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RN3: esclandre et scandale

Poséidon a-t-il pactisé avec Zeus pour punir Até, pardon Seynab de Médine pour ses mises en scène trompeuses ? Comme si Poséidon avait maille à partir avec elle, chaque hivernage se solde désormais pour Mme la ministre des Infrastructures et de l’équipement par des tonnerres, des grondements… Elle slalome sur les vagues, puis finit par noyer dans ses approches, ses déclarations. Rattrapée encore par les faits, Traoré Sénabou Diop l’est dans cette sombre affaire kaysienne de route.

Elle qui avait pompeusement annoncé le lancement des travaux, qui s’était mis en scène comme la héroïne du désenclavement et du développement de la région de Kayes, a affirmé urbi et orbi à la nation, à travers ses représentants, que le financement était disponible, se retrouve aujourd’hui dans une posture de contrition pour « rassurer les usagers que des efforts sont consentis pour apporter des réponses durables à leurs préoccupations légitimes ». L’Aveu d’impuissance ou celui de culpabilité peut-il couvrir d’amnésie ou d’amnistie la faute et l’égarement ? Ou pire encore, le scandale de dilapidation de milliards, de la duperie et de l’abus de confiance dont toute une région a été victime ?

Tout commence le 28 octobre 2015. Ce jour-là, le gouvernement adopte en Conseil des ministres, la politique nationale des transports, des infrastructures de transport et du désenclavement (PNTITD) et son plan d’actions 2015-2019.
L’adoption de cette Politique nationale des transports, des infrastructures de transport et du désenclavement (PNTITD) visait notamment à consolider les acquis, à faire contribuer davantage le secteur des transports à la croissance économique et à créer un environnement juridique et institutionnel propice à l’investissement et à une gestion performante du secteur des transports.
Elle avait l’ambition d’assurer l’articulation entre les différentes politiques et stratégies de développement et contribuera au renforcement des capacités afin de mieux répondre aux besoins d’aménagement du territoire.
La Politique nationale examinée et adoptée par le gouvernement ce jour-là s’articulait autour des 8 axes stratégiques ci-après :
1– le renforcement de la capacité institutionnelle et humaine de l’administration et des autres acteurs ;
2– l’entretien et la réhabilitation des infrastructures et équipements existants ;
3– la poursuite du désenclavement intérieur et extérieur par la construction de nouvelles infrastructures de qualité ;
4– le développement et la promotion du transport rural ;
5– le renforcement du mécanisme de financement de l’entretien routier ;
6– le développement du transport multimodal et l’amélioration de la performance des activités de transport ;
7– la promotion de la sécurité et de la sûreté des transports ;
8– la promotion de l’utilisation des technologies de l’information et de la communication au niveau du secteur des transports.
Sa mise en œuvre, selon gouvernement, permettrait, d’une part, la réalisation de 5000 km de routes revêtues et la construction de sept (7) ponts, de trois (3) ports secs et de treize (13) gares routières ainsi que l’aménagement d’un port fluvial et de six (6) quais fluviaux et d’autre part la construction d’une aérogare à Kidal et à Taoudenit, la réhabilitation de l’aérogare de Gao et de Tombouctou et l’extension des aérogares de Bamako et de Sikasso.
Ladite Politique nationale des transports, des infrastructures de transport et du désenclavement était assortie d’un Plan d’actions 2015-2019 dont le coût a été évalué à 3 856 milliards 435 millions de francs CFA. Son financement devrait être assuré par l’État, les partenaires techniques et financiers et le secteur privé.

Les perspectives
Parmi les actions majeures retenues dans le Plan d’actions prioritaires de la Politique nationale des Transports, des Infrastructures de Transport et du Désenclavement (PNTITD), adopté par le Gouvernement ce 28 octobre 2015, pour le compte de la région de Kayes, il y avait non seulement la construction et bitumage de la route Kayes-Aourou-Frontière Mauritanie, la construction du 2e pont sur le fleuve Sénégal et ses routes d’accès à Kayes, la construction et bitumage de la route Kayes-Sadiola.
mieux, parmi les projets, routiers prioritaires 2016-2018, le gouvernement avait retenu la :
-la construction et le bitumage de la route Kwala-Goumbou-Nara,
-la construction et le bitumage route Kayes-Yélimané-Nioro,
-la construction et le bitumage route Sadiola-Kéniéba,
-la construction de deux ponts à Bafoulabé,
-le bitumage de la route Bafoulabé-Kita,
-la construction et le bitumage de la route Sandaré-Nioro,
-et la réhabilitation route Bamako-Kati-Kolokani-Didiéni-Diéma-Sandaré-Kayes-Diboli.

