recommandations du Dialogue national inclusif (DNI) organisé en décembre 2019. En absence des représentants de la classe politique, la nouvelle équipe apparait comme un gouvernement de vainqueurs composé de militaires putschistes et des membres de la société civile, notamment des éléments de l’ancien mouvement contestataire qui semble voler en éclats en petites entités, chacun ayant eu un strapontin. D’anciens ministres, à l’exception notable du Premier ministre, il faut remonter à un quart de siècle retrouver une seule trace dans le nouveau gouvernement : Zeyni Moulaye qui a été ministre de Moussa Traoré.
S’il faut saluer la forte représentativité civile, force est de déplorer le grand déséquilibre au détriment du genre qui ne s’en sort qu’avec 4 portefeuilles soit 16% contrairement 30% que la loi impose, et qui n’a pas été respecté. La maigre consolation c’est celle de l’entrée dans le gouvernement pour la première fois et par la grande porte des groupes signataires de l’accord pour la paix et la réconciliation. Il faut aussi saluer l’arrivée de cette équipe Ouane de fortes personnalités telles que le Dr Zeyni Moulaye, Pr Doulaye Koanté (qui bien que Adéma n’a pas été désigné par l’Adéma), Mme Dramé Kadiatou Konaré, l’ambassadeur Alhamdou Ag Ilyenne, le Pr Amadou Keïta, Moussa Ag Attaher…

Un gouvernement des vainqueurs…
Conformément à un souhait majoritairement exprimé par les Maliens, ce gouvernement est réduit à 25 membres afin de réduire aussi le train de vie de l’Etat. Ce choix est aussi une des recommandations majeures du Dialogue national inclusif (DNI) tenu en décembre 2019. En termes de figuration, l’équipe Ouane apparait à plusieurs égards comme un gouvernement de vainqueurs avec des militaires putschistes (quatre portefeuilles), des représentants d’organisations de la société civile (notamment à travers les différentes composantes du M5-RFP qui semble voler en éclats définitivement puisque n’ayant pas été consulté sur les choix des ministres), saucissonnés avec quelques technocrates.

Mais sans les vainqueurs ; le M5 ayant encore été floué
Les responsables assimilés au Mouvement du 5 juin-rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP) ont été choisis sur la base des relations personnelles et non parce qu’ils sont membres du M5. Encore une fois, les contestataires à l’origine de la démission du président IBK ont été laissé sur le quai par leur partenaires stratégique du CNSP.
Une fois de plus, c’est la déception au sein du Mouvement du 5 juin après la publication de la liste des membres du gouvernement pour avoir été floué par les nouvelles autorités de la transition. En effet, aucun membre du mouvement n’a été désigné du moins parce qu’il est membre du M5. Après le combat contre le régime, la justice des vainqueurs des contestataires n’a été qu’un rêve. Ils n’ont été ni président de la transition, ni Premier ministre. Des postes de responsabilités qu’ils voulaient à tout prix en récompense à leur mobilisation.
Malgré ce coup, leur dernier espoir était de figurer dans le gouvernement. C’est dans ce cadre que des responsables du M5 ont été reçus par le nouveau Premier ministre, Moctar OUANE la semaine dernière. Les échanges ont porté sur la formation du gouvernement qui était très attendue pour la relance des activités.
« Le Premier ministre nous a demandés d’envoyer des CV pour la constitution du gouvernement », a nous indiqué l’un des membres de la délégation du M5 reçue par le chef du gouvernement. Après des jours de patience, d’espoir, c’est encore le couteau dans le dos du M5 dont la liste n’a pas été prise en compte par le Premier ministre. En effet, les responsables assimilés au M5 ont été choisis soit sur la base des relations personnelles. C’est le cas en occurrence de Mohamed Salia TOURE, ministre de l’emploi et de la formation professionnelle et Dr Mahamadou KONE, ministre des Affaires religieuses et du culte qui ont été désignés grâce à l’Imam Mahmoud DICKO.
De Même le ministre de la Communication et de l’économie numérique, Dr Hamadoun TOURE qui est membre EMK de Cheick Oumar SISSOKO n’a été aussi nommé sur la liste du M5-RFP. Certaines sources parlent également que Hamadoun TOURE a été pistonné par le président de la Transition. En somme, aucun ministre n’a été désigné parce qu’il est membre du M5. Ce qui fait que le regroupement est le grand perdant de cette lutte.

Le CNSP à la manette
L’équipe du Gouvernement de transition du Premier ministre Moctar OUANE, est connue depuis hier lundi. Elle donne, en termes de préséance, les militaires qui occupent 4 départements clés.
Ainsi, le deuxième vice-président du CNSP, le Col Sadio Camara, occupe le poste de ministre de la Défense et des anciens Combattants. En termes de préséance, il est le n° 1 sur la liste et, donc en plus d’occuper un poste clé, peut jouer le rôle de Premier ministre en cas d’empêchement de ce dernier. Aussi, le ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation est occupé par un autre militaire, le Lt Colonel Abdoulaye MAIGA. Il figure à la troisième place de préséance gouvernementale. De même, 4e vice-président du CNSP, le Col Modibo Koné, se retrouve à la 3e place de cette liste avec le portefeuille de ministre de la Sécurité et de la Protection civile, un autre ministère clé du Gouvernent.
Enfin, il est certainement le plus connu des putschistes, le porte-parole du CNSP, le Col Major Ismaël Wagué, est nommé ministre la Réconciliation nationale. Dans le cadre de cette transition, il est appelé à jouer l’un des premiers rôles au sein de cette équipe gouvernementale par le simple fait que la réconciliation est un enjeu majeur dans la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation issue du processus d’Alger.

Un gouvernement d’hommes
Par contre pour le respect du genre, on note une régression par rapport aux gouvernements précédents. Malgré un appel récent de la CAFO pour le respect de loi sur la promotion du genre, on est encore loin du compte des 30 %, conformément à la loi n° 2015-052/ du 18 décembre 2015 instituant des mesures pour promouvoir le genre dans l’accès aux fonctions nominatives et électives. Les femmes ne représentent que quatre sur une équipe de 25 ministres dans ce gouvernement Moctar Ouane, soit 16 % des portefeuilles.
Certes, avec 4 femmes, le quota est loin d’être une réalité. Mais il n’en demeure pas moins que les quelques femmes occupent des portefeuilles importants. Ainsi, on a sur la 13e place de préséance, Mme Dramé Kadiatou Konaré, qui occupe le poste de ministre de la Culture, de l’artisanat et du tourisme. Plus loin, à la 16e place, se trouve le Dr Fanta Siby, comme ministre de la Santé et du Développement social.
Autre femme dans le Gouvernement, Mme Haidara Bernadette KEÏTA est à la 21e place de préséance et occupe le poste de ministre de l’Environnement, de l’assainissement et du développement durable. Elle est directement suivie de la ministre de la Promotion de la femme, de l’enfant et de la famille, Mme Bintou Founé SAMAKE.

Un gouvernement d’exclusion
À première vue, il laisse apparaitre également une exclusion totale des politiques. En tout cas, selon plusieurs sources concordantes, aucun parti politique de la place n’a été consulté pour la composition du gouvernement de transition. Les quelques éléments politiques qui y figurent n’ont pas été choisis par leurs partis politiques, mais sur la base d’autres considérations.
L’exemple typique est le cas du Pr Doulaye Konaté, un universitaire, mais membre de l’ADEMA/PASJ. Selon un responsable du parti de l’abeille solitaire, le professeur est certes membre de l’ADEMA, mais n’a pas été désigné par le parti. « Nous n’avons été consulté pour sa nomination. Le parti n’a pas envoyé son CV », a nous affirmé un responsable de l’Adema PASJ. Donc, il y a une éradication totale des partis politiques considérés à tort ou à raison comme une partie du problème de notre pays. Difficile donc d’être juge et partie. Toutefois, il est évident que cette équipe doit résoudre un problème politique sans les partis politiques.

Un gouvernement d’innovation
Pour la première fois depuis la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale, les groupes armés signataires font leur entrée dans un gouvernement. En effet, les deux mouvements signataires (la Plateforme et CMA) ont désormais leur représentant dans le gouvernement, en raison de deux représentants par organisation. Il s’agit donc d’un exploit qui, nous espérons, permettra d’avancer rapidement dans la mise en œuvre de l’accord pour la paix et la réconciliation nationale issu du processus d’Alger qui connait d’ailleurs d’énormes difficultés.

LA RÉDACTION

Source : INFO-MATIN

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