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Polygamie : des femmes n’en veulent pas pour ce qu’en ont fait les hommes

Selon la blogueuse Salimata Traore, les femmes maliennes détestent la polygamie à cause de ce qu’en ont fait les hommes maliens.

 

Personne, femme ou homme d’ailleurs, n’aime partager son être cher. Selon moi, et jusqu’à aujourd’hui, les femmes trouvaient peu à redire sur le fait de coexister avec d’autres femmes. Mais nous voyons, de jour en jour, de multiples femmes qui préfèrent la monogamie dans leurs foyers, même si les documents civils disent le contraire. La majorité des hommes maliens signent la polygamie, ceux qui ne prennent pas d’autres épouses compris. Peut-être une fierté ou une question de sécurité ? Un chantage émotionnel ? Je n’ai pas de réponse.

Cependant, un grand frère, Abdoulaye, me disait lors d’un débat sur le sujet : « Quand on construit une maison, il faut toujours faire une fenêtre car on ne sait jamais. Si tu es piégé, tu auras toujours la possibilité de sauter par la fenêtre. » Alors, la polygamie serait une rescousse pour l’homme, je suppose. Certains disent que c’est une des raisons, mais d’autres le font aussi par simple plaisir.

Les polygames ne respectent pas les règles dictées par la charia

Selon la charia, chaque épouse doit avoir son foyer : « Il n’appartient pas à l’homme d’assembler deux femmes dans un seul lieu d’habitation sans leur accord et ceci que le lieu d’habitation soit petit ou grand. Car cela peut leur porter préjudice quand il y a entre elles de l’hostilité et de la jalousie. »

De plus, le code des personnes et de la famille du Mali, qui est fortement inspiré de l’islam, évoque « Mousso bè ni ka goua (chaque femme son foyer) ». Mais je constate qu’au Mali cette norme peine à être respectée. Et il faut dire que deux foyers ne veut pas dire construire un étage supplémentaire pour y installer une seconde épouse, et encore moins dans la même cour avec des chambres séparées.

Encore pire, certains hommes ne respectent même pas le fait d’informer convenablement leur femme de la venue d’une seconde. « Mon mari a pris une autre épouse sans même m’en informer. C’est à travers des connaissances et des posts sur les réseaux sociaux que je l’ai su », m’a confié une femme soninke dans un salon de coiffure.

Infidélité

N’excluons pas le fait que certains hommes sont infidèles et consomment le mariage dehors avant de prendre la concernée comme seconde épouse. J’ai eu la chance d’échanger avec deux femmes mariées. L’une, Madame Diallo, a assisté impuissante au remariage de son mari qui en était arrivé à être méconnaissable : « Mon époux, avant de prendre une seconde épouse, était devenu très distant et froid avec moi. J’avais l’impression que ce n’était pas l’homme qui m’avait épousée. Il rentrait très tard ou ne revenait que le lendemain. Il ne mangeait plus mes plats. Ça a été vraiment invivable pour moi. »

L’autre, Madame Sy, confie avoir presque vécu la même situation : « Le comble est que mon mari ne me cachait pas qu’il me trompait, il était très irrespectueux et vulgaire avec moi. J’avais l’impression qu’il voulait me bannir de sa vie. Encore pire, sa maîtresse ne boudait pas son plaisir à venir me provoquer à chaque fois qu’elle en avait l’occasion. »

Être juste

D’autre part, nous savons que l’équité entre les épouses est primordiale dans le foyer polygame : « Celui qui craint de ne pas être équitable, doit se contenter d’une seule épouse… » A mon humble avis, la première femme est à respecter et à considérer, tout autant que la seconde. Je ne cesserais de dire qu’un homme qui parle mal de sa première femme à sa seconde épouse pousse ces dernières à ne pas s’entendre. La deuxième ne respectera pas la première et connaîtra ses points sensibles. En gros, un homme ne doit ni parler de la première à la seconde, ni l’inverse. L’homme se doit d’être objectif et juste. D’après Ali Keita, un maitre coranique, « un homme qui n’arrive pas à être objectif et à tenir une bonne relation avec sa première épouse ne doit pas prendre une seconde. Le foyer sera vraiment invivable. »

L’homme devient subjectif et fait apparaître ses préférences. Oumou Dicko, quant à elle, explique : « Mon mari remet toujours plus d’argent à sa seconde épouse. S’il me donne 50 000 FCFA, c’est que Fanta a 100 000 FCFA. La dernière fois, Fanta a eu une nouvelle voiture, or moi je suis là avec mes enfants sans moyens de déplacement. »

Je reste quand même convaincue qu’il reste des hommes justes et des familles polygames qui fonctionnent bien, même si c’est rare. Pour conclure, je dirais qu’en tant que musulmane, je ne peux refuser la polygamie si cela devait m’arriver un jour. Mais au regard de ce qui se passe dans ma société, je pense que j’ai mes raisons d’être hostiles à l’idée d’avoir à subi

Par Salimata TRAORE

benbere.org

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