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Plan d’action du gouvernement : les non-dits de Moctar Ouane devant le CNT

Nommé au poste de Premier Ministre le 27 septembre 2020, Moctar Ouane s’est présenté enfin devant le Conseil National de la Transition (CNT) pour la traditionnelle déclaration du plan d’action du Gouvernement (DPG), conformément aux dispositions de l’article 78 de la Constitution du Mali. Le plan d’action présenté ce vendredi 19 février par le Premier Ministre de la transition s’articule autour de six grands axes, vingt-trois objectifs et deux-cent-soixante-quinze actions à évaluer à travers deux-cent-quatre-vingt-onze indicateurs. Un plan d’action bien ficelé, très ambitieux mais très peu réaliste au regard du temps imparti pour la transition. Néanmoins, au-delà des mots bien agencés, le Premier Ministre Moctar Ouane a laissé entendre certains « non-dits » à travers son discours…

  1. L’accord d’Alger ne sera pas appliqué dans sa forme actuelle 

Dans le premier axe du PAG intitulé « Renforcement de la sécurité sur l’ensemble du territoire national », la première priorité énoncée par le Premier Ministre porte sur la relecture et l’appropriation de l’accord d’Alger.  C’est un point sensible qui fait appel à toute la société malienne ainsi qu’aux partenaires étrangers impliqués pour le retour rapide de la paix au Mali. Sans avoir eu à le dire expressément, le Premier ministre Moctar Ouane invite, d’une manière implicite, les acteurs à renouveler leur regard sur l’Accord issu du porcessus d’Alger afin de le rendre opérationnel et accélérer sa mise en œuvre effective sur le terrain. Pendant très longtemps, une bonne partie de la société civile malienne, n’a de cesse de demander la relecture de l’Accord qui, en l’état, ne présage ni plus ni moins que la dislocation du Mali. Cette inquiétude aura conduit plusieurs sensibilités sociales à former le Front de Refus pour l’application de l’Accord d’Alger (FRAA). La tenue de la récente réunion à Kidal du Comité de Suivi de l’Accord (CSA) a ravivé à nouveau les tensions autour de l’Accord. Au regard de cette situation, le Premier Ministre ne peut proposer mieux que la relecture pour une meilleure appropriation de l’Accord. Une relecture qui sous-entend l’inapplicabilité de l’Accord dans sa forme actuelle.

  1. La nécessité d’un nouvel Etat et d’une nouvelle culture politique au Mali

Le deuxième point important qui apparait comme un non-dit dans le discours du Premier ministre concerne la refondation de l’Etat et développement d’une nouvelle culture politique. Ce point apparait à plusieurs niveaux du plan d’action. Au titre de l’axe 4 portant sur les « Réformes politiques et institutionnelles », la troisième priorité indique qu’une nouvelle constitution sera élaborée et adoptée. C’est dire en quelque sorte que la constitution en vigueur, au regard des dysfonctionnements institutionnelles enregistrées ces dix dernières années, est loin de répondre aux aspirations actuelles des maliennes et des maliens. En d’autres termes, sans avoir eu à le dire expressément, Moctar Ouane concède implicitement que le modèle de démocratie à l’œuvre au Mali depuis 1992 est un échec pour notre pays ; d’où la nécessité d’une nouvelle constitution. La question de fond qui demeure en suspend est de savoir si la nouvelle constitution en perspective plongera le Mali dans une nouvelle République ou pas. Au regard de l’esprit de l’Accord d’Alger, on peut supposer que la nouvelle constitution sera fortement remplie d’une bonne dose de régionalisation en vue de renforcer le rapprochement de l’administration publiques aux populations locales. Ce sera une nouvelle expérience pour les circonscriptions décentralisées du Mali puisqu’en réalité il s’agit de la décentralisation à un niveau plus avancé.

En somme, le PAG présenté par le Premier Ministre devant le CNT est à plusieurs points de vue, un document très ambitieux. C’est un programme digne d’un gouvernement qui a devant lui au moins cinq ans. Ce n’est pas en seulement en treize mois que le gouvernement pourra réaliser toutes les actions prévues dans ce plan d’action et ce, compte tenu du peu de temps disponible, de la faiblesse des moyens financiers de l’Etat et surtout, des tensions qui caractérisent en ce moment le rapport du gouvernement de transition avec les partis politiques.

DIAKITE B., Politologue et DEMBELE K., Economiste.

Source: Bamakonews

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