Les dérives médiatiques
Comme Narcisse, Seynab de Médine est satisfait d’elle-même et de ses « réussites » en matière d’équipement et de désenclavement. Aussi, se loue et se vante-t-elle dans les médias et ses réseaux. La mise en scène est hollywoodienne ! Seynab par-ci, Seynab par-là ! C’est la championne, l’Amazone du désenclavement et du développement du Mali. Pour sa gloire, l’année 2017 a été dit-on riche en réalisations et 2018 sera celle de toutes les ambitions avec la concrétisation de la mise en œuvre des actions majeures retenues dans le plan d’actions 2015-2019 de la Politique nationale des Transports, des Infrastructures de Transport et du Désenclavement (PNTITD) adoptée en octobre 2015 par le gouvernement (sic !)
Outre, le lancement des travaux de construction et de bitumage de la route Kwala-Goumbou-Nara, Mme la ministre Traoré Sénabou Diop, prévoit que dans le cadre du désenclavement et de l’entretien routier, les efforts seront axés entre autres sur l’entretien courant d’environ 1500 km de routes du réseau prioritaire, la construction de 2 bacs de traversée, la poursuite de la mise en œuvre du réseau géodésique de référence du Mali, la poursuite et le renforcement du projet de péage par voie électronique, mais aussi le bouclage du processus de recherche de financement de plusieurs projets routiers et études routières.
Pour ce qui concerne Kayes, elle se propose de rechercher le financement pour des études routières pour la route Nioro-Yélimané-Kayes et Kita-Toukoto-Bafoulabé avec la construction d’un pont sur le fleuve Bakoye, et de lancer les travaux de rénovation de la route Kati-Kolokani-Didiéni.
Sur financement du budget national et long de 154 km, ce tronçon sera entièrement réhabilité pour un montant de plus de 78 milliards de F CFA. Les travaux de réalisations du tronçon Kati-Kolokani-Didiéni seront exécutés par l’Entreprise SOGEA SATOM et le contrôle des travaux est confié à CIRA SA. Le marché a été attribué à SOGEM SATOM, avait-on dit, compte tenu de sa rapidité et son efficacité dans le domaine des infrastructures. Ce projet promet-elle sera la première phase du processus de réhabilitation totale de la route Kati-Diéma-Kayes-Diboli.

Le ras-le-bol des jeunes de Kayes

Las d’attendre, en septembre 2019, les jeunes de Kati, de Kolokani, de Djidieni mettent le pied dans le plat et expriment leur ras-le-bol face à la dégradation de la route nationale 3. Et à juste raison. La réalité ayant rattrapé la mise en scène, pour calmer la tension dans un contexte post-électoral électrique, Traoré Seynabou Diop descend de son petit nuage. Obligé de parler avec les manifestants accusés d’être à la solde du CDR, dont le mouvement se métastase, Seynab de Médine prend l’engagement que le tronçon Kati-Kolokani-Didiéni sera entièrement réhabilité. Mieux, elle leur donne l’assurance que cette route fait partie des priorités du gouvernement et que le démarrage des travaux est prévu pour la fin de l’hivernage, précisément la fin du mois d’octobre.
Arrive octobre, date prévue pour le lancement des travaux de réhabilitation du tronçon Kati-Kolokani-Didiéni. Comme dans tragédie grecque, Seynab l’Amazone est mise en vedette : chose promise, chose due ; Traoré Seynabou Diop tient sa promesse, etc.
Financés par le budget national pour un montant de plus de 78 milliards FCFA, les travaux de réhabilitation du tronçon Kati-Kolokani-Didiéni ont démarré officiellement, le mardi 23 octobre dernier, pour le bonheur des usagers, comme l’avait promis Traoré Seynabou Diop, ministre des Infrastructures et de l’Equipement. La durée d’exécution des travaux est de 30 mois, soit deux ans et demi, reprend-on partout, comme dans une conspiration contre Kayes. Sur son Acropole, Mme la ministre triomphe et sans aucune modestie : « chers concitoyens et usagers, vos nombreuses attentes sont légitimes. Le développement du réseau routier national est et demeure notre seule priorité. Malgré les faibles ressources et les urgences sociales de tout ordre, des efforts ont été consentis. Des résultats concrets ont d’ores et déjà été obtenus. Des chantiers sont lancés et en cours. De nouveaux projets, dans toutes les localités, sont en préparation et sur la rampe de lancement. Le cap sera maintenu… » !

