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3e audience publique de la CVJR : Le récit triste d’étranges disparitions

En début de matinée de ce jour plein d’émotions et de larmes, les progénitures de Fily Dabo Sissoko, Hamadoun Dicko, Kassim Touré et les frères d’Abdoul Karim Kamara dit Cabral ont relaté les faits portant sur la disparition forcée de ces figures emblématiques de l’histoire du Mali. C’était ce samedi 3 mars 2021, au Centre international de conférence de Bamako (Cicb).

 

Comme à son habitude et conformément à son mandat, la Commission Vérité Justice et Réconciliation (Cvjr) a organisé sa 3ème Audience publique. Le thème choisi étant « les disparitions forcées », les parents des victimes ont témoigné sur la disparition de ces dernières. C’est dire que la Cvjr a donné la parole aux victimes collatérales de ces « bêtises » de 1960 à nos jours.

Au cours de  l’exercice de cette année, le public a eu droit à 14 témoignages dont deux collectifs. Au total, 11 passages ont eu lieu. Dans la foulée du discours d’ouverture livré par la ministre de la Promotion de la femme, de l’enfant et de la famille, Bintou Founè Samaké au nom des autorités de la transition, la parole est revenue aux témoignages.

Les fils de Fily Dabo Sissoko, Hamadoun Dicko et Kassim Touré ont ouvert le bal avec les morceaux bien choisis du récit de la disparition de leurs parents. Face aux 7 commissaires dont le président de la Cvjr, Ousmane Oumarou Sidibé, c’était Oumar Hamadoun Dicko, Boua Kanté Sissoko et Mamadou Touré.

Comment on a fait voler « les trois oiseaux en 1964» ?

Il ressort de ces témoignages que Modibo Kéita a été appelé par Mamadou Konaté. Ce dernier avait déjà formé le Bloc soudanais (US RDA) avec l’apport financier du commerçant de cola, Kassim Touré. Leurs visions de la gestion du pays ayant été différentes, il fallait trouver un moyen de les faire disparaître. Ainsi Kassim Touré reçoit la somme de 100000 FCFA. Une somme qu’il a considérée comme un cadeau mais c’était un piège. Selon les témoignages, le lendemain matin, les policiers font irruption dans la famille de Kassim Touré pour fouiller partout. Cela s’est passé également dans les familles de Fily et Hamadoun. C’était le 20 juillet 1962.

Sur de fausses accusations, le trio été en prison à Bamako puis à Kidal. Le 12 février 1964 à 3 heures du matin, les prisonniers ont été dirigés vers Tessalit pour exécution. Le message codé du RAC venant de Bamako disait qu’il faut « faire voler les trois oiseaux ». Cela veut dire qu’il faut tuer les trois personnes. Avant de les exécuter, le plus jeune, Hamadoun Dicko a creusé une tombe commune dans laquelle ils ont été enterrés. C’est ainsi que ces trois dignes fils de la nation ont disparu à Kidal, comme les témoignages ont laissé entendre.

Comment « ce qui devait arriver est arrivé » à Cabral ?

« Ce qui devait arriver est arrivé », c’est par cette phrase que la famille d’Abdoul Karim Camara dit Cabral a été informée de la disparition de ce dernier en 1980. Il a refusé d’ l’ancien président Moussa Traoré. Et le leader estudiantin l’a payé de sa vie. Selon ses frères aînés, Mamadou Bassirou  et Farouk Camara, tout a commencé par le refus d’intégrer l’Unem à l’Udpm (le parti unique de Moussa Traoré).

Selon eux, leur frère a été arrêté au grand marché de Bamako et emprisonné d’abord au Camp des parachutistes à Djicoroni puis  transféré à Kidal. Ce, disent-ils, après des harcèlements de leur mère et leur sœur par les policiers. Tout cela pour savoir la cachette de Cabral. La nouvelle de sa mort a été annoncée en mars 1980. Le président Moussa Traoré dira par l’entremise de son envoyé que « ce qui devait arriver est arrivé ». Ce qui veut dire qu’Abdoul Karim Camara dit Cabral a été assassiné.

A noter que ces disparitions ont commencé à Bamako pour s’achever à Kidal. Les parents des victimes formulent le désir de savoir le lieu d’enterrement de leurs parents pour pouvoir faire le deuil.

Bazoumana KANE

Source : L’Alerte

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