Pour moi , il faut avoir connu l’époque de la colonisation , de la lutte pour l’Indépendance nationale et son avènement en 1960 , ensuite la période du parti unique après l’Indépendance , enfin la période du coup d’Etat de 1968 et l’installation de la terreur et de la dictature pour apprécier à sa juste valeur la lutte héroïque des patriotes du mouvement démocratique et du Peuple Malien qui a abouti au formidable bond en avant du Mali dans l’histoire le 26 mars 1991 .
Ce fut une véritable révolution politique, économique et sociale, un chamboulement à nul autre pareil ! La liberté et la pluralité politique, la liberté d’opinion et d’expression, la liberté d’entreprendre, la liberté syndicale, bref ce véritable feu d’artifice de toutes ces libertés nouvelles avait vraiment de quoi donner le tournis et le vertige aux citoyens et aux dirigeants à l’époque.
Que dire de ces autorités de la transition qui ont réussi la gageure en un si court laps de temps de réunir une constituante, d’adopter une nouvelle Constitution, la faire approuver par référendum, organiser des élections présidentielles et législatives, organiser une passation de pouvoir irréprochable ! Ces femmes et ces hommes sont de véritables héros, de véritables ” Kankélé tigui ” ! Hommage à eux !
En 1991, qui pouvait imaginer que cette Démocratie arrachée au prix du sang pouvait être attaquée et mise à terre un jour par un coup d’Etat ? Pas beaucoup ! Notre immense majorité pensait que rien ne pouvait plus arriver à notre Démocratie.
Cependant un des acteurs majeurs de cette Révolution, le Professeur Mamadou Lamine Traoré nous avait prévenu en déclarant : ” Camarades, rien n’est irréversible, y compris notre Démocratie ! ” Il ne croyait pas si bien dire car l’histoire lui donna raison 21 ans plus tard le 21 mars 2012 et 8 ans plus tard le 18 août 2020 ! Ces dates nous ont brutalement sorti de notre rêve éveillé et ramené à la réalité, à notre réalité, la réalité de la Démocratie et des démocrates maliens.
Face à cette réalité , pour pouvoir sortir de l’impasse et éviter à la Démocratie de pareils accidents de parcours à l’avenir il nous faudra procéder à une introspection avec beaucoup de lucidité , de courage , d’humilité et de responsabilité pour d’abord savoir pourquoi en sommes-nous là pour ensuite envisager les correctifs nécessaires.
A mon avis, nous en sommes là parce que le “service après-vente ” de Mars 1991 n’a pas été toujours parfait et a même été souvent franchement médiocre même si l’énormité du chantier peut expliquer certaines dérives ! Si la lutte a uni les différentes et multiples forces du mouvement démocratique, le pouvoir, l’appétit et la quête du pouvoir a désintégré cette union : les différentes associations sont devenues des partis politiques qui ont ensuite tous éclaté en de multiples partis plus ou moins importants.
Avec l’exercice du pouvoir, l’instauration du multipartisme intégral et l’aide publique aux partis politiques, les égos, les ambitions et appétits personnels ont vite pris la place de l’idéologie et la conviction politique. La gouvernance démocratique exemplaire promise a pris un sacré coup avec des maux comme la corruption, le népotisme, la gabegie, la spéculation foncière et autres détournements de fonds. Ces maux ont terni le bilan pourtant remarquable de l’ère démocratique en matière d’infrastructures, d’équipements dans les domaines de l’éducation et de la formation, de la santé, du transport et de l’agriculture etc….etc….
De trop nombreux responsables politiques à tous les niveaux ont manqué de transparence, d’intégrité, de probité et d’exemplarité dans la gestion des affaires publiques dont ils avaient la charge. 92 56 29 10
Nous n’oublions pas non plus le rôle néfaste, omniprésent et sans pudeur de l’argent dans l’organisation des élections, et qui a fini par donner à cet important exercice démocratique une catastrophique réputation de cirque où qui paye le plus obtient les suffrages. Ceci explique aussi entre autres les misérables taux de participation aux différents scrutins depuis 30 ans !
Mais aucune de ces tares, de ces déviances ne justifie la rupture violente de l’ordre constitutionnel par l’armée !
A mon avis , dans la construction de la Démocratie au Mali , nous avons aussi oublié d’intégrer l’armée dans le nouveau logiciel pour la formater au moule démocratique qui lui assigne la mission primordiale de défense et de protection des institutions.
Cette armée qui a semblé toujours aux aguets depuis 1991, prête à sauter sur la première opportunité de revenir au pouvoir
Opportunité qui se présenta brièvement en 2012 et plus durablement en 2020.
J’ai l’ai toujours dit et je le répète notre Pays est en train de s’acheminer sur la voie du scénario politico-militaire de 1968 avec une mainmise durable de l’armée sur le pouvoir politique.
Le climat politique délétère entretenu par la propagande populiste et le mensonge , l’éclatement en mille morceaux de la classe politique , son manque de leadership , l’opportunisme de certains politiques , tous ces facteurs sont entrain de dérouler un boulevard devant les militaires comme en août 2020 et préparer l’avènement d’un autre ” Général Président ” !
Je ne suis pas optimiste pour un retour tranquille de l’irremplaçable Démocratie à court ou à moyen terme dans notre Pays.
La construction d’un nouveau mouvement démocratique s’imposera tôt ou tard !
Malick Touré, administrateur Civil
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Bonjour à tous, la démocratie est un processus, on améliore le système avec la pratique en corrigeant ses insuffisances. 30 ans de pratique n’est pas énorme à l’échelle d’une nation. Les résultats positifs sont incontestables, les insuffisances sont identifiés et perfectibles. Maintenant que nous avons compris que c’est un bien précieux et qu’il n’y a pas d’alternative crédible à la démocratie battons-nous pour sa restauration intégrale avec ses trois piliers : L’état de droit, les libertés individuelles et collectives, le suffrage…
Sidi Dagnoko Manager à Spirit McCain
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Dans mon livre Résilience, j’ai relevé 3 tares congénitales (innées ) à notre modèle démocratique. Plus récemment, j’y ai ajouté une 4e.
La Première est le déséquilibre sciemment créé entre les institutions au profit de l’Exécutif en général, du PR en particulier.
La deuxième est le mode de scrutin délibérément choisi pour toujours donner plus de force aux partis puissants tout en excluant les petites formations, les jeunes. Candidats inconnus, à moins de les avoir sous la coupe des grands. C’est le scrutin majoritaire à deux tours.
La 3e tare est liée à l’économique. L’avènement de la démocratie a coïncidé avec les programmes d’ajustement structurel. La conséquence a été le repli de l’Etat du champ économique et social et le bradage du patrimoine matériel de l’Etat à l’oligarchie aux affaires, créant ainsi une situation de rente pour cette catégorie: rente économique et rente politique. La résultante a été la gestion patrimoniale de l’Etat.
La 4e tare a été le fait que notre démocratie n’a pas pris ses racines à la base de la pyramide, malgré que c’est la base qui a consenti le sacrifice ultime. Le processus décisionnel appartient exclusivement à l’élite. Les décisions partent du haut de la pyramide. Le gap de la langue de communication élargit la distance entre décideurs et administrés.
Malgré ces insuffisances, qui n’ont jamais été corrigées par ailleurs, ce pays n’avait jamais connu autant de libertés individuelles et collectives, de libertés d’association, de libertés d’entreprendre. Nous n’avions jamais connu autant d’avancées en termes d’accès à la santé, à l’éducation, à l’information plurielle. Nous n’avions jamais pris conscience autant que l’Homme devait être au centre de la Sécurité Humaine. C’est à partir de mars 1991 que nous avons pris conscience que notre destin individuel nous appartient et notre destin collectif est lié.
Nous avons fait confiance en l’état de droit.
Nous avons pris cela pour acquis jusqu’au jour où nous en avons été privés. La nouvelle génération des années 1990-2000 ( les Millenials), qui n’ont pas connu d’autres expériences, a trouvé que la démocratie est mauvaise et même corrompue. Si seulement, elle avait vécu les années de braise!

Ceux qui nous ont privés de démocratie ont étudié le système à travers ses insuffisances et ses failles. Ils ont conçu une idéologie pour démanteler la démocratie, aidés en cela par des “intellectuels” à la solde que le système a fini par phagocyter.
La désinformation est très profonde parce que s’adossant à la baïonnette. Elle s’est tellement incrustée que les réflexions, les critiques et autres contributions ne suffisent plus à amadouer.
Mais, quoi que nous fassions, comme le dirait l’autre, on ne peut pas arrêter la vague avec ses deux bras. La Démocratie est le système à nul autre pareil. Il est une réponse à l’aspiration ultime de tous les peuples au progrès socioéconomique et politique. Elle peut être retardée par des subterfuges pacifiques ou violents, mais elle est inéluctable.
Cheick Sidi Diarra, ancien ambassadeur