Seynab à barre des députés

Comme les dieux abhorrent la tromperie et le spectacle, les travaux prévus pour 30 mois ne dureront que quelque trois semaines. Après trois mois de silence et d’inaction des autorités, Mme la ministre des Infrastructures et de l’équipement est trainée à la barre des élus de la nation pour s’expliquer. Le mercredi 17 avril 2019, elle est interpellée à l’Assemblée nationale pour répondre à la série de questions orales de l’honorable Ousmane KOUYATE, élu à Kolokani, sur à la situation du projet de construction de la Route nationale N° 3, notamment le tronçon Kati-Kolokani-Didiéni :
« Madame la ministre, Pouvez-vous confirmer devant le parlement que le financement existe pour la reconstruction du tronçon Kati-Kolokani-Didiéni ? Quel est le montant prévu pour les travaux et à quel niveau se situe le blocage des fonds pour la réalisation des travaux ? Pouvez-vous fournir les détails du contrat des travaux tout en situant les responsabilités de l’arrêt des travaux ? Quels sont les solutions et moyens préconisés par le département pour venir à bout du calvaire des usagers ? Pourquoi l’entretien routier annuel ne se fait plus sur le tronçon Kati-Kolokani-Didiéni ? Qu’est-ce qui explique alors le manque de réaction appropriée du département face à la situation, le calvaire des usages sur les routes importantes pour l’essor économique du pays ? Enfin, concrètement le lancement des travaux de l’axe Kati-Kolokani-Didiéni était un coup médiatique de propagande ou c’était fondé et officiel ? Dites-nous la vérité ? », interroge le député Ousmane Kouyaté.

Promesses creuses
En réponse, aux principales préoccupations du député interpellateur, Mme le ministre des Infrastructures avait rassuré la nation, à travers ses députés quant au démarrage effectif des travaux dont la durée totale est de 30 mois, ainsi que de leur financement, estimé à plus de 74 milliards de FCFA.
Pour rappel, elle avait dit : « le financement a été proposé par le ministre de l’Économie et des finances sur le budget d’État (exercices budgétaires 2018, 2019, 2020). Deux mandats ont d’ores et déjà été émis, d’un montant de 15, 696 milliards FCFA au profit de l’AGETIPE Mali qui assure la maîtrise d’ouvrage délégué du projet.
Ce projet est inscrit dans la loi des finances 2019 Section 700 : Programme 2-065 ; Action 01. Le montant prévu pour les travaux est de 74 314 850 129 FCFA TTC.
Mme la ministre des Infrastructures et de l’équipement avait ajouté : « il n’y a pas aucun blocage dans l’exécution normale de ce projet qui figure en priorité dans l’agenda de mon département, pour la simple raison qu’il s’agit d’un corridor important dans l’approvisionnement de notre pays ». Juste une lourdeur administrative dans le traitement des dossiers financiers avait-elle concédé ce jour.
Triomphant, Mme la ministre lancera : « Je comprends le calvaire vécu actuellement par les usagers de cette route. Je le vit d’ailleurs, puisque je vais régulièrement à Kayes-Médine, d’où je suis, par cette même route ».
Avant d’ajouter que tout le réseau routier national sera concerné par la réhabilitation autant que le gouvernement pourra le faire, et avec la célérité requise. C’est une recommandation forte du Président IBK, avait-elle conclu.

Depuis, où en est-on ?
Quelle sera la suite qu’elle et ses collègues du gouvernement ont réservée à la recommandation forte du Président IBK ? Le constat est plus qu’amer : à ce jour, la presque quasi-totalité des chantiers routiers lancés tambours battants enregistre des retards dans leur exécution s’ils ne sont pas simplement arrêtés, faute d’argent et/ou par la faute du gouvernement qui a choisi des entreprises sans aucun sérieux.
Il en est ainsi des travaux de construction et de bitumage du tronçon Zatièbougou- Kolondièba- frontière ivoirienne long de 140 km lancés le 13 novembre 2016, pour un coût de 70 milliards FCFA et un délai d’exécution de 24 mois. L’entreprise ETEP/EGK a largement dépassé les délais contractuels.
Idem pour la route Nionsonbougou -Safo- Dialakorodji-Banconi longue de 56 km, dont les travaux avancent, mais très timidement au rythme des décaissements des fonds par le gouvernement.

Pour ce qui est de la route Kati- Kolokani –Didiéni sur la RN, longue de 154 km, est une des plus dégradées au Mali, les travaux de sa réhabilitation se sont arrêtés quelques semaines seulement après leur lancement, le 23 octobre 2018. En absence d’information officielle, certains évoquent l’indisponibilité de l’argent alors que Traoré Seynabou Diop a assuré que les fonds estimés à 78,47 milliards FCFA pour une durée de 30 mois étaient disponibles.

Les entreprises sont-elles en cause ?
Le principal goulot d’étranglement avancé par les entreprises en charge des travaux pour expliquer leur retard ou l’arrêt des chantiers : le manque d’argent. Pourtant, le discours officiel tend à soutenir le contraire. Alors, répondent les entreprises, si l’argent existe, il n’est pas mis à la disposition des entreprises qui renvoient la balle dans le camp du gouvernement.
La lenteur des décaissements peut-elle tout expliquer ?
Acculé par l’honorable Ousmane Kouyaté de Kolokani insatisfait par des réponses données à ses questions, Mme la ministre Traoré Seynabou Diop, finira par dire que la route Kati –Kolokani-Djidiéni a été construite en 2002 et que depuis 2014, il y a des entretiens qui s’effectuent sur le tronçon Kati-Kolokani-Didiéni. Avant de passer aux aveux : « Nous avons injecté beaucoup d’argent pour Kati-Didiéni et nous ne regrettons pas. Mais aujourd’hui, il ne suffit plus de gaspiller de l’argent, à injecter de l’argent qui va être inutile parce que le tronçon est totalement pourri ». En voilà une approche gouvernementale : si une route « est totalement pourrie », on ne met plus d’argent la-dans, ni pour réhabiliter ni pour reconstruire ?
Si tel est le cas de la route Kati-Kolokani-Didiéni, la question est : pourquoi l’État a prévu d’y injecter 78,4 milliards ? Puisque cet aveu éclaire sur la volonté du gouvernement de faire cette route, demandons à Mme la ministre où sont partis les 15 milliards annoncés par elle-même aux députés et décaissés par le trésor public pour la réhabilitation ? En effet, comme le disent les Bambara, si le mouflet n’est pas circoncis qu’on lui remet sa culotte !
Mme la ministre ne peut feindre d’oublier ses engagements et passer pour pertes et profils les 15 milliards engloutis dans cette opération pour aujourd’hui venir avec des larmes de crocodile, expliquer que la réhabilitation de l’axe Bamako-Kati-Kolokani-Diéma-Kayes « nécessite un coût financier dont le pays ne dispose pas aujourd’hui. Les premières études font état d’un montant de plus de 350 milliards pour la reconstruction totale de cette route ».

De la poudre de perlimpinpin
Mme Traoré Seynabou Diop ignore-t-elle lorsqu’elle lançait en octobre 2018 et lors de son interpellation à l’Assemblée nationale que son département (conformément aux orientations du Document de Politique nationale des Transports, des Infrastructures de Transport et de Désenclavement, adopté en octobre 2015 par le Gouvernement) avait opté pour de «nouvelles caractéristiques ainsi que de nouveaux standards internationaux en matière de construction de routes. Intégrant qualité et durabilité, cette nouvelle orientation a pour postulat de base de mettre fin à ces routes qui se détériorent à peine après leur inauguration » ? Non Madame, on ne change pas les règles du jeu en plein match.
La seule vérité véhiculée est que le discours mielleux fut-il « n’effacera pas les peines des usagers » et des manifestants du 23 août qui ont toutes les raisons de douter de la bonne foi et « de la bonne volonté du département en la matière et de satisfaction du besoin d’information de l’ensemble de nos concitoyens ». Parce que pour qui est conscient « des multiples enjeux liés à l’état actuel de cette route », on ne laisse pas sa reconstruction à la charité et à la magnanimité des partenaires techniques et financiers déjà trop sollicités. En définitive, par « les réflexions pour une mobilisation rapide des ressources financières se font de manière permanente », les kaysiens doivent comprendre que la réhabilitation faute de reconstruction de la RN3 est désormais mise à la Saint-Glinglin. Dès lors, l’assurance de Seynab de Médine quant aux «efforts… consentis pour apporter des réponses durables à leurs préoccupations légitimes » n’est que de la poudre de perlimpinpin. Les complaintes vertueuses ne pouvant occulter le scandale de tromperie et des milliards dépensés en pure perte.
Réalisé par la rédaction

Source: info-matin.